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Billet de blog 3 mai 2021

TROP DIFFICILE À LIRE

L’écriture implique une capacité à lire. Qui peut écrire ? Qui peut lire ? Qui interprète ? Comment lit-on ? et qu’en pense-t-on ? Il me semble que certains blocages contre l’écriture inclusive tiennent plus à une réticence au concept « d’inclusivité » qu’à la difficulté de la lecture.

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Si je ne me trompe pas, l’histoire a commencé avec l’écriture, avant c’était la préhistoire.

Enfin, ça c’était avant, parce que maintenant on se pose la question de savoir si vraiment un peuple à tradition orale ne ferait pas partie de l’histoire. Si on pousse encore un peu plus, pourquoi les peintures rupestres ne seraient-elles pas une écriture. Mais je cesse tout de suite de m’égarer dans les méandres de la recherche à propos de l’histoire de l’écriture ou de l’écriture de l’histoire et ne m’en tiendrai ici qu’au sujet de la France contemporaine.

De nombreux commentaires dans ce journal et ailleurs attaquent régulièrement l’écriture inclusive.

C’est trop difficile à lire.

Je l’avoue, ce changement m’a aussi déstabilisé au début. Tout comme celui d’accentuer les majuscules. Eh oui, comme tout le monde il me faut du temps pour intégrer la nouveauté. Mais dans ce cas précis, il me semble que les blocages tiennent plus à une réticence au concept « d’inclusivité » qu’à la difficulté de lecture.

Je m’explique. Dans de nombreux articles de presse ou de textes militants, je croise parfois l’écriture inclusive mais encore plus souvent une grande proportion d’acronymes, de sigles ou d’initiales. C’est ce dernier phénomène qui perturbe le plus ma lecture et ma pensée.

J’emmétrais volontiers l’hypothèse que l’usage des abréviations est lié à l’utilisation des téléphones portables et du clavier des ordinateurs. Les SMS (Short Message Service) aussi nommé en français par le néologisme texto[1] ont effectivement provoqués au début des années 2 000 une nouvelle façon d’écrire. Essentiellement pour produire des textes le plus court possible. Je ne ferais pas ici la revue des « tkt, lol, mdr et autre pls » auxquels nous nous sommes habitués. Cependant je remarque un léger déclin de cette écriture depuis que les téléphones sont devenus non seulement portables mais aussi intelligents et que les forfaits sont plus souvent illimités. Et puis maintenant, les outils informatisés corrigent nos fautes de frappe, nous enregistrent et transcrivent nos propos ; l’orthographe française a ainsi repris un peu de sa superbe.

Cependant, il reste une trace de ce réflexe qui tend vers l’abréviation, qui ne date pas d'hier. Certains acronymes nous sont familier : OTAN, ovni, radar, sida, SNCF, Unicef, USA et ils ne nous surprennent plus… Enfin jusqu’au moment où on doit les écrire, majuscule ? minuscule ? un peu des deux ? … et parfois de les prononcer : « cenecefe » fût longtemps une blague, ou « urse » qui surprend toujours la jeunesse.

Car aujourd’hui ce phénomène pas tout neuf perdure. Particulièrement pour désigner les partis politiques. Le problème est qu’ils changent souvent de nom et qu’ils ont parfois plusieurs acronymes.

Le champion toutes catégories est : La République en marche, le plus souvent nommé LREM, mais on trouve également son ancienne abréviation EM sans compter les variantes LaREM, REM, LRM. La France insoumise c’est : LFI ou FI au choix. Europe Écologie Les Verts : EELV ou EÉLV, (nous retrouvons là le problème de l’évolution de l’écriture des majuscules avec ou sans accent). Le Rassemblement National : RN qu’on a du mal à ne plus appeler FN. Les Républicains ont tellement changé de nom qu’il m’a été difficile de me souvenir de LR après UMP ou RPR. Le Parti communiste français : PCF détient un record, c’est le même sigle depuis 1943. Le parti socialiste : PS semble aussi assez stable. Je vous laisse compléter la liste. Les partis changent (ou pas) de nom ou de sigles à nous de deviner s’il s’agit d’une évolution (ou pas) de leurs programmes politique, ou de toute autre entreprise de communication.

Eh oui, c’est ça qui est difficile sinon à lire mais du moins à comprendre : « À quoi se réfèrent ces appellations ? » C’est un peu comme si on avait un bloc de pierre posé sur du sable. Ça se délite, c’est flou.

En lisant les commentaires de ce journal, j’ai mis fort longtemps à comprendre que MDP voulait dire Médiapart et que MLP signifiait Marine Le Pen… il ne faut pas sauter une lettre, le sens devient tout autre !

 Quand je m’attaque à des écrits dont je suis encore plus ignorante du propos mais cependant curieuse, cela peut provoquer d’autres perturbations. Par exemple, sur les blogs traitants des agriculteurs et de la météo, je suis ravie d’y trouver des informations et des analyses pertinentes, mais je suis encore parfois perplexe. Je me doute bien que dans ce contexte la PAC est la politique agricole commune (sous-entendu de l’Europe), mais pas de chance je suis en train de faire installer une PAC chez moi, oui, une pompe à chaleur. Pour les OGM, CO2 et autre GES, j’ai bien une petite idée, mais toute petite, peut-être qu’une phrase ou deux m’éclairciraient les neurones. Car même en chimie les choses ont évoluées, j’avais toujours appris 02 = oxygène, quand il y a quinze ans ma fille m’a dit qu’il s’agissait du dioxygène, c’est devenu compliqué dans ma tête[2].

Pour boucler la boucle, la FNSEA : Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles n’a sans doute toujours pas compris l’intérêt de l’écriture inclusive[3],

Eh oui, cette dernière est si compliquée à lire ! Alors que les sigles nous simplifient la vie ; voyez-vous !

[1] « Texto » : signifie littéralement ce qui est conforme au texte… rien à voir avec un texte court ni à un service

[2] Alors le CO2, c’est du carbone dioxygène ou du carbone qui capture deux fois plus d’oxygène ?

[3] Vive les exploitantes agricoles (parfois mettre un mot au féminin permet de nous aider à penser).

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