Qassem Soleimani: Ce qu'on ne nous dit pas

Vendredi 3 janvier, à Bagdad, les États-unis ont assassiné l’un des hommes les plus influent et aimé d’Iran, le géneral et commandant en chef de la force Qods, Qassem Soleimani. Suite à sa mort, une vague de désinformation envahit le net à son sujet…

Tout le monde a eu écho de près ou de loin de l’assassinat ciblé du Général Qassem Soleimani, mais nombreux sont les médias qui occultent les compétences et mérites de celui qui représentait la pierre angulaire de l’Iran. Il y a quelques années, John Kerry affirmait que « le monde arabe ne détient aucun général de son niveau« . Alors que les médias mensonges tentent de rabaisser le stratège qu’il était, en le comparant à des figures artificielles et vides de sens telles que James Bond ou Lady Gaga, on apprend qu’entre 76 et 83% des étudiants iraniens du Maryland (USA) ont une opinion positive du général. Mais pas seulement…

Une douce notoriété

Alors que Mike Pompeo s’est empressé de twitter une vidéo d’irakiens se réjouissant dans les rues suite à la perte du général, la réalité démontre le contraire. En effet, en Irak, ainsi qu’en Iran, des milliers de personnes manifestent contre cet assassinat. Au Pakistan, en Inde, en Palestine, en Malaise, en Turquie, et même à Washington, des gens protestent pour dénoncer cet affront. Partout dans le monde, des prières lui sont adressées. Le responsable du Hamas, Ismael Redwan affirme que « C’est un un crime odieux (….) La mort du général Qassem Soleimani est une perte pour la Palestine, car il a soutenu la durabilité et la stabilité de la résistance palestinienne ».

Les irakiens manifestant contre l’assassinat du général sont bien plus nombreux que ceux qui se réjouissent de sa mort comme veut prétendre Mike Pompeo © La Voix du Nord Les irakiens manifestant contre l’assassinat du général sont bien plus nombreux que ceux qui se réjouissent de sa mort comme veut prétendre Mike Pompeo © La Voix du Nord

Une marée humaine a envahi les rues de Ahwaz alors que le corps a été rapatrié en Iran © Isna Photo Une marée humaine a envahi les rues de Ahwaz alors que le corps a été rapatrié en Iran © Isna Photo

Des milliers de personnes dans la ville sainte de Mashaad © Isna Photo Des milliers de personnes dans la ville sainte de Mashaad © Isna Photo

À l’ONU, l’ambassadeur iranien Majid Takht Ravanchi a qualifié ce meurtre « d’acte de guerre de la part des États-unis contre le peuple iranien« . Puis d’ajouter: « Ils (les Américains) ont entamé un conflit militaire en assassinant par un acte de terreur un de nos principaux généraux. Alors qu’est-ce que l’Iran peut faire? Nous ne pouvons pas rester silencieux, nous devons agir et nous allons agir. Il y aura certainement une vengeance, une vengeance dure. La réponse à une action militaire est une action militaire. Par qui, quand et où, c’est l’avenir qui le dira« .

De son côté, Cuba et le Venezuela ont fermement condamné ce crime. La Russie et la Chine quant à elles, ont appelé au calme. En revanche le Hezbollah compte bien agir: « Ceux qui connaissent l’Histoire et son cours dans notre région doivent savoir que ce que Trump a fait était complètement stupide et que la fin de l’arrogance américaine et israélienne au Moyen-Orient a commencé » affirme Hussein al Khalil, conseiller de Seyed Hassan Nasrallah. Ce dernier affirme d’ailleurs que « les chaussures du général Soleimani ont plus de valeur que la tête de Trump », apparement, nombreux sont ceux qui le pensent…

Un homme qui n’avait pas froid aux yeux

Il s’était juré de vaincre Daech, et il l’a fait. Selon l’IRNA, les Forces de Qods dirigées par le Général Soleimani, ont été élues comme étant la meilleure de toutes en terme de mission et stratégies militaires. En effet, il y a six ans, lorsque Daech attaquait l’Irak et la Syrie, les forces de Qods ont directement été sollicitées pour éradiquer ce fléau. Il n’est pas sans rappeler que Qassem Soleimani avait infiltré Daech de lui-même pour permettre sa dissolution. Ainsi, le 21 novembre 2017, il a le mérite d’annoncer officiellement la fin de l’organisation terroriste dans la région. Comprenez cette victoire comme une lourde défaite envers les États-unis, Israël, l’Arabie Saoudite et ses alliés.

Le 21 novembre 2017, Qassem Soleimani a officiellement annoncé la fin de Daech © facebook Le 21 novembre 2017, Qassem Soleimani a officiellement annoncé la fin de Daech © facebook

Dix-huit mois avant sa mort, le Général Soleimani avait lancé un avertissement public à Donald Trump : « Monsieur Trump, le joueur, je vous le dis, sachez que nous sommes proches de vous à cet instant, ne nous sous estimez pas. Vous commencerez la guerre mais nous, nous y mettrons fin ». Un avertissement qui n’a vraisemblablement pas plu aux détracteurs de l’Iran.

Plusieures tentatives de meurtre…

Assassiner le général n’est pas une mission qui date d’hier. En effet, en 2006, lors de la guerre de 33 jours entre Israël et le Hezbollah, Qassem Soleimani accuse les sionistes d’avoir mené plusieurs raids contre lui-même, ainsi que le chef et le commandant du Hezbollah, Seyed Hassan Nasrallah et Imad Moughnieh.

Le premier raid a eu lieu alors qu’il se trouvait à bord d’un avion avec Hassan Nasrallah. Le second a été mené dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, dans la « chambre d’opération » alors qu’il s’y trouvait, accompagné de Seyed Nasrallah et Imad Mougnieh (assassiné par le Mossad en 2008). Il explique que tous leurs faits et gestes étaient alors épiés par Israël. Après quoi, les trois hommes se sont rendus dans un second immeuble lorsque des bombardements ont retentit non loin.

« Nous avions le sentiment que ces deux bombardements allaient être suivis par un troisième… alors nous avons décidé de sortir de l’immeuble. Nous n’avions pas de voiture et tout était silencieux, il n’y avait que les avions du régime israélien qui survolaient Dahiyeh », a relaté Qassem Soleimani dans l’une de ses rares interview menée par la télévision iranienne: https://youtu.be/FWV9ar7ayyk

Afin de vérifier les dires du général, le chef du Mossad, Yossi Cohen a été interrogé. Ce dernier nie les accusations et tente de ridiculiser ses propos: « Avec tout le respect dû à son fanfaron (le général, NDLR), il n’a pas encore commis l’erreur qui le placerait sur la liste prestigieuse des cibles d’assassinat du Mossad » prétend t-il goguenard. Puis d’ajouter: « Il sait très bien que son assassinat n’est pas impossible. Ses actions sont identifiées et ressenties partout… Il ne fait aucun doute que l’infrastructure qu’il a construite représente un sérieux défi pour Israël ».

Yossi Cohen déclare dans le journal The Time of Israël, que la République islamique d’Iran ne représente « absolument pas » une menace existentielle pour Israël, mais plutôt un défi pour sa sécurité. Enfin, il affirme « qu’Israël n’est pas intéressé par un conflit avec l’Iran… Israël n’a qu’un seul intérêt: empêcher l’Iran d’atteindre la capacité nucléaire militaire. Nous ne voulons pas que le régime s’effondre, nous ne voulons pas de vengeance contre les scientifiques nucléaires ni bombarder des bases à Téhéran. Nous souhaitons conclure un accord qui verrouille toute option de capacité nucléaire militaire ». De quel droit? On comprendra par la suite que le général Soleimani n’était pas si fanfaron que cela…

Yossi Cohen, chef du Mossad, nie les accusations portées par le général Soleimani. © The time of Israel Yossi Cohen, chef du Mossad, nie les accusations portées par le général Soleimani. © The time of Israel

En effet, le chef du service des renseignements iraniens, Hossein Taeb, a ouvertement déclaré le 3 novembre dernier que « trois agents étrangers ont été arrêtés pour complot« . Ces derniers auraient été entrainés dans des pays voisins pour fomenter l’assassinat de Qassem Soleimani lors d’une cérémonie religieuse qui eut lieu en février. Des précisions de la missions ont été dévoilées: « Les mercenaires devaient faire exploser l’endroit où Soleimani était censé se trouver à l’aide de 300 à 500 kg d’explosifs », a affirmé Taeb. Les assassins prévoyaient de creuser un passage sous son bâtiment pour y déclencher l’explosion. Selon le procureur de Kerman, Dadkhoda Salari, ces trois terroristes seraient bientôt jugés.

Aujourd’hui, ce que l’on constate c’est que l’Occident tente à tout prix d’incriminer l’Iran afin de la démilitariser et mieux la piller.On assiste à des réactions surréalistes comme par exemple, des menaces de destruction de cites culturels, touchant donc des civils, de la part de Donald Trump. Ou encore, Emmanuel Macron qui conseille gentillement à l’Iran de garder son calme et de ne pas « envenimer » la situation. Dans les médias mensonges, les gros titres racoleurs défilent à perte de vue. « Le Général Soleimani était un homme horrible » (20min), « L’Iran, et non Trump, a causé l’escalade » (Le Point)… Des manipulations délibérées provenant de dirigeants politiques comme cette vidéo de Mike Pompeo. Fort heureusement, la vérité qui émane des rassemblements de masse pro-Soleimani l’a vite rattrapée. Mais quand bien même la réalité indéniable s’expose aux yeux du monde, certains journalistes parviennent encore à détourner le sens premier de ces manifestations, en affirmant que le peuple iranien – plusieurs millions de personnes précisons – manifeste avant tout contre les sanctions économiques et le ras le bol de cette situation handicapante, autrement dit anti régime. Incroyable mais vrai.

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