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Billet de blog 12 mars 2021

Etats de Choc - Primum Non Nocere

A travers une immersion, et le regard de professionnels de santé, scientifiques et patiens, le documentaire « Etats de Choc : Primum Non Nocere » promet un regard objectif sur la crise sanitaire, du point de vue de la santé publique, des familles ou de la politique.

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Réhabiliter la parole scientifique.

Une infirmière Italienne, jolie, malgré les ecchymoses provoquées par le port bien trop long d’un masque serré et de lunettes de protection. Elle a le regard vif, bien que mangé par les cernes. Elle se filme avec son téléphone, lance un appel à l’aide.

A chaque crise, et quel que soit notre âge, des images nous frappent : un tir de mortier dans la poussière du désert du Koweït, au 20H de TF1, un soir de 1991 ; une voix parlant d’un crash d’avion, à la radio d’un bar, par-dessus un soda un après-midi de septembre 2001, après le lycée.

Et, donc, cette infirmière, expliquant son quotidien d’une voix blanche.

Quelques semaines plus tard, nous serions confinés.

Elena Pagliarini, évanouie à son bureau de l'Hôpital de Crémone, en Italie, en mars 2020 © Twitter

Non pas que nous n’ayons rien vu plus tôt ; les évènements traumatiques imposent toujours un temps de sidération, durant lequel les choses semblent irréelles. Il suffit d’une image, un son, pour qu'elles percutent notre conscience.

Quelques semaines plus tard, je serai alité, les poumons en feu, l’impression de m’arracher les bronches à chaque quinte de toux, et dont la douleur, finalement, ne s’estomperait qu’à l’automne. Et je n’ai eu qu’un Covid léger.

Passionné de sciences depuis l'enfance, je suis de ces littéraires qui ne comprennent la physique ou la biologie qu’à travers leurs explications "en français" même si, grâce à bon nombre de contacts à travers le temps, j'ai pu apprendre certaines bases. Je fais aussi de la vulgarisation, depuis une douzaine d'années. A un niveau bien modeste : mon travail d'illustrateur et scénariste est chronophage, et d'autres font cela bien mieux que moi. Les chaînes YouTube et les blogs de vulgarisation scientifique ne manquent pas. Et heureusement.

Pour autant, je me suis efforcé depuis décembre 2019 de partager et relayer les informations les plus fiables, avec méthode, en prenant le temps de chercher les explications, de demander à celles et ceux dont c'est le métier de comprendre ces données, voire de les créer. Je chroniquais les études qui sortaient, les commentais parfois. Jusqu'à chroniquer ma propre Covid.

Il y avait tellement à dire, cependant. On aurait voulu voir cette crise être transcendée par les connaissances et la rigueur. Pouvoir s'appuyer sur deux mille ans de méthode scientifique pour en tirer des informations fiables, qui seraient relayées avec précaution par les médias, et compter sur l'intelligence collective pour prendre des mesures adaptées. Si l'on comprend les principes qui régissent un domaine, on diminue le risque de se faire avoir par des charlatans, ou de relayer des fake news.

Après tout, ce n'est pas tous les jours que toute l'Humanité regarde dans la même direction.

Au lieu de cela, nous avons eu Didier Raoult, annonçant une "fin de partie" sur des données qui ne sortiraient jamais, et avançant des études frauduleuses. Des hordes de conspirationnistes, prétendant voir des médecins euthanasier de force des personnes âgées en Ephad. Des complotistes, persuadés d'un complot judéo-maçonnique et "scientiste" mondial pour en finir avec une part de la population. Pire, un eugénisme finit par prendre le dessus, y compris dans certains médias ; après tout, ce ne sont que des vieux, qui meurent, et un restau entre copains vaut bien leur sacrifice.

Pour ne pas voir la maladie? Par égoïsme? Pour se persuader que, même ainsi, dans le hasard biologique d'une pandémie, ils pouvaient avoir le contrôle de leur vie? Si la maladie n'existe pas, on ne peut en mourir.

Tellement de choses auraient pu être mieux faites. Le Gouvernement, d'abord hésitant et maladroit, finit par fermer les yeux, jusqu'à tolérer une moyenne quotidienne de 400 morts. Des médias, complaisants, donnant une parole libre et sans opposition à des gens dont la seule fonction semble être de mentir et propager des fake news : médecins adeptes des essais sauvages, député.e.s proches de mouvements extrémistes à la fiscalité et aux méthodes douteuses, médecins de télévision venus vendre leur start-up…

Le déni politique a tué. Dans les hôpitaux, où la Covid est devenue la première maladie nosocomiale. Dans les établissements scolaires où, murmurés, on parle de tel.le élève malade, qui a perdu un membre de sa famille, et qui vient en classe, parce que les enfants, dit-on, ne sont pas contaminants. Où tel.le enseignant.e sera momentanément absent.e, occupé.e aux funérailles d'un parent.

Un graffiti de l'artiste Ardif sur le mur de l'Hôpital Saint Antoine, AP-HP, Paris © Ardif

Donner la parole à celles et ceux qui vivent la pandémie

Au XXIème siècle, alors que la somme des connaissances humaines est disponible en quelques clics, que des méthodes d'esprit critique et de recherche foisonnent au gré de groupes sceptiques, que la philosophie des sciences et sa méthode se sont enrichies de gens comme Gaston Bachelard, Stephen Hawking et autres…

En mars 2021, nous devons encore expliquer que le principe de la science, c'est qu'elle se fiche de nos opinions, de la politique.

Si on est rigoureux, alors le résultat sera fiable et factuel. Qu'il nous plaise ou pas. 

Que, si les personnes âgées sont les plus facilement touchées par la maladie, elles ne sont pas les seules. On en meurt aussi jeune. On en meurt aussi sans comorbidités.

Il aura fallu un "Hold Up" intellectuel, contre toute forme de raison, pour que je me rende compte que mon métier pouvait servir. Non pas pour exprimer mon opinion, mais pour prêter mes possibilités et mes connaissances à celles et ceux dont il fallait, justement, pousser la voix.

L'idée de "Etats de Choc – Primum non Nocere" a rapidement pris forme : un documentaire, en partie en immersion, pour montrer le quotidien des personnels soignants, des patients, de leurs familles en milieu hospitalier. Et une partie en studio, avec des scientifiques et médecins, dont une partie, volontairement, auront fait l'actualité. Pour non seulement parler de sciences, mais aussi parler de comment la crise a été gérée, menée, par eux, par les médias, par la population. Ce qu'on en gardera dans l'avenir. Comment préparer les futures pandémies sur la base de celle-ci?

Les premières personnes que j'ai contactées furent la Professeure Karine Lacombe et le Docteur Christian Lehmann. Les deux acceptèrent immédiatement, et avec enthousiasme, alors que je n'avais encore qu'une vague idée de ce que serait le documentaire. Il était important pour moi d'avoir en soutien des professionnels "de poids", reconnus, et assez solides et indépendants pour pouvoir à la fois parler objectivement de leur métier, et subjectivement de leur expérience durant la crise. Et ainsi, je pus mettre en place le projet. La majorité des gens que j'ai contactés acceptèrent rapidement, au fil de discussions, d'explications.

Certains me parlèrent du traitement médiatique de la crise. D'autres de la manière dont la maladie était vulgarisée. Ou encore, de cette autre crise, dans laquelle se mêlent politique, opinion personnelle, ultracrépidarianisme – opposés au savoir scientifique. En toute honnêteté, ces conversations ont créé une certaine pression, mais on surtout permis d'orienter complètement le projet : je découvrais qu'il y avait une véritable demande pour un médium de ce type, par celles et ceux qu'on était censé écouter, déjà.

Puis encore : des médecins, des personnels soignants, des patients me contactèrent, et me contactent encore. On m'explique une situation, vécue, observée. Ici, une demande de l'ARS pour un centre de vaccination, mais sans aucun recul, au point d'utiliser le fauteuil roulant de patients défunts. Là, le calvaire des familles de patients âgées qui, refusant que leur parent soit vacciné, demandent le vaccin pour eux-mêmes, et ne comprennent pas ne pas être prioritaires. Des Covid longs transformés en peine quotidienne, au point de ne plus pouvoir penser correctement. Des décès de professionnels de santé, passés sous silence. J'aimerais raconter chaque cas, montrer chaque cas. Ces gens, invisibles, qui pourtant sont la crise personnifiée. On tente d'opposer le coût économique de la crise au coût humain. Les deux sont pourtant liés. Les séquelles psychologiques seront intenses. Les séquelles médicales, aussi : on ne se remet pas facilement d'un coma artificiel, ou d'un séjour sous ventilation. On ne se remet pas de la culpabilité d'avoir provoqué une maladie mortelle chez ceux que l'on aime.

Parler de sciences, donc. Parce qu'on n'en a finalement pas réellement parlé. On a exigé des réponses urgentes, quand la science demande du temps. De la recherche, de la remise en question. De l'humain, aussi. Surtout.

Voilà donc, ce documentaire. Je me fais la voix de mes sources. La voix de ces gens qui parlent de sciences, d'humains, de vie et de mort, et dont manquent les voix, parce qu'on les transforme en chiffres. Or, il ne faut pas qu'elles faiblissent et se perdent.

Ce documentaire est un projet indépendant, et ne pourra se faire sans aide, sans finances, et les projets de ce type sont bien moins "porteurs" qu'un projet qui tournerait au sein d'un groupuscule conspirationniste.

Il ne faut pas que "Hold Up" devienne le témoignage de la pandémie, ni de l'humanité.

Kevin Enhart, scénariste et réalisateur.

Etats de Choc – Primum non Nocere est un film documentaire en cours de financement, écrit et réalisé par Kevin Enhart.

Avec : Karine Lacombe, Christian Lehmann, Dominique Costagliola, Mathieu Molimard, Amina Ayouch Boda, Mathias Wargon…

Twitter : @etatsdechoc

Kickstarter (fin de la campagne le 28/03/2021 à 18h00) : http://kck.st/3qZzmso

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