Politique sanitaire, quel positionnement de la gauche ?

La France est gouvernée par un chef d'entreprise. Il prend ses électeurs pour ses employés. Cette inversion de paradigme génère des stratégies politiques de gouvernance par injonction paradoxale. La gauche est une muette observatrice de la schizophrénie naissante du peuple français, dont la dénonciation est devenue l'apanage de l'extrême droite.

Hier contraints de travailler fiévreux et toussotants de Covid (c'était en Avril 2020), voici que les infirmiers et infirmières seront bientôt interdits de séjour à leur travail par cause de statut thérapeutique. Si le vaccin diminue effectivement les symptômes on devrait pourtant être davantage inquiet d'un silencieux cheval de Troie vacciné, que d'une bruyante attaque infectieuse de non-vacciné... 

Pour le patient, il en va de même. Le non vacciné se verra refuser sa chimiothérapie à moins d'une complexe et répétitive (parfois impossible) anticipation. A contrario, le vacciné peut librement tousser fiévreusement dans les salles d'attente. Car ce n'est pas l'état de santé du patient qui en détermine les droits, mais bien son statut thérapeutique. Statut déterminé par des considérations statistiques de risque plus ou moins grand. 

On peut dire avec Roland Gori1 que le chiffre est la nouvelle façon de donner des ordres. Les données de tel ou tel institut de recherche sont ainsi triées (en fonction de critères abscons) puis érigées en doctes ordonnances catégorielles qui conditionnent les droits de chacun. Le consentement éclairé (qu'on fait parfois hypocritement signer au "vacciné de septembre") est une figure de style.

Le président apparait alors comme un dirigeant d'entreprise. Il a des objectifs, objectifs quantitatifs décorrélés de la réalité observée (comme dans "le joueur d'échecs" de S. Zweig). Ses Think Tanks n'ont qu'un rôle de conseil. Il doit assumer la gestion de l'indocilité et de l'insoumission en usant de coercition et de récompense. Pour ma part, je trouve qu'il utilise insuffisamment la récompense. Des stock options de l'Etat Français, un intéressement aux bénéfices de Pfizer me sembleraient plus stimulants qu'un simple retour aux droits antérieurs.

La double contrainte s'exerce par le discours paradoxal. Personne n'est obligé, mais ceux qui ne le font pas... Chacun est libre, mais l'égoïsme des uns... En somme, nous appartenons tous au même peuple mais il existe deux sortes. On a vu en son temps Jacques Chirac utiliser de tels procédés pour cautionner la précarité. Il utilisait alors le terme de "fracture sociale" : estimez-vous heureux d'être smicard en CDD, vous pourriez devenir SDF. L'opposition des 2 permettait une saine gestion du chômage et des bas salaires. La gauche s'était alors insurgée. On a vu Sarkozy séparer la France entre ceux qui se lèvent tôt et la racaille à Kärchériser, justifiant ainsi la différence de droits consentis aux 2 types de populations. Le procédé est ancien en politique, et il ne manque pas de déclencher une indignation franche des intellectuels et de la gauche entière.

Aucune voix de la gauche n'est audible aujourd'hui. L'insidieux usage du levier sanitaire, appuyé sur des considérations techno-médicales, a fait taire toute contestation. C'est l'extrême droite qui s'engouffre dans la défense des libertés... Misère !

Les journaux de gauche ne voient aucunement la conversion de la démocratie en entreprise privée. Car les indociles ne sont pas les employés de Monsieur Macron, ils sont ses électeurs. C'est lui qui est leur employé ! Les journaux de gauche catégorisent volontiers la contestation. Les contestataires deviennent par syllogisme sceptiques donc antivax, antivax donc d'extrême droite, anti-pass donc d'extrême droite... Cette situation est navrante, elle entérine même chez les intellectuels, une approximation conceptuelle et un état avancé de soumission consentie à de nouveaux déterminants de la norme sociale.

1 https://www.youtube.com/watch?v=2FEtiA18lZU

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