Week-end (radio-)actif

Samedi après-midi 3 mars, nous sommes quelques-uns et quelques-unes dans notre petite ville qui avons manifesté. Manifestation de solidarité avec les anti-nucléaires actifs sur le site même. Egalement solidarité avec les habitants et leurs descendants de ces villages en danger. Parce qu'à l'échelle humaine l'électronucléaire, ses épaves et ses déchets sont là pour une éternité.

Samedi après-midi 3 mars, nous sommes quelques-uns et quelques-unes dans notre petite ville qui avons manifesté. Manifestation de solidarité avec les anti-nucléaires actifs sur le site même. Egalement solidarité avec les habitants et leurs descendants de ces villages en danger : Bure, Bonnet, Manches-en-Barrois, Ribeaucourt, Saudron.

Bure : ce devrait être le moment, l’occasion de pouvoir débattre publiquement, enfin, de cet asservissement au nucléaire comme mode majeur de notre production d’électricité. Asservissement à très long terme, notamment par les déchets de la combustion.

Eh bien non ! pas de débat, mais un diktat technocratique et une seule réponse aux opposants légitimes : la dissimulation, l’interdiction et la répression !

 

Au début, c’était il y a une large poignée de décennies. Il est convenu d’appeler cette période les Trente glorieuses. La société française est alors imprégnée des bienfaits du progrès technique. L’électronucléaire se met en place, sous la pression des grands corps d’ingénieurs. Ce mode de production, réputé propre, sera le garant de nos sécurité et indépendance énergétiques.

Je ne mets pas en cause la bonne foi de nombre d’ingénieurs confiants dans l’omnipotence de la science ainsi que dans leur propre savoir-faire.

Le Président Charles de Gaulle et son entourage ne peuvent qu’être séduits : assurer l’indépendance énergétique, montrer à la planète l’intelligence et les capacités de notre pays. Cela conduira, entres autres, à la prédominance de l’électronucléaire et à l’avion Concorde (franco-britannique).

 

Oui, le Concorde offrait un ensemble de solutions techniques assez géniales. Peut-être une centrale électronucléaire l’est-elle également.

Mais depuis maintenant quinze ans, les restes des Concorde ne gênent plus guère ! le deuil en est fait.

Mais pas de deuil envisageable pour nos belles centrales et leurs déchets. L’exploitant EDF est en route pour ne pas respecter la durée de vie initialement prévue de cet outil. Le débat autour de la fermeture de Fessenheim est très éclairant (!!). Il ne semble pas que lesdites centrales aient fait l’objet à leur naissance de l’obsolescence programmée !

 

Les pouvoirs politiques successifs se sont petit à petit enfermés (laissés enfermer) dans une impasse, sous la pression du lobby électronucléaire.

L’impasse est politique, sociale, environnementale, sanitaire, et bien entendu financière. Accompagner EDF dans sa fuite en avant, c’est tout autant performant que la mise en œuvre du CICE ou autres « gadgets budgétaires ».

La différence, c’est qu’on peut arrêter un CICE ou ses clones quand on le veut, d’un trait de plume, par une simple ordonnance du Docteur Macron.

Alors qu’à l’échelle humaine, l’électronucléaire, ses épaves et ses déchets sont là pour une éternité. Et comme chacun le sait l’éternité, c’est long …

En attendant, cet « ogre » nous alimente en électricité, cette électricité que nous utilisons souvent bien mal, pour nous chauffer par exemple. Oui, tant que les centrales peuvent fonctionner, et leurs âge et usure ne constituent pas leur seul handicap.

Eh oui, un réacteur en activité demande à être refroidi. Je suis un vieux rhodanien. Les eaux de mon bien cher Rhône alimentent quatre centrales : Bugey, Saint-Alban, Cruas, Tricastin, qui cumulent 14 réacteurs en activité (France entière : 58 réacteurs).

Quelles peuvent être les conséquences des évolutions climatiques que nous vivons sur le débit du fleuve ? la diminution progressive des glaciers alpins ne pourrait-elle pas engendrer des pertes significatives de débit du cours d’eau ? phénomène qui pourrait alors rendre très aléatoire le moindre prélèvement.

Et alors, si on ne peut plus les refroidir, il faudra arrêter les réacteurs. Cela est déjà arrivé à près de la moitié d’entre eux pendant l’été 2003. Et s’il faut les arrêter en hiver ?

Le plus grave, ce n’est pas d’y avoir crû il y a plus de 60 ans.

Le gravissime est de s’enferrer dans cette fuite éperdue : errare humanum est, perseverare diabolicum (l’erreur est humaine, persévérer est diabolique).

 

Samedi après-midi, notre petite manifestation de solidarité était très « bon enfant ». Bien évidemment nous avons reçu la visite de deux gendarmes de la brigade locale, visite également très « bon enfant », dans la mesure où nous ne défilions pas. Dans la conversation que quelques-uns d’entre nous essayaient de faire porter sur le fond, le plus gradé des deux a lâché un très significatif « je n’ai pas le droit de vous répondre ». Bien évidemment.

Pendant ce temps-là, à Bure, ses collègues étaient porteurs d’une réponse, une toute autre réponse, la seule dont les oligarchies et leur Gouvernement sont capables.

C’est aussi cela le nucléaire « civil » !

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