De Fillon à Macron, les primaires sans dessus dessous

Le cycle des primaires continue, après les verts c’est maintenant au tour de la droite. Pour dire vrai on est un peu tenté par le jeu, un peu facile certes, de recourir à l’homophonie : le cirque des primaires se substituant au cycle, et c’est déjà bien plus parlant.

Primaires, un cycle ou un cirque

Que n’a-t-on entendu sur les primaires, ces élections privées ouvertes à tous pourvu que l’on signe, la main sur le cœur, d’avoir conscience de se retrouver dans les valeurs défendues par les organisateurs….  C’est déjà sans compter que ces valeurs sont multiples, les débats auxquels nous avons assisté nous l’ayant clairement montré. Cette ouverture,  cette absence réelle de contrôle des consciences, amène bien entendu des attitudes où les enjeux politiques supposés viennent à supplanter des attitudes plus conformes à la morale. La première primaire, celle de la gauche, en 2011, connut en effet quelques distorsions dues à des votes de militants ou sympathisants qui n’avaient rien à voir avec les valeurs dites de gauche. On jugea alors peu nombreuses et assez peu significatives ces entorses à la sincérité du scrutin, l’influence médiatique fut certainement plus déterminante.

 

Une idée qui échappe à ses initiateurs

La situation est quelque peu différente en cette fin du quinquennat de François Hollande. On le sait, cela sent fortement la fin de règne . Si en 2011 il y avait une certaine « harmonie » dans les candidatures à la primaire organisée par le Parti Socialiste, il n’y a pas en 2016 la moindre « harmonie » entre les différents candidats à la primaire de droite et du centre. Bien au contraire, ils sont tous clivants, et plus on avance, plus cela se durcit, plus les propos des uns et des autres sont agressifs. Le fond même de la primaire est en train d’échapper à ceux qui entendent se lever pour aller voter, la motivation est de moins en moins politique. La primaire est devenu une affaire d’hommes, un combat de rue, un western avec un duel final, on ne choisit pas, on élimine. Les "étrangers"  , les « votants exogènes » ne vont venir eux aussi qu’avec en tête, outre le principe de s’asseoir sur une déclaration n’engageant aucun honneur, que de tout faire pour écarter le candidat le plus dangereux à leurs yeux. La démarche n’est dès lors plus politique, elle est devenue politicienne. C’est là le paradoxe : ouverte la primaire peut échapper au fondement de l’engagement politique des participants, fermée c’est le régime des partis et rien d’autre.

Plus généralement ces primaires, celle de novembre comme la prochaine de janvier, sont devenues  caricaturales d'un système qui nous échappe, un peu comme un arbitrage privé se substituant à un tribunal de l’ordre judiciaire… où les arbitres ne risqueraient d’apporter que du déséquilibre pour peu qu’ils s’invitent là où ils n’étaient pas forcément conviés.

 

Une phase d’incertitude qui va persister

Nous sommes dans une phase curieuse,  sondages aux marges d'erreur extensibles (Brexit, Trump) influences diverses qui font que l'exercice citoyen devient acrobatique... Peu à peu les incertitudes se transforment en certitudes et inversement. Nous constatons l’ascension de  François Fillon au détriment d’Alain Juppé, la stagnation de Nicolas Sarkozy (qui pourtant disposerait d’une majorité « silencieuse » nous assure-t-il, majorité silencieuse dont il est bien évidemment la voix), l’effondrement de Bruno Lemaire. Qu’iraient donc alors faire des électeurs de gauche dans cette galère ? Voter pour Fillon, mais c’est prendre le risque de placer le plus à droite de tous les candidats, voter Juppé dans le cadre du classique TSS (Tout Sauf Sarkozy) cela ne servirait pas à grand chose puisque ce dernier se charge lui même  de son propre affaissement . Ces électeurs de gauche réagiront-ils à des sondages dont ils savent maintenant que la marge d’erreur n’est pas un vain mot, surtout sur le corps électoral insaisissable qu’est par définition celui d’une primaire. Toutes ces incertitudes risquent d’inciter cette participation « exogène » à ne pas se manifester surtout quand l’évènementiel politique s’emballe.

 

Emmanuel Macron, le tueur de primaires

L’annonce de la candidature de l’ancien ministre de François Hollande, à quatre jours de la primaire de droite, a un effet dynamiteur sur celle-ci. Sans être aucunement candidat à cette primaire (comme à celle de gauche d’ailleurs)  Emmanuel Macron se pose en candidat virtuel et parasite d’autant le scrutin car sa présence au premier tour de la présidentielle entrera dans les critères de choix des votants des deux prochains dimanches, en mettant les centristes face à leur destin.  « Primairicide » à droite, Emmanuel Macron sera tout autant « primairicide » à gauche. Alors que Manuel Valls remonterait, que François Hollande n’est toujours pas décidé, Emmanuel Macron démobilisera la fraction la plus centriste des participants à la primaire de gauche, favorisant en cela la victoire d‘Arnaud Montebourg à moins que la vice –présidente ne s’en mêle.

Et comme la transgression n’est désormais plus de mise en ce bas monde, il reste un élément en attente, observatrice attentive dont la seule préoccupation est de savoir qui elle trouvera en face d’elle au soir du premier tour…. Comptant sur un effet Trump et majorité silencieuse antisystémique réunis elle attend, elle attend…

 

 

 

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