Droits à manifester : exemple ordinaire d’une extraordinaire répression

Lorsque j’ai appris que Stéphane avait été arrêté à Valence, je me suis dit que c’était une sirène d’alarme de plus. Sale gueule la sirène : elle braque avec un flingue, tabasse, colle en taule. Puis j’ai pris conscience que l’alarme résonnait depuis un bout de temps et qu’il s’agissait d’enlever ses boules Quiès.

Samedi 8 décembre, à Valence, alors qu’il participe à la Manif des gilets jaunes rejointe par la Marche mondiale pour le climat, Stéphane se fait agresser par un groupe de policiers en civils qui le menacent avec une arme à feu. Stéphane Trouille, un dangereux organisateur de soirées cinéma, contributeur de Irrintzina-le-film, passeur en Drôme du documentaire L'intérêt général et moi ... Et puis aussi journaliste, membre de la Coordination permanente des médias libres, vidéaste, documentariste, photographe…

Choqué, Stéphane rejoint la marche après son agression. Quelques heures plus tard, une autre bande de policiers lui tombe dessus, le plaque au sol, le bat puis l’embarque. Accusé d’avoir frappé un responsable des « forces de l’ordre », il est incarcéré en préventive jusqu’à son procès, le 26 décembre. Avec deux autres hommes et une femme, arrêtés lors de la même manifestation à des endroits et des moments tous différents, ne se connaissant ni les uns ni les autres, il est également inculpé de « violence en réunion ».

J’ai failli écrire que Stéphane était « un militant » ; il va falloir même se méfier de ce joli terme, tant la propagande officielle use des mots, use les mots, pour mieux diviser. Il y aurait les « militants », les « activistes », les « partisans ». Bref, les « pas de fumée sans feu » opposés aux gens normaux, aux gens qui ont la sagesse de rester chez eux. Stéphane n’était pas qu’un militant ; c’était avant tout un citoyen ordinaire, exerçant son droit ordinaire à manifester. Qu’il soit engagé ou pas, ici ou là, ne devrait pas entrer en ligne de compte.

Ne devrait pas… Mais nous voyons bien qu’avec les « arrestations préventives », avant et durant les manifestations, s’opère un vaste ménage idéologique. Nous savons bien qu’avec ses braillements préventifs (il va y avoir des morts, il va y avoir des morts…) le gouvernement prépare l’opinion à encore plus de répression légitimée (il y a eu des morts, on vous avait prévenu…). À ne pas fermer les yeux, à ne pas se boucher les oreilles, nous entendons bien tout cela. C’est là, maintenant, en permanence. L’intimation de plus en plus active à ne pas déroger, récriminer, s’opposer, manifester. Et, bien sûr, cela ne peut maintenant qu'empirer. En attendant, la caisse de soutien à Stéphane (avocat, prison, amende, etc.) est là : www.lepotcommun.fr/pot/9gtvmf7o

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