Dans l'intérêt général, pas de grève ?

7h25 j'enfile mes chaussures, mets mon manteau, et les dernières vérifications faites, j’ai tout juste le temps d’attraper mon sac, il est 7h30, je dois partir. Comme d’habitude, je marche vers l’arrêt de métro mais lorsque j’arrive le temps pour la prochaine trame est exubérant, mer** ! J’ai oublié la grève des transports !

Comment ai-je pu oublier cette grève qui s’étale pourtant sur 3 mois ? Le syndicat CGT de la TCAR (responsable de la majorité des transports de la Seine-Maritime) à poser un préavis de grève jusqu'au 31 décembre, grève de 55 minutes par jour aux heures de pointes. En alternant le matin et la fin d’après-midi, la grève s’attaque donc aux travailleurs anonymes. Prenant conscience de mon futur retard, je m’assois et commence à pester, quelle idée de faire grève ainsi ! Pourquoi n’avoir pas former un cortège pour aller gueuler comme on sais si bien le faire ! On tape sur les travailleurs du quotidien, les dirigeants doivent bien rire quand il passe en voiture !

Dans mon attente je m’interroge, aurais-je rejoins le cortège des grévistes ? Je ne crois pas et ceux même si je prends les transports en communs tous les jours. Entre les cours, les loisirs, probable que j'en eus à peine entendu parler. Mais là, impatient, trépignant de voir le métro arriver, je m’intéresse un tant soit peu à leur revendication, et voilà ce que je peux lire sur France 3 régions : « Il a été prouvé depuis quelques années que les salariés produisent beaucoup plus mais cela avec un effectif qui diminue, forcément, on constate une dégradation des conditions de travail - Frédéric Leroy, Délégué syndical CGT – TCAR ».

C’est bien normal qu’il réclame l’amélioration de leurs conditions de travail pensais-je, soudain j’entends le roulis du métro sur les rails, car oui, le trafic n’est pas totalement interrompu presque la moitié des services sont assurés. Je monte, le métro est déjà bondé, la masse fulmine, on regarde nerveusement sa montre, on râle contre cette satanée grève. Pour ma part j’ai changé d’avis, voilà des années que je prends ces transports, néanmoins si ce n’est bonjour ou au-revoir, je n'adresse aucune autre attention aux chauffeurs quand je prend le bus, jamais je n’aie pensé à leur condition de travail, comment soupçonné un malaise si tout fonctionne bien ? Je me rappel alors les travailleurs liés par l’obligation de respecter la continuité des services publics (impératif constitutionnel depuis une décision de 1979), mais qui trouve des moyens pour exercer leur droit fondamental de grève. Le personnel hospitalier, pénitentiaire, la police, et tout ces travailleurs qui revendiquent des droits, de meilleurs conditions de travail et à qui, j’imagine, on répond « oui oui, on vous entend mais rien ne peut être fait et dans l’intérêt général vous ne pouvez pas faire grève. » Qu’ils doivent ruser pour allier droits et devoirs, pour sensibiliser des personnes qui ne s'en intéresseront seulement quand ils seront dérangés.

Kouassi C. Anderson

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