Buffon au PSG, ce n'était pas de saison.

Quel bilan dresser du passage de l'emblématique Gianluigi Buffon au Paris Saint Germain ? Salué pour son expérience, son charisme et sa carrière, le portier italien avait pour ambition de relever l'ultime défi de sa carrière : remporter la Ligue des Champions. Cette arrivée a chamboulé la gestion des gardiens du PSG ? Est-ce là, l'une des explication de l'échec européen du club parisien ?

Quel bilan dresser du passage de l'emblématique Gianluigi Buffon au Paris Saint Germain ? Salué par les observateurs et les supporters pour son expérience, son charisme et sa carrière, le portier italien avait pour ambition de relever l'ultime défi de sa carrière : remporter la Ligue des Champions. Inattendue, cette arrivée a chamboulé la gestion des gardiens du PSG ? Est-ce là, l'une des explication de l'échec européen du club parisien ?

Octuple champion d'Italie (Serie A) sous les couleurs de la Juventus, vainqueur de la Coupe de l'UEFA avec Parme, double vainqueur de la Coupe d'Italie et surtout champion du monde 2006... Gianluigi Buffon possède l'un des palmarès les plus garnis du football contemporain. Il a quasiment tout connu en 17 saisons à la Juventus dont une saison en Série B suite au scandale du Calciopoli

Il ne lui restait qu'un titre à conquérir pour achever sa carrière en apothéose : la Ligue des Champions. Finaliste à deux reprises, en fin de contrat à Turin, une opportunité s'est présentée à l'été 2018 : une expérience au sein d'un club aspirant à ce sacre européen, le Paris Saint-Germain. 
Sur le papier, une ambition commune semble unir des parties faites pour s'entendre. Dans la lignée du recrutement de David Beckham, le PSG signe une référence mondiale en quête d'un ultime défi. Le contrat est d'une saison, assorti d'une saison supplémentaire en option qui ne sera finalement pas activée. 

Coté parisien, le vestiaire manque de leaders et d'expérience. Avec le départ annoncé de Thiago Motta, l'arrivée de Buffon est perçu d'un bon oeil. Cependant, cette opportunité saisie par le board a créé une incertitude sur l'identité du gardien numéro un. En effet, en plus du portier légendaire, Kevin Trapp et Alphonse Areola prétendaient à être le dernier rempart des rouge et bleu. Finalement, Trapp sera prêté à Francfort et accomplira une saison pleine marquée une demie-finale d'Europa League.

Lors de sa présentation officielle, le portier transalpin a réaffirmé sa volonté de disputer les rencontres importantes tandis que le coach parisien optait pour une alternance Buffon-Areola. La suspension du premier a permis au second de disputer les trois premiers matches de Champions League tandis que le second s'est distingué lors des matches retours de la phase de groupe. 
Dans les faits, le gardien titulaire en Ligue des champions disputait la rencontre précédente afin d'optimiser les automatismes. Thomas Tuchel n'a dérogé à cette règle qu'une seule fois, c'était à la veille du match retour contre Manchester United, entretenant le flou sur l'identité du portier jusqu'au dernier moment.

Dans la pratique, les erreurs individuelles cumulées lors de la première mi-temps étaient prévisibles et résident avant tout dans le style des portiers parisiens. En effet, là où se posait la question de l'identité du portier numéro un, celle de la philosophie de jeu a été éludée. Depuis de nombreuses saisons, le PSG est une équipe pratiquant un jeu de possession où le gardien occupe un rôle clé dans la relance et doit ainsi disposer d'un excellent jeu au pied. C'est dans cette optique qu'a été initié, sous Laurent Blanc, le recrutement de Kevin Trapp puis le retour d'Areola. Or, le jeu au pied constitue l'une des carences de Gianluigi Buffon. C'est un gardien “à l'ancienne”, excellent sur sa ligne et préférant évoluer avec une défense basse et des lignes resserrée. Son positionnement sur le terrain n'est ainsi pas le même que celui de son concurrent (Areola). Dans ses sorties, dans la couverture des espaces laissés dans le dos des défenseurs centraux tout ou presque oppose les deux portiers parisiens. 

La rencontre OL-PSG disputé début février reflète assez bien la capacité d'Areola à combler les espaces et surtout anticiper les passes en retrait de son arrière-garde. Thilo Kerher a été assez friand de remises vers son gardien lorsqu'il a manqué de solutions, ces ballons dangereux ont tous été géré avec brio par le portier français. 
C'est justement sur l'une de ces remises que Thilo Kerher a entrainé, malgré lui, l'ouverture du score de Manchester United au Parc des Princes. Dans les cages ce soir là, Gianluigi Buffon est beaucoup trop loin pour combler les espaces et gêner l'attaquant mancunien. Qu'on se l'accorde, la passe du défenseur allemand est très mauvaise mais le positionnement et l'anticipation du gardien peut soulever certaines interrogations d'autant plus que son équipe était en phase de construction (possession). Cette intervention est à mettre en relief avec la sortie ratée au San Paolo entrainant un penalty pour le Napoli. Les conséquences n'avaient pas été les mêmes mais cela aurait dû alerter le staff technique.

Le talent et la carrière de Gianluigi Buffon parlent pour lui, il n'est pas ici question de le remettre en cause. Son style correspondait-il véritablement à la philosophie prônée par le PSG ? Cette question mérite d'être posée à l'heure où les dirigeants parisiens sont une nouvelle fois en pleine réflexion au sujet de l'identité du gardien titulaire, celui qui est censé être décisif et permettre à son équipe de passer un cap sur la scène européenne. 

A l'image de certains fruits, au Paris Saint-Germain, Buffon n'était probablement pas de saison. 

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