Critique du film «The Circle» de James Ponsoldt

A priori, le film The Circle semble présenter un monde tout différent. En dernière instance, on n’y trouve rien de révolutionnaire. Tout existe déjà, il ne fait que pousser la logique menant à une situation qui sera prochainement nôtre.

A priori, le film The Circle semble présenter un monde tout différent. En dernière instance, on n’y trouve rien de révolutionnaire. Tout existe déjà, il ne fait que pousser la logique menant à une situation qui sera prochainement nôtre.
La technologie s’impose en tant que garde-fou de la démocratie pour finir en tant que système oligarchique se substituant au pouvoir bourgeois. Il faut souligner, pour illustrer mon propos, que ce système oligarchique se permet d’exister en s’appuyant sur le système économique capitaliste. En effet, l’héro ne manque pas de souligner que l’État n’a pas les fonds pour rendre complètement électronique le vote alors que l’entreprise The Circle les a.

Le scénario reste donc ancré dans le système social comme il existe aujourd’hui. On y voit des sénateurs, des systèmes de votes, des lois interdisant une série de choses. Faut-il reparler du moment où le patron de l’entreprise montre son immense jardin quand il présent les caméras SeeChange ? La société de classes est toujours bien présente et en aucun cas remise en question. Les dystopies célèbres accentuent cette société de classe pour la faire sauter aux yeux, ici elle est considérée comme absolue, irréversible.
Le seul changement sociétal est la disparition quasi-complète de la vie privée, contrairement à aujourd’hui où cette disparition n’est qu’en train de s’installer, en adéquation avec les lois. (Cf. lois antiterroristes)

Pour lutter contre cette invasion anti-vie privée, le scénario met en scène cette héro, qui délivre le monde entier du spectre de The Circle en se retournant contre les dirigeants de cette entreprise, ou plutôt contre leurs affaires privées. Elle offre au monde les secrets des deux patrons de The Circle.
Autant la situation dans laquelle nous sommes bercer est pertinente, autant le moyen de lutte est irrecevable bien que, malheureusement, calqué sur les sociétés occidentales et colonisées en manque de collectivisme, et allant toujours plus vers l’individualisme. Aujourd’hui, nous avons les végans en lutte individuelle contre l’industrie de la viande, demain ce sera ce type de personnage en lutte individuelle contre la technologie. Tous deux ont déjà perdus.
Il faut rappeler que ce type d’utilisation de la technologie est inscrite dans un système économique et social. Un individu ne pourra jamais combattre – ni créer - seul un système institutionnalisé, mis à part dans les mythologies où créer le monde en sept jours est possible. Il faut combattre le système dans son entièreté.

Mis à part cette « lutte » individuelle contre cette entreprise et ses dérives, il faut observer le conservatisme de ce scénario. Ce dernier analyse un aspect de la société et le pousse jusqu’à sa logique finale tout en conservant les autres aspects – économiques, sociaux, sociétaux, etc. – comme vrais, absolus. Tout n’est-il pourtant pas lié ? Comme à l’accoutumée, ce genre de films dit critiques, il n’y a que de la psychologie – vulgaire - qui entre en jeu. La sociologie, la politique, l’économie, etc. restent sur le banc de touche.
C’est pourquoi un tel film est conservateur, voire réactionnaire, dans son contenu.

Finalement, la chute de ce film est des plus ignorantes qu’eussent pu créer des scénaristes.
On y voit le retour de flamme de la technologie utilisée – et non créée – par les dirigeants sur eux-mêmes. Qu’est-ce que le scénariste veut nous transmettre ? C’est la question à se poser.
En dernière analyse, il nous donne cette leçon : il vaut mieux un État obscur qu’une entreprise envahissante.
En réalité, ils marchent main dans la main.

K.J.

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