Une chambre « bleu horizon »? Une chambre d’enregistrement? Troublante augure.

On ne peut pas dire que nous nous dirigions vers un mandat où le dialogue parlementaire sera privilégié. Ce n’est jamais le cas lorsqu’un groupe est majoritaire au point de renvoyer les autres dans l’obscurité. Certes on peut estimer que des consultations auront lieu, pour la forme ne nous leurrons pas, avec les différents partenaires, sociaux ou autres.

Un retour vers1969 se profile

On le sait, ce qui se prépare est un véritable retour aux sources de la constitution de 58, du sur mesure pour l’Elysée, et la poigne pour Matignon. alors de nos assemblées ? L’Assemblée Nationale jouera , sans le moindre doute, un rôle de chambre d’enregistrement. Quant au Sénat ! On voit bien que le vieux rêve gaullien de 1969 risque de revenir sur le devant de la scène, devenir le pire cauchemar des tenants du bicaméralisme et d’un certain équilibre… qui sait peut-être verra-t-on un retour du référendum raté entérinant une suppression d’un Sénat considéré comme obsolète, un Sénat que l’on pourrait avantageusement fondre dans un même creuset avec le conseil économique et social… ajoutons y une part de représentation régionale et le tour sera joué.

 

Des élus venus de nulle part

Dans un tel contexte on se doute bien que les élections des 10 et 17 Juin ne seront que le début d’un processus de délabrement institutionnel qui pour l’instant ne veut pas dire son nom. Qui saura résister ? On voit mal un futur groupe parlementaire constitué de marcheurs se lancer dans des opérations de résistance, bien au contraire, ce sera de la marche en avant et rien d’autre. La typologie de ce groupe est d’ailleurs fort intéressante, pour moitié il sera constitué d’anciens membres de cabinets ministériels, jeunes loups, ardents à plaire, d’autre part, d’élus venus de nulle part, totalement inexpérimentés qui ne seront que des jouets entre les mains des premiers.

 

Une absence totale d’expérience politique

 Sans accabler Jean Paul Delevoy, Richard Ferrand et leur commission d’investiture (pour le dernier il s’est accablé tout seul) il faut reconnaître qu’on a trouvé un peu de tout dans leur choix. Dieu que cette société dite civile (à défaut d’être militaire) est diversifiée ! On y trouve de tout, c’est un peu un inventaire à la Prévert, de l’employé à la fermière, en passant par le responsable associatif, il y a de quoi être effaré devant cette accumulation de manque d’expérience et de véritable culture politique. A moins d’être un apparatchik né et programmé pour le « métier », en principe pour arriver au Palais Bourbon, on fait ses classes, un peu de conseil municipal, de départemental, de régional, au choix, avant de songer à la consécration finale. Là non ! Passer subitement d’un obscur bureau ou de la ferme bio à l’Assemblée, c’est quand même un bond dont l’énormité n’échappe qu’aux seuls inconscients !

 

Du bon usage de l’opposition

 Une opposition réduite à quia peut-elle encore être utile. Il semble que oui car une majorité écrasante est inaudible de par son unanimité de principe. Des petits groupes parlementaires de vingt à trente députés peuvent arriver sinon à se faire réellement entendre collectivement, du moins à dégager quelques voix nouvelles qui vont venir tonitruer dans la morne plaine. L’explosion des vieux partis n’est pourtant pas une mauvaise chose en soi, cela force à la reconstruction salutaire. Certains y trouveront du crédit, d’autres en perdront, comme le tribun de la plèbe, Jean Luc Mélanchon pour ne pas le nommer, qui a perdu sa magnificence de la campagne pour donner dans la vitupération stérile, méchante et haineuse. La rareté peut rendre la parole plus percutante, plus incisive, mieux porteuse, mieux entendue, mieux relayée par les media. On peut l’espérer.

 

Nous l’avons voulu : assumons !

 Cela est-il le prix à payer pour voir notre vieux pays évoluer. En élisant Emmanuel Macron on en a payé le prix, on se doutait de ce qui allait advenir, de la façon dont il prendrait les choses en mains, on s’en doutait mais on ne cherchait pas à en être persuadés, on voulait croire encore au rêve d’une société dont le classicisme du débat public avait quelque chose de rassurant. Nous l’avons voulu et il le fallait. Aujourd’hui on est au pied du mur, et ce mur nous l’avons construit de nos propres bulletins de vote. Il va falloir assumer et ce sera très certainement difficile. En marche certes, mais à la baguette ! Il nous restera donc quelques élus d’opposition pour tenter de calmer le jeu, de clamer dans le désert pour nous éviter quelques excès malvenus. Le bleu horizon n’est pas si rose en tous cas.

 

Transformer le République n’est pas forcément transformer la société… on verra !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.