Alep. L'Agonie

Agonie. Alep tombe, ses habitants sont près de la mort. Alep s'efface, et avec elle, nos espoirs. Témoins impuissants, nous sommes morts de honte. Il y aura un avant Alep, et un après Alep. Et pendant l'agonie, les ventes d'armes continuent ...

 © Anton Taibarei / agence Tass © Anton Taibarei / agence Tass

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon un responsable militaire à Alep, l'offensive aérienne et terrestre lancée le 15 novembre par les forces loyales au régime de Bachar "entre dans sa phase finale. Nous vivons les derniers moments avant la victoire". L'OBS, ce matin.

A la une de Mediapart, ce matin, rien. Pourquoi ce grand silence ?

Quelle victoire ? Qui ose parler de victoire ? Boucher al-Assad est le tortionnaire de son peuple. La moitié des habitants se sont enfuis à l'étranger. Plus de 300 000 morts dans cette boucherie depuis 5 ans. Belle victoire que celle de laisser massacrer un peuple et un élan de démocracie. Le Boucher ne tient que par le soutien de ces géants que sont l'Iran, la Russie. Les USA, échaudés par les précédents conflits au Moyen-Orient, n'ont pas mis les pieds dans le guêpier syrien. Et quand la « victoire » lui sera acquise, il viendra serrer la paluche de nos gouvernants occidentaux ? Nous l'aiderons à reconstruire ce beau payx qu'est la Syrie ? Nous rebâtirons les ruines de Palmyre ? Nous continuerons de vendre des armes à l'Arabie Saoudite ? Les Sunnites et les Chiites vont-ils continuer de s'entredévorer jusqu'à la fin des temps ? Pouquoi se condamnent-ils à ces souffrances étenelles ? Quelle malédiction, humaine ou divine les condamnerait à subir ce déluge de feu, de sang et de mort ?

Qui a gagné quoi ? La démocratie a perdu. L'espoir. La vie tout court. Des dizaines de civils impuissants et innocents sont en train de mourir. De faim, de solitude, de désespoir, de leurs blessures physiques et morales.

Sommes-nous au moins capables d'accueillir ceux qui frappent déjà à notre porte ? Non, même ça, nous ne le faisons pas si nous regardons les pitoyables chiffres montrant l'accueil des réfugiés par notre si riche pays. La France est riche mais elle ne veut pas partager. Chacun chez soi, chacun sa merde.

Si l'année 2016 se termine dans un bain de sang, ne débouchons pas de champagne ou de mousseux, ne tartinons pas des toasts de mauvais foie gras, ne soufflons pas joyeusement dans nos trompettes, ne jetons pas de confetti, ne faisons pas semblant de croire que la vie est belle et youkaïdi et youkaïda, et que tout va bien ! Ca ne peut pas aller bien quand tant d'autres souffrent, près de nous et loin de nous.

Un jour, nous ressemblerons tous à ces grands rennes fantômatiques qui gardent les glaciales toundras russes. Un jour, nos cœurs seront définitivement glacés.

Il nous faut leur demander pardon à ces massacrés de l'Histoire. Nous vous demandons pardon, habitants d'Alep. Nous n'avons pas su vous protéger.

 

 

 

 

 

 

 

 

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