Chine: la nouvelle équipe dirigeante, les sortants et les entrants

204 membres du nouveau comité central, ainsi que 172 membres suppléants de ce comité, ont été élus ce mardi 24 octobre par les 2280 délégués au 19ème Congrès du Parti communiste chinois, fort de 89 millions de membres recensés. Ce nouveau comité central va à son tour élire demain mercredi 25 octobre son Bureau politique de 25 membres et le Comité permanent de ce Bureau composé de 7 membres.

Fin des travaux

Le 19ème Congrès s'est donc achevé aujourd'hui avec l'approbation du long rapport de Xi Jinping, fait au nom de l’ancien Comité central issu du 18ème Congrès. Le Congrès a aussi approuvé les modifications des statuts du Parti en ajoutant comme référence doctrinale et directrice, la Pensée de Xi Jinping sur la nouvelle ère du socialisme aux caractéristiques chinoises (ouf, c'est assez long, même en chinois), qui figurera derrière l’énumération maintenue du Marxisme-léninisme, de la Pensée Mao Zedong, de la théorie de Deng Xiaoping, de la Théorie des "trois représentativité" (officialisée sous le règne de Jiang Zemin) et de la Vision scientifique du développement (contribution de Hu Jintao, ajoutée dans les statuts après son premier mandat de cinq ans,2002-2007). Un chef, un premier mandat, une Pensée : on ne pouvait faire moins pour Xi Jinping, par rapport à ses prédécesseurs. De là à raconter que Xi est devenu l’égal de Mao, non, ce serait exagéré, pourquoi pas à l’égal de Marx et de Lénine ? Les choses auraient été différentes si les nouveaux statuts avaient gommé les contributions de Jiang Zemin (les trois « représentativités ») et/ou de Hu Jintao (Vision scientifique…). De là à affirmer  qu’il pourra rester au pouvoir aussi longtemps qu’il voudra, c’est encore plus fantaisiste.

Le Congrès a aussi approuvé le rapport d’activité de la Commission centrale de Discipline présidée par Wang Qishan sur les 5 années de luttes anti-corruption. Enfin le Congrès a procédé à l’élection du nouveau comité central de 204 membres ainsi que la nouvelle Commission centrale de discipline de 133 membres.

Les sortants et les entrants

La liste des élus confirme le départ de Wang Qishan, puissant allié de Xi Jinping, membre du comité permanent (le goupe des 7 dirigeants suprêmes) du Bureau politique sortant : son nom ne figure plus dans les listes publiées. L’autre bête noire des différents « groupes d’intérêts à l’intérieur du Parti» (terme pour la première fois utilisé par Xi Jinping dans un rapport officiel au Congrès), Meng Jianzhu, en charge de l’appareil de sécurité et de la Justice au Bureau politique, disparaît aussi. Par contre, Fu Zhenghua, le vice-ministre de la Sécurité Publique, figure dans le nouveau comité central, malgré de nombreuses accusations de corruption dont il a fait l’objet au moyen de « preuves » fuitées à l’étranger (y compris des video qui circulent sur le Web).

La désignation du nouveau Bureau politique de 25 membres, et surtout l’élection du Comité permanent de sept membres, le véritable noyau dirigeant du pouvoir communiste en Chine, aura lieu demain matin. Je vous ai livré mon pronostic dans mon blog daté d’hier (le 23 octobre), en décrivant la nouvelle composition comme le résultat d’un compromis âprement négocié, mais qui établit un équilibre de consensus. Le départ de Wang Qishan est une première confirmation de ce que j’ai avancé. Sauf surprise de dernière minute, le prochain Comité permanent sera composé de :

Xi Jinping, Li Keqiang, Han Zheng, Wang Yang, Li Zhanshu, Wang Huning et Zhao Leji.

Le nom de Zhao Leji figurant également dans la liste de la nouvelle Commission centrale de discipline, celui-ci devrait être élu président de cette commission lors de sa première session plénière demain. Quant à Wang Yang, il a toutes les chances de succéder à Li Keqiang comme Premier Ministre en mars prochain. Li deviendrait alors le prochain Président de l'Assemblée populaire nationale.

La composition du nouveau comité central doit être analysée plus en détail, mais d’ores et déjà, il semble indiquer que les différents grands « groupes d’intérêts » gardent, même si certains un peu moins que les autres, des représentants emblématiques. Ainsi, le fils de l’ancien premier ministre Li Peng, Li Xiaopeng, figure parmi les nouveaux membres. Tout semble indiquer que le Congrès a réussi malgré les traumatismes causés par la gigantesque campagne d’anti-corruption, à réaliser in fine l’équilibre à l’intérieur du Parti, tout en consacrant la légitimité de la suprématie de Xi Jinping sur le Parti. Chose remarquable quand on songe que son accession au pouvoir il y a cinq ans s’était déroulée dans un véritable contexte de crise doublé d’une tentative de coup d’Etat mené par Bo Xilai, Zhou Yongkang, les généraux Xu Caihou et Guo Boxiong, avec la complicité muette d’autres caciques du Parti.

Une autre explication de ce Congrès apparemment réussi n’est autre que l’arrière-plan économique du moment. La situation économique s’est redressée de manière surprenante depuis quelques mois, tous les indicateurs sont au vert de nouveau. La croissance chinoise a atteint 6.8% au troisième trimestre et tous les organismes de prévision des Institutions internationales ont relevé leur projection. Autant dire que l’ambiance est bien moins morose dans beaucoup de cercles en Chine, et cela a le mérite d’apaiser les tensions.

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