Méluche et mon copain Roger

Mon copain Roger, il a en ce moment des gros états d'âme par rapport à Méluche.

Ce matin, mon copain Roger est passé me voir, petite mine, son habituel petit sourire bienveillant absent sous sa casquette.

-"Ca va pas mon Roger? des soucis?"
-"Putain! Méluche, il m'énerve! je comprends plus, il joue à quoi?"

Il faut dire que Méluche pour Roger, comme pour beaucoup d'entre nous, c'est son espoir à lui.
Un boulot de merde qu'il a, un patron de merde et depuis trop longtemps l'espoir d'une "vraie gauche qui changerai sa vie", comme il dit.

Melenchon toulouse avril 2012 © C.Puech Melenchon toulouse avril 2012 © C.Puech
En 2012 il a commencé à rêver, on avait été ensemble voir Méluche place du Capitole sous l'orage, "un peuple de dingue" qu'il arrêtait pas de crier, l’œil brillant, "tu te rends compte, mon frère il vient exprès de Bordeaux pour le voir, il y a tellement de gus, qu'il est coincé à une borne et qu'il pourra pas le voir!"
Et puis non, pas ce coup là, 11% au deuxième tour, "mais c'est un signe!" qu'il disait.


Il en a marre Roger, c'est vrai que quand Sarko c'était fait virer, on avait bien arrosé çà, mais on était pas non plus débordants d'enthousiasme.
Quant il avait vu arriver la nomination de Vals puis celle de Macron, Roger il avait gueulé: "Putain, comme ça c'est clair, je vous l'avais bien dit qu' Hollande il allait nous baiser la gueule et que le PS et la droite c'est pareil, tout pour le capitalisme et la finance".
"Et puis ils font chier à gauche, incapables de se réunir pour construire un vrai parti de gauche! On arrivera jamais à les virer les accros au Capital". C'est vrai que Roger il a son franc parler et ses raccourcis à lui pour le discours politique.

Alors Roger avec ses pots, début 2017, il s'est remis à rêver, à retrouver l'espoir. Il voulait plus louper un discours de Méluche ou un de ses passage à la télé. Il disait: "putain, mais c'est lui qu'il nous faut, il y a que lui qui peut nous rendre ce qu'ils nous ont tous piqué!"

Il a même acheté "l'Avenir en commun", il disait "je comprends sûrement pas tout, mais ce mec, lui, il a tout compris, je suis d'accord sur tout ce qu'il a mis dans ce programme."
J'aime bien ses déclarations à l'emporte pièce à Roger, je les tournerai pas comme ça, mais elles expriment bien souvent ce que des fois, je peux aussi ressentir.

toulouse avril 2017 © C.Puech toulouse avril 2017 © C.Puech

 Le 16 avril 2017, on a été ensemble à la Prairie des Filtres voir le meeting à Méluche, mon Roger il était comme au stade, excité comme un enfant, mais on voyait son émotion, ses yeux étaient brillants et il arrêtait pas de dire: "putain! ce peuple! incroyable!" On le sentait heureux et bouleversé Roger. Il était comme nous tous, les milliers présents, fiers et fébriles d'être là et persuadés que ce coup ci serait le bon.
Encore manqué!

Oui, il reconnait que des fois Méluche, il est un peu lourd, qu'il en fait un peu trop. "C'est un sanguin !" il dit. Son côté tribun à Mélenchon, sa faconde, comme disent les journalistes, Roger il appelle ça : "avoir de la gueule" et ça le fait vibrer à Roger, ça lui plait quand il rentre dans Le Pen, Macron ou des journalistes "aux arrières pensées pleines de grosses ficelles"(sic) .
Et puis il y a eu ces altercations avec des syndicalistes, Roger là, il a commencé à tiquer. "Putain là c'est un peu fort! On défend le même truc non?" avait-il déclaré dubitatif.
Il a aussi récemment cru comprendre qu'il y avait un problème au sein de la France Insoumise sur le soutien aux migrants. Il comprend pas bien, mais il lui semble qu'il commence à y avoir quelques tensions sur le sujet au sein de FI.
Là, ça le touche à Roger car il s'implique pas mal auprès des réfugiés, des migrants. Ça le touche encore plus, car il se souvient qu'une semaine avant la fête sur la Prairie des Filtres, il y avait eu cet autre gigantesque meeting face à la plage du Prado à Marseille, et là il avait furtivement essuyé ses yeux embrumés lorsqu'il avait entendu Méluche parler des 30000 disparus en mer.
Il se souvient encore de la minute de silence demandée et de cette déclaration : « Écoutez vous autres, écoutez, c'est le silence de la mort. »

Et puis il dit que ça commence à lui peser, d'avoir de plus en plus besoin de prendre sa défense à Méluche. D'avoir à répondre à tous ceux qui lui disent: "oui, c'est bien la France Insoumise, c'est sûrement la solution, mais le problème c'est Mélenchon".

Ce matin, mon Roger, c'est autre chose. Il semble usé, perdu et dépité.
-"T'as vu ses dernières sorties à Méluche? C'est quoi cette façon de faire, face à des flics et un juge"
-"Oui mais il était bien énervé, il y a de quoi quand même"
-".......................et "
-"Quoi d'autre Roger?"
-"Putain, t'as pas vu aussi comment il s'est comporté avec cette journaliste de France 3? Comment il s'est moqué de son accent de Toulouse, comment il s'est foutu de sa question!"

Et là Roger il encaisse pas, qu'on se moque de l'accent de Toulouse, putain là non!
Mais au delà de ça, je sais que ce qui le tourmente le plus à mon Roger, ce qu'il redoute le plus, c'est de voir un jour son espoir, son rêve se fissurer.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.