Pourquoi boycotter le « Grand Débat »

Emmanuel Macron fourbit ses armes. De la violence de l'attaque contre ces gueux haineux qui se croient le peuple à la cajolerie façon livre de la jungle: Kaa capturant les français tout en les hypnotisant dans le cade de son grand débat.

Plus on avance dans le temps plus le pouvoir s’enferme et s’isole aussi bien des français dans leur immense majorité que de ses propres troupes elles mêmes. Les députés LaREM que l’on voit défiler sur les plateaux, tellement interchangeables que l’on n’arrive même plus à les discerner les uns de autres, ânonnent de façon asthmatique et uniforme des éléments de langage qui ne convainquent personne. Si auparavant les chaines d’info, lancées à pleine vitesse dans la course au plus macro-complaisant, ne semblaient pas avoir de problème pour inviter quelque député macroniste tant il suffisait de donner un coup de pied bien placé pour qu’il vous en sorte une palanquée, elles peinent aujourd’hui  à racler les fonds de tiroir du groupe parlementaire pour alimenter leurs faux débats.

Il est manifeste qu’en dehors de l’Elysée la Macronie attend sa fin, une fin qu’elle espère voire coïncider avec la durée légale du service parlementaire… quand aux alliés de circonstance, soit ils ont complètement disparu, comme Edouard Philippe dont l’avis de recherche reste improductif, soit, comme Gérald Darmanin,  arcboutés sur la mise en place de leurs réformes dans la crainte du bug fatal, restent quelques inconscients comme Agnès Buzin ou Muriel Penicaud pour y croire encore (ou faire semblant)

Fort de cette désorganisation, de cette perte de confiance dont il y a de grandes chances qu’il n’ait même pas conscience, l’Imperator s’agite, menace, vitupère, stigmatise, condamne. Il confirme ce mur, cette séparation qu’il a lui-même érigée en plein cœur du peuple français. Un mur plus trumpien que celui-ci, on ne pensait pas que cela pouvait exister. Emmanuel Macron, notre Imperator, nous en apporte la cruelle réalité avec cette opposition entre ceux qui sont et ceux qui ne sont pas, ceux qui sont animés par la quête du bien et ceux qui ne sont animés que par la haine, ceux qui travaillent et ceux qui se prélassent, chômeurs ou retraités c’est du pareil au même. Après avoir mis le feu au pays, comme Néron, notre Imperator, à défaut de lire des poèmes ou de jouer de la lyre, récite son catéchisme avec obstination, tel que ses mentors le lui ont appris, tel que ses mentors lui ont dit de l’appliquer jusqu’à ce que mort s’en suive. La liturgie mortelle suit son cours, implacable mécanique que rien ne doit arrêter.

C’est dire que pour notre Imperator, les gilets des hérétiques devaient disparaître du paysage. Opérations de basse police pour les plus vindicatifs d’entre eux, les plus haineux, et engluage dans une pseudo concertation pour les autres. L’idée du grand débat porte en elle même les gènes de sa propre perversion. On le sait, nos jaunes hérétiques tiennent à leur référendum d’initiative citoyenne (RIC). Ah ils veulent du référendum,  eh bien on va leur en donner du référendum ! Mieux même que du référendum, l’alliance du référendum et du QCM. Histoire de demander l’avis sur des sujets consensuels en disséminant au milieu quelques sujets qui fâchent. Le résultat est garanti, il y aura une majorité de oui qui permettra à la Macronie d’être réconfortée dans l’exercice du pouvoir et d’attendre benoitement les prochaines échéances. Et pendant qu’on amusera en plus la galerie avec le QCM ,  notre Imperator fera passer les plus ignobles de ses réformes qui, bien entendu, ne seront pas au programme du grand débat.

Il ne faut surtout pas se laisser avoir et laisser la Macronie avec son grand débat vide de sens sur les bras. Paradoxalement oui, il faut débattre, mais ailleurs, dans un autre cadre. Nos gilets jaunes, tout hérétiques qu’ils soient, en l'ont dressé : les ronds points, devenus en quelques semaines autant de nouvelles Agora. Il faut s’y retrouver, parler, évoquer d’autres avenirs, d’autres possibles. Il faut laisser la Macronie pédaler dans le vide, seule chance pour que son inanité la conduise à sa perte.

 

Roland Greuzat 

 

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