Présidentielle : à droite comme à gauche, les données sont réinitialisées

En quelques semaines le paysage politique a évolué, la défaite de Manuel Valls lors de la primaire de gauche annonce un renouvellement tant de la pensée de gauche que du personnel politique

Un irrésistible glissement vers la droite

Cela prenait forme depuis plusieurs semaines déjà. L’affrontement traditionnel des seconds tours  de l’élection présidentielle, à l’exception de celui de 2002 bien sûr, était un classique droite gauche. L’élection se jouait alors  au centre.  Après l’élection de François Hollande et les premiers mois d’exercice de son mandat il est rapidement apparu que l’oubli des promesses du Bourget  couronné par  l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, le centre de gravité du scrutin présidentiel, rebasculait vers la gauche. Le besoin de recomposition à gauche s’intensifiait avec notamment l’apparition de la Fronde parlementaire.  Il y eut un nouveau basculement avec la sortie d’Emmanuel Macron du gouvernement et le démarrage d’En Marche. On revenait vers le centre avec cette nouvelle fracture du Parti Socialiste. Dans le même temps, la primaire de droite concrétisant la démarche dure de François Fillon (tendant vers un extrême plus républicain et plus présentable) l’interstice Fillon/Le Pen diminuait et n’était plus représenté quasiment que par une divergence sociale. Nous nous retrouvions donc avec une hypothèse de second tour Macron/Fillon ou Macron/Le Pen : le glissement vers la droite était amorcé et c’est même au centre doit, dès l’ors, que l’élection allait se jouer, la gauche étant hors jeu même en voie de recomposition.

La victoire d’Hamon ou les perspectives chamboulées

La large victoire de Benoît Hamon lors des primaires de gauche appelle plusieurs constatations. Outre le fait de constituer la revanche des frondeurs, elle a mis en évidence le décalage progressif qui s’est instauré entre les militants et le parti, entre les militants et le gouvernement, voire avec François Hollande lui-même, Manuel Valls, n’étant plus là que pour cristalliser des haines cuites et recuites. On en sait un peu plus sur la typologie de l’électorat de Benoît Hamon : jeunes des villes essentiellement. En allant un eu plus loin et en regardant de plus près le parcours de ce brestois député des Yvelines,  il apparaît comme un pur produit de la maison socialiste. Le creuset ? Le MJS, le mouvement des jeunes socialistes. Il est difficile de ne pas suivre la trajectoire de ses présidents successifs, députés, voire ministres: la filière est efficiente. Avec Benoit Hamon, aujourd’hui, c’est le MJS qui a conquis un Parti Socialiste au plus mal. C’est ainsi que peut se produire la régénérescence de ce grand corps malade, d’autant plus que la tentation de fuite vers des paysages macroniens accueillants est très forte pour les déçus de la primaire.    

Benoît Hamon assèche Jean Luc Mélanchon

Pour l’instant c’est aussi un pan de la culture socialiste qui s’effondre, des années de François Hollande et de la culture de la sacro sainte synthèse sont jetées par dessus les moulins.  Le rêve de Benoît Hamon est, sur la forme bien plus mitterrandien : il voudrait voire renaitre l’union de la gauche que cela n’étonnerait personne, l’appel à Jean Luc Mélanchon et Yannick Jadot ne trompe pas. Par contre sur le fond, Benoît Hamon n’est pas forcément un utopiste avec, par exemple son revenu universel, mais c’est bien plus la gauche de demain voire celle d’après demain qu’il incarne ainsi. En quelques semaines d’une campagne éclair, par sa victoire écrasante sur celui qui représentait le mal absolu pour une gauche enracinée dans ses valeurs historiques, il aura réussi à prendre une position dominante dans ce microcosmique paysage politique. Qui plus est, et comme il fallait s’y attendre, le premier sondage montre qu’il distancerait Jean Luc Mélanchon de cinq point lors du premier tour d’avril. Benoît Hamon assèche donc un Jean Luc Mélanchon qui, en plus, commet la maladresse de se mettre la CGT à dos.  On ne pouvait imaginer meilleur scénario pour retrouver une gauche remise sur les bases de son unité et de ses valeurs.

Mais pendant ce temps là Marine Le Pen peut profiter d’une éventuelle démotivation de l’extrême gauche. Sa seule erreur serait de trop se « trumpiser » en allant trop loin dans l’approbation des foucades du nouvel empereur d’outre atlantique… Mais ça, c’est son problème n’est-il pas !

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