Le malaise "occidental" face à la volonté indépendantiste kurde

À l'heure où les kurdes combattent le radicalisme religieux sur leur territoire, une question reste plus que jamais dans tous les esprits: une indépendance définitive qui donnerait naissance à un État kurde.  

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À l'heure où les kurdes combattent le radicalisme religieux sur leur territoire, une question reste plus que jamais dans tous les esprits: une indépendance définitive qui donnerait naissance à un État kurde.  Les kurdes ont touché du doigt deux fois cette indépendance. La première fut réelle le 22 janvier 1946, les kurdes réussissent alors à créer leur propre pouvoir, la République de Mahābād (Iran). Même si ce rêve fût bref (11 mois), le nationalisme kurde avait enfin pris une forme concrète. Puis en 2005, les kurdes tirent leur épingle du jeu - non sans difficulté et sacrifice - lors de la rédaction de la constitution iraquienne et obtiennent une autonomie. Aujourd’hui, la question de l’indépendance, mise à l’agenda par le Président kurde, Massoud Barzani, est de nouveau perturbée cette fois-ci par les attaques de Daesh.  

La real politik est toute autre : les kurdes restent un problème de taille pour la communauté internationale et renvoie aux paradoxes de leurs  politiques. Les anciennes puissances coloniales, siégeant aujourd'hui au Conseil de Sécurité de l'ONU, sont renvoyées à chaque fois qu'il y a tentative d'approche du problème, à leurs erreurs passées lors de la dislocation de leurs colonies. Les kurdes sont principalement à cheval sur quatre états: La Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Ces quatre états ont commis - et continuent pour certains - des exactions à l'encontre de ce peuple allant du plus simple, non reconnaissance de leurs droits civiques, au plus radical, le génocide. De leurs côtés, tous les acteurs politiques occidentaux en aparté s’accordent sur plusieurs points : la question kurde doit être réglée, l’Irak en tant qu’état souverain n’est plus, l’avenir de la Syrie n’est pas plus radieux, pour finir, l’ensemble du peuple kurde partage des valeurs communes avec les pays occidentaux que sont la démocratie, la liberté de religion, la laïcité.

Seulement voilà, toutes ces raisons ne sont pas suffisantes. Tout d’abord, deux états, la Turquie et l’Iran, puissances régionales, s’opposent logiquement à une quelconque indépendance kurde (même à l’extérieur de leur territoire). De plus, les puissances occidentales refusent de soutenir l’indépendance kurde et de risquer de nourrir d’autres volontés indépendantistes sur leur territoire mais aussi ailleurs. La Grande-Bretagne, la France, mais encore l’Espagne pensent que soutenir un Kurdistan serait trop risqué pour leur propre unité territoriale. Le cas du Kosovo, ainsi que la réaction russe à cet égard et depuis, laisse les Etats-Unis perplexes quant à un soutien ouvert vers l’indépendance. Il n’est pas besoin de mentionner la Chine et la Russie dont la multiplicité des ethnies sur leur territoire respectif est bien trop importante pour envisager quoique ce soit.

 Les occidentaux se retrouvent aujourd’hui confrontés à une grande difficulté : la montée du radicalisme religieux qui menacent la pérennité des démocraties dans le monde. Il se trouve que le cœur de ce radicalisme religieux se situe entre l’Irak et la Syrie. Les kurdes sont désormais le seul rempart direct à ce radicalisme. Aucune des puissances ne voudraient que ce radicalisme religieux se déplace en Europe ou en Amérique, par conséquent, elles se mobilisent afin de soutenir les kurdes, avec qui une coopération de confiance est possible, pour contenir puis éradiquer cette menace. Trop souvent victimes de l’Histoire et en position de force, ces derniers posent leurs conditions : une reconnaissance de leurs droits puis une indépendance. Cette guerre contre Daesh sera longue et fastidieuse, le temps jouera peut-être en leur faveur.

 69 ans après la création de la République de Mahābād, la création du Kurdistan Bashur ? 

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