Expéditive mesure d'expulsion par l'Espagne du lanceur d'alertes algérien M.Abdallah

La mise en application de la mesure d'expulsion vers l’Algérie du cyberactiviste Algérien Mohamed Abdallah le 20 août 2021 a suscité l'émoi sur la toile et le terrain. Des recours avaient pourtant été déposés pour éviter à ce lanceur d’alertes de subir, comme d’autres prisonniers politiques, la torture dans les geôles algériennes, voire la mort. Rien n'y a fait, l'Espagne l'a remis à l'Algérie.

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Hier, 20 août 2021 dans l’après-midi, à la veille d’un weekend calme de la fin des vacances, le couperet est tombé,  par l’intermédiaire du Secrétaire d'État à la Sécurité  au ministère de l’Intérieur espagnol Rafael Pérez Ruiz. L’avocate espagnole de Mohamed Abdallah a reçu l’annonce que son client était en passe d’être extradé. Il faut dire que Mohamed Abdallah a tout de suite deviné les raisons pour lesquelles un test PCR lui avait été imposé ainsi qu’à ses 33 codétenus. Ils ont alors immédiatement débuté une grève de la faim, en signe de protestation. Dans la nuit, ils ont tous été transférés du centre de détention Zona franca à Barcelone vers la ville littorale d’Almeria, pour qu’ils embarquent en direction de Ghazaouet en Algérie.

Gendarme algérien, objecteur de conscience, lanceur d’alertes et militant pour un État civil et de Droit, Mohamed Abdallah était chargé de la prise de vue aérienne militaire aux frontières algéro-tunisiennes, quand il décide de dénoncer la corruption. Inquiété, il a dû s’exiler avec femme et enfant et demander l’asile politique à l’Espagne voilà bientôt trois ans. Mohamed Abdallah, un homme sobre, charismatique et au verbe fort en langue arabe est très suivi sur les réseaux sociaux. Plusieurs fois victime de censure sur la toile, il rebondit toujours avec une simplicité déconcertante, à l’instar de Amir DZ ou de Mohamed Larbi Zitout avec qui il entretient une amitié solidaire entre opposants politiques. Tous trois font d'ailleurs l’objet de mandats d’arrêt internationaux à l’initiative du Pouvoir algérien.

L’épouse de Mohamed Abdallah a vainement réclamé des nouvelles de son mari, préférant rester toute la journée devant le centre de détention barcelonais Zona franca. Saisie d’effroi puis en proie à une crise aiguëde désespoir, elle a fini par apprendre qu’il aura été, selon la terminologie juridique, expulsé plutôt qu’extradé, dans l'attente de voies de recours qui n'auront jamais été tentées, puisque Mohamed Abdallah aura été expulsé bien avant cela. Assia Guechoud, militante basée à Strasbourg et chargée de la coordination de l’action contre l’extradition de Mohamed Abdallah, a précisé que selon elle que c'est le ministère de l’Intérieur qui est à  l’origine de cette volonté d’expulsion au pas de charge.  «Il a fait fi, à la fois, du ministère de la Justice espagnole et de la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, qui a instamment réclamé un complément d’informations… ».

Choquée, la diaspora algérienne a tenu à exprimer son refus de cette décision inique, en organisant des sittings devant les différentes ambassades espagnoles à travers le monde, telles Bruxelles, New York, Londres etc.
Demain 22 août 2O21, une marche partira à 13h place de la République vers la place de la Nation. L’émotion sera grande, car depuis quelques heures, on sait que le bateau transportant Mohamed Abdallah et ses codétenus est arrivé au port de Ghazaouet en Algérie, depuis lequel Mohamed Abdallah a été acheminé vers Alger.

Quand les forces de Frontex avaient intercepté Brahim Chamseddine Laalami dans les eaux territoriales espagnoles, pour ensuite le livrer à la junte d'Alger,  cela avait déjà constitué pour l’Espagne un précédent, sorte d'appel d’air terrible pour tous les pays d’Europe, où les mouvements de droite identitaires sont de plus en plus décomplexés. Ces derniers connaissant un succès politique grandissant, les expulsions et les extraditions pourraient se multiplier s'ils arrivaient au pouvoir.

Yasmina K. Bennini

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