Le président Donald Trump a rapidement déclaré que les États-Unis "géreraient" le Venezuela de manière temporaire pour assurer une "transition sûre, appropriée et judicieuse", en mettant l'accent sur la réparation de l'infrastructure pétrolière du pays. Cette intervention, présentée par l'administration Trump comme une mission de libération d'un peuple oppressé par un dictateur, soulève des questions plus profondes. En réalité, les motivations semblent davantage liées à la sécurisation de ressources naturelles stratégiques, essentielles pour l'économie et la géopolitique américaine, plutôt qu'à un véritable souci humanitaire.
Le Contexte : Une Opération Militaire Soudaine
Maduro, au pouvoir depuis 2013, a été accusé par les États-Unis de narcoterrorisme, de corruption et de violations des droits de l'homme. L'opération, baptisée "Southern Spear" par certains rapports, a impliqué des forces spéciales américaines qui ont extrait Maduro de sa résidence, le transférant vers un tribunal à New York. Trump a justifié cette action en invoquant son autorité constitutionnelle en tant que commandant en chef, affirmant qu'il s'agissait d'appliquer la loi américaine sans entrer en guerre. Des voix au sein de l'administration, comme le vice-président JD Vance, ont été plus directes : "Cela signifie que nous allons pouvoir contrôler les incroyables ressources naturelles du Venezuela", a-t-il déclaré dans une interview. Cette franchise révèle un objectif qui va bien au-delà de la rhétorique humanitaire.
Le Venezuela, sous Maduro, a effectivement connu une crise humanitaire profonde : hyperinflation, pénuries alimentaires, exode massif de la population et répression politique. Cependant, les actions américaines antérieures, comme les sanctions imposées sous Trump en 2019, avaient déjà exacerbé ces problèmes sans résoudre la situation. L'intervention de 2026 semble marquer un tournant, non pas vers une démocratie restaurée, mais vers un contrôle direct des atouts économiques du pays.
Les Richesses du Venezuela : Un Trésor Géopolitique
Le Venezuela n'est pas seulement un pays en crise ; c'est une puissance en ressources naturelles. Avec les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde – environ 303 milliards de barils, soit près de 18 % des réserves mondiales – le pays surpasse même l'Arabie saoudite. Ce pétrole représente une opportunité stratégique pour les États-Unis, qui cherchent à réduire leur dépendance aux importations et à influencer les prix mondiaux de l'énergie. Trump l'a explicitement mentionné : les États-Unis répareront l'infrastructure pétrolière vénézuélienne et contrôleront les exportations "indéfiniment", avec les revenus bénéficiant aux Américains et aux Vénézuéliens – une formulation qui masque une appropriation effective.
Mais le pétrole n'est que la pointe de l'iceberg. Le sous-sol vénézuélien regorge d'autres richesses critiques :
Or : Des réserves exploitables estimées à environ 10 000 tonnes, concentrées dans le Bouclier guyanais, font du Venezuela un acteur majeur dans un marché où l'or est essentiel pour l'électronique, la joaillerie et les réserves monétaires.
Gaz naturel : Les huitièmes ou neuvièmes plus grandes réserves mondiales, avec plus de 200 billions de pieds cubes (environ 5 600 milliards de m³), sous-exploitées mais vitales pour la transition énergétique.
Minerai de fer : Plus de 14 milliards de tonnes, soutenant historiquement l'industrie sidérurgique.
Bauxite : 320 à 500 millions de tonnes, base pour la production d'aluminium.
Coltan et terres rares : Des dizaines de milliers de tonnes de coltan (niobium-tantalum), crucial pour les batteries et l'électronique, ainsi que d'autres éléments critiques comme le thorium, souvent extraits illégalement mais d'une valeur potentielle de centaines de milliards de dollars.
Diamants, nickel, cuivre et charbon : Des dépôts significatifs qui complètent ce portfolio minier.
Ces ressources ne sont pas seulement économiques ; elles sont stratégiques. Dans un monde où la Chine domine les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, le contrôle du Venezuela permet aux États-Unis de contrer l'influence de Pékin – comme en témoigne l'inquiétude chinoise face à cette intervention, qui menace ses approvisionnements en pétrole vénézuélien. De plus, cela affaiblit la Russie, un allié de Maduro, en réduisant son influence sur les marchés énergétiques mondiaux.
Au-Delà de l'Humanitaire : Une Logique de Pouvoir
Si l'intervention était vraiment motivée par la libération d'un peuple oppressé, pourquoi l'accent est-il mis sur les ressources plutôt que sur une transition démocratique rapide ? Des rapports indiquent que des conseillers de Trump ont écarté María Corina Machado, une opposante vénézuélienne poussant pour une démocratie pleine et rapide, au profit d'un contrôle prolongé. Trump lui-même a évoqué que le Venezuela achèterait uniquement des produits américains avec les revenus pétroliers, renforçant l'économie US au détriment de l'autonomie vénézuélienne.
Cette approche s'inscrit dans une stratégie plus large de l'administration Trump, décrite dans sa Stratégie de Sécurité Nationale, qui priorise la puissance américaine et le contrôle des ressources critiques. Des protestations internationales, de la Colombie à l'Espagne, soulignent le risque d'instabilité régionale, mais pour les États-Unis, les gains – baisse des prix de l'énergie, sécurisation de minéraux pour la tech et les batteries, affaiblissement des rivaux – l'emportent.
Conclusion : Une Victoire Économique Masquée en Libération
L'intervention de Trump au Venezuela n'est pas une croisade pour la démocratie, mais une opération pour "libérer" des ressources stratégiques d'une valeur inestimable. En contrôlant le pétrole, l'or et les minéraux critiques, les États-Unis renforcent leur position géopolitique, au risque d'aliéner des alliés et d'exacerber les tensions mondiales. Les Vénézuéliens, bien que débarrassés d'un régime oppressif, pourraient se retrouver sous une nouvelle forme de tutelle étrangère, où leurs richesses servent d'abord les intérêts américains. Cette affaire rappelle que, dans la realpolitik, les ressources l'emportent souvent sur les droits humains. Au final, seul le peuple vénézuélien lui-même peut véritablement se libérer d'une oppression durable ; les prétendus justiciers mondiaux, sous couvert d'intervention humanitaire, ne font que masquer une autre forme d'exploitation.