Une odeur désagréable dans l'air

A l'heure où les préoccupations écologiques et les questions démocratiques sont au cœur des débats publics, à Rouen le torchon brûle depuis que l'usine de Lubrizol a enflammé l'attention des populations locales.

Ce jeudi 26 septembre s'est élevé un épais nuage au-dessus de la ville de Rouen. L'incendie d'un site classé Seveso a recouvert la ville, c'est alors que tout naturellement les autorités publiques ont recommandé aux personnes de restées chez eux, elles ont fermé les établissements d'enseignements et restreint la circulation dans la ville. J'ai alors suivi attentivement les consignes de sécurité. Calfeutré dans mon appartement, j'ai passé la journée à voguer sur les différentes sources d'information, tant et si bien que la disparation de notre ancien président a éclipsée les considérations inquiétantes qui s'imposaient à moi.

Le lendemain, j'ai constaté que plusieurs choses avaient changée à Rouen. D'abord, une étrange odeur flottait dans la ville alors que les établissements étaient ouverts et les cours, pour une partie, maintenus. Rouen était plus ou moins déserté, il y avait aussi sur le visage des irréductibles une inquiétude, certains portaient des masques, d'autres remontaient leur vêtement pour se couvrir le nez. Surtout, la question de cette méphitique fumée et de sa toxicité ne semblait pas faire débat mais consensus. L'université de Pasteur était sous le vent lors de l'incendie et l'établissement était empreint de cette fumée "toxique mais pas trop" (titre d'un article du journal 20 minutes) que peu considéraient comme réellement inoffensive. Pourtant, le silence des autorités pesait sur nous, les profanes de la chimie, que nous étions, ne pouvait que déduire de cette fumée opaque (que l'on apprendra ensuite être le résultat de la combustion d'une toiture en amiante et d'autres substances), de la pluie noire, et des oiseaux morts retrouvés çà et là que l'on nous cachait quelque chose. 

Le constat qui nous accable, du moins pour ma part, est le manque de transparence des autorités compétentes. Il n'y a pas dans notre système démocratique un quelconque moyen d'obliger les autorités publiques à révéler des informations sensibles, pas de Freedom of Information Act comme aux Etats-Unis par exemple (voir l'article d'Edwy Plenel, Si faible et si fragile démocratie française). Que cette fumée soit toxique ou que les symptômes perçus par certains relèvent d'une paranoïa collective, impossible à dire car le jeu politico-écnomique est placé devant les intérêts de santé de la population. Il y a une puanteur sans doute toxique qui flotte à Rouen mais elle est bien supportable eu égard à l'infection pire encore qui plane sur la France et peu de gens semble percevoir dans l'air, la fin de la démocratie pour le peuple.

Kouassi C. Anderson

 

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