Hymne à la femme

Quand une société propose le silence face à la barbarie des hommes à l’égard des femmes, celle-ci n’est qu’une ombre de sa propre tombe. Quand une société s’assit sur les droits et les libertés des femmes, celle-ci n’est qu’une âme en souffrance dans un corps meurtri.

HYMNE A LA FEMME.

Les polémiques et les controverses sur les droits et les libertés des femmes ne sont que la constipation de la pensée. Je ne vis point ce qu’elles vivent, je ne ressens guère ce qu’elles ressentent mais j’entends les cris de douleur qui percent les cœurs et qui tourmentent les consciences. Il ne s’agit ni de m’indigner à la place des femmes ni de froisser quelques petites énergumènes qui ne comprennent ni le sens de la vie, encore moins la place de la femme dans la dynamique de nos sociétés. Il s’agit de plaider pour la femme, de plaider pour la matrice de notre existence. Ici, il est question d’alerter pour agir, d’éveiller pour vivre, d’éveiller pour revivre, d’éveiller pour faire vivre.

La vie est un long fleuve et la femme, une barque. Celle qui porte sur son dos les caprices et les faiblesses des hommes et des enfants pour les faire traverser, celle qui rame avec des douleurs et des larmes. Elles sont mystérieuses et combatives puisque, comme disait Sophie Sherine Hutt, le mystère qui est lié à la femme est inéluctablement lié à la vie. Mettre la femme au centre de nos préoccupations et discussions c’est bâtir un environnement de joie et d’élévation, de paix et de bonheur. C’est elle qui porte dans ses entrailles le devenir de notre humanité. Elle est le souffle de notre existence, la raison de nos présences, la racine de l’arbre qui nous nourrit et la mère de nos prophètes et guides spirituels.

Différence biologique mise de côté, dans toutes les religions et les cultures, les femmes, dans l’imaginaire farfelu des hommes, pour ce qu’elles ont entre les jambes, ne pourraient être qu’inférieures. En réalité, elle n’est ni égale ni inférieure à l’homme. Elle est ce que l’homme ne sera jamais. Elle est l’énergie qui fait vibrer le cœur des hommes sur un champ de bataille, un ange qui apaise les douleurs des enfants et une déesse qui soigne de ses larmes, les blessures de nos cœurs meurtris et de nos âmes errantes. Piétiner la barque qui nous porte et qui nous ramène vers l’autre bord de la rive c’est accepter de vivre au bord du fleuve en enviant ceux qui traversent avec facilité et confort, assurance et sérénité.

Réda Boukredman proclamait que la femme est une flamme allumée qui réchauffe et alimente le monde des hommes. De nos nuits agitées à nos journées vertigineuses, elles deviennent des berceuses. De nos peurs les plus terrifiantes à nos angoisses les plus intimes, elles sont les flammes qui illuminent nos visages et le baume qui nourrit nos espérances. Il fut une époque, elles étaient des prêtresses qui portaient le message de L’Eternel, des reines – des épouses des dieux. A cette époque, nous étions ce que nous voulions devenir, des hommes complets – des personnes effectives et non des personnes. Nous aimons les humilier en bombant le torse, nous aimons les battre en montrant notre supériorité physique.

En se comportant de la sorte, nous restons des hommes forts dans nos illusions et des faibles d’esprit dans nos quotidiens chaotiques et ternes. Dans la substance de nos réalités et pratiques, de nos vérités et certitudes, les femmes demeurent des antilopes piégées par la sournoiserie d’un chasseur. Eduquer c’est éveiller et transmettre. Eveiller les sens de l’enfant et transmettre des instruments qui lui permettent de comprendre et d’exploiter la totalité de ses sens. Pour faire revenir les dieux du temps, il nous faudra des déesses du temps ; des femmes entières et pleines qui ne seront ni prises comme des pondeuses infatigables ni comme des adversaires à combattre. Quand on est ou que l’on se sent moins que soi, l’autre apparait toujours comme une menace, un danger, un rival – rarement un partenaire, prêchait Tariq Ramadan.


Quand une société propose le silence face à la barbarie des hommes à l’égard des femmes, celle-ci n’est qu’une ombre de sa propre tombe. Quand une société s’assit sur les droits et les libertés des femmes, celle-ci n’est qu’une âme en souffrance dans un corps meurtri. Quand une société humilie et assassine les femmes pour ce qu’elles sont, celle-ci est comparable à un arbre encore debout dont les racines ne répondent plus. Cet arbre pourrait ne pas s’effondrer mais il finira inéluctablement par sécher.

KIDE Baba Galle

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