Double Viol des femmes Êzidis au Kurdistan (Irak)

Aujourd'hui je célèbre, à quelques jours près, deux années au sein de la région autonome du Kurdistan en Irak. Triste célébration puisque la situation sécuritaire, économique et sociétale à mon arrivée étaient meilleures qu'elles ne le sont aujourd'hui. Cet anniversaire est aussi plombé par le fait que j'ai reçu un appel particulier. 

Aujourd'hui je célèbre, à quelques jours près, deux années au sein de la région autonome du Kurdistan en Irak. Triste célébration puisque la situation sécuritaire, économique et sociétale à mon arrivée étaient meilleures qu'elles ne le sont aujourd'hui. Cet anniversaire est aussi plombé par le fait que j'ai reçu un appel particulier. 

Daesh est partout, sur le territoire irako-syrien mais aussi en Europe. Il est surtout dans les esprit de ces jeunes femmes Êzidis transformées en vulgaires marchandises sexuelles par leurs boureaux. Ces beautés des montagnes ont été meurtries, dans leurs chaires plusieurs fois par plusieurs hommes, du moins c'est ainsi qu'ils se définissent; mais aussi dans leurs êtres. Le viol n'est pas un acte anodin. C'est l'arme utilisée par certains hommes pour asservir la femme. Les exemples de viols à travers le monde sont nombreux, tristement. Aucune partie du monde n'a le monopole du viol, les hommes de toutes les civilisations le pratiquent. Ils marquent ainsi leur victime à vie de manière volontaire et tout à fait consciente. 

Les femmes êzidis ont été violées, oui mais très peu le déclarent. De retour vers leurs famille dans la zone du KRG (protégée par les peshmergas), elles parlent du viol mais certainement pas du leur, de celui des autres. Les victimes et les déshonorées sont les autres. Perdre sa virginité dans cette partie du monde, c'est perdre l'honneur de la famille, c'est tout perdre. Elles n'ont rien perdu mais elles ont vu les autres être déshonorées. 

L'appel: puis-je aider une femme êzidis à trouver un médecin afin de "réparer son hymen"? La réponse est simple, oui, j'ai trouvé un médecin et j'enverrai cette jeune femme à redevenir une jeune fille. Seulement, ma colère n'a jamais été aussi criante de silence. Toutes les sociétés du monde voient la victime d'un viol avec une sorte de mépris et de suspission: qu'a-t-elle fait pour provoquer cela? De plus, elles sont regardées comme des parias, des poupées cassées avec lesquelles on a trop joué. Enfin dans notre cas, elles ne sont plus mariables et dans une société patriarchale, cela devient un véritable banissement. 

Je suis une féministe aguerrie (mais non extremiste), je n'ai pas la prétention de transformer les choses ici, seulement de poser les bonnes questions aux femmes et hommes autour de moi afin que l'idée du respect de la femme fasse son chemin. Cette fois-ci, je ne pourrai absolument pas évoquer ce cas-là au sein de la société au Kurdistan. C'est un tabou dans lequel je vais m'engouffrer et donc nourrir. Cela étant dit, je pourrai peut-être aidée une victime à  faire comme si "oublier" était possible et rester en vie socialement, à défaut de l'être réellement.

La violence est donc double. J'écris ce post pour sensibiliser sur la situation de femmes entre les mains de Daesh mais aussi pour pousser toutes les victimes de viol à utiliser les moyens légaux lorsqu'il en existent. Agissez lorsque la justice vous en donne les moyens, vous restez des victimes privilégiées. 

 

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