« Je peux pas, j'ai Bastille »

Le samedi 18 mars, à 14h30, nous, les insoumis, marcherons entre la place de la Bastille et la place de la République, à Paris. La date n'a pas été choisie au hasard, vous pouvez faire confiance à Mélenchon. Un 18 mars 1871, ce fut le début de la Commune. Date encore marquée au fer rouge de sang dans le cœur des citoyens.

" Je peux pas, j'ai Bastille ! " " Je peux pas, j'ai Bastille ! "

Comme chacun le sait, les internautes sont inventifs et délicieusement drôles. Aussi, ils ont cogité sur la question et ont détourné et décliné des scènes célèbres, l'idée étant d'inclure, à chaque fois, la célèbre phrase : « Je peux pas, j'ai Bastille! « .

C'est un rendez-vous important, voire capital, dans la capitale, que ce défilé pour les insoumis dont je suis. Nous marcherons pour la 6° république que nous appelons de tous nos vœux. Nous voulons lui fiche un grand coup de tatanes dans les fesses à cette 5° république et à ceux qui la sapent de l'intérieur, au lieu de la servir pour le bien de tous.

La 5° république est comme une plus qu'antique machine à laver. Vous mettez votre linge dedans, vous ajoutez de la lessive, vous choisissez le programme et vous appuyez sur le bouton marche/arrêt. En quelques minutes, ça crachotte, ça roule à l'envers, ça dégorge de bulles de lessive, ça hoquette, ça fuit, et si vous jetez un oeil à travers le hublot, vous constatez, avec effroi (même sur un cycle à haute température..), que votre linge chéri commence à être déchiqueté, arraché, émietté. Vous vous arque-boutez sur la machine pour l'arrêter mais macache ! elle continue ses infernales rotations. Quand elle s'arrête enfin et libère votre précieux chargement, vous sortez du tambour des morceaux de linge, des lambeaux pas beaux à voir, donc des lampabeaux (il y a aussi des rapides pas beaux mais ceci est une autre histoire), des flocons de vêtements, des fibres, des peluches.

La 5° république est cette machine assassine. Elle autorise tous les excès et dérives de cette caste oligarchique, agglomérat peu ragoutant de quelques banquiers prédateurs, patrons gloutons, hauts commis et dociles valets. Elle sert ses propres intérêts, écrase, émiette, déchiquète, tond, écarte, broye et ratatine les plus fragiles. Ceux qui ne peuvent pas protester, ceux qui ont été mis dans le trou, ceux qui subissent et ne savent plus comment redresser la tête. Une partie des citoyens est à genoux, courbe la tête, ne gémit même plus. Certains ne pourront être réparés, même quand ils sont sortis de la machine infernale, car les dégâts qu'ils auront subi seront trop lourds.

Vous contesterez mes conclusions hâtives en disant : Quand même ils ne sont pas tout ripoux ceux qui nous dirigent ! Oui, oui. Allez dire ça sur les marchés quand vous voulez offrir un résumé de notre programme et que, parfois, les citoyens ne veulent même pas le prendre votre tract ! Alors, gentiment, avec un sourire, vous leur dites aux ronchons : Vous ne voulez pas le lire au moins ? Je peux vous en parler.

Ils vous répondent qu'ils en ont marre de ces guignols, de ces malhonnêtes, et qu'ils sont dégoutés de la politique. A ce moment-là, je leur demande s'ils pensent que je suis malhonnête. Ils me répondent : Ah non, pas vous ! (Comment le savent-ils ? Si ça se trouve, je suis une vraie vilaine).

Et je leur dis , je suis une citoyenne comme vous, comme cette dame là, à côté de vous, notre programme a été écrit par des citoyens comme vous et moi. Ce sont des citoyens, de base, issus du  peuple anonyme,  rien à voir avec ces rusés politiciens, qui écriront une nouvelle constituante, pour faire naître une 6° république. Un texte écrit par des citoyens pour le bien des citoyens, pour tous les citoyens. Ca va changer la donne, non ? Nous allons répondre aux urgences de la société. Dans cette 6° constitution, seront gravées dans le marbre la règle écologique et la règle sociale, et toutes les décisions de l'Etat devront respecter ces règles. Voilà pourquoi je me suis engagée dans ce mouvement. Parce que ce sont les citoyens qui vont décider ce qui est bon pour eux. La règle verte sera de ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu'elle peut reconstituer, ni de produire plus que ce qu'elle peut supporter. Nous avons le devoir de partager les richesses et l'emploi, de protéger les plus fragiles. 9 millions de pauvres en France qui vivent avec moins de 1 000 euros par mois, des millions de chômeurs, 500 personnes qui meurent dans les rues chaque année, de l'emploi partiel en veux-tu en voilà, des CDD qui ne se transforment jamais en CDI, pas d'égalité hommes-femmes, une santé à deux vitesses. Et tout ça se passe dans la 5° puissance mondiale. Afligeant et révoltant constat. Cela ne peut plus durer comme ça. De l'argent, il y en a, les dividendes des actionnaires atteignent chaque année des records Et des projets, nous en avons tous, vous, moi, tous les citoyens. L'argent doit servir à investir pour le bien commun et pour le progrès humain. Pas pour alimenter les paradis fiscaux et les comptes extrêmement bien garnis déjà de certains de ces profiteurs. Ils profitent de nous, ils nous abusent.

Et là, avec les gens auxquels je tends mon tract, nous dialoguons, d'autres se joignent à la conversation, le tract est soigneusement plié et rangé dans le panier. Avant de se quitter, je leur dis que je serai candidate aux législatives pour la France Insoumise dans leur circonscription. Une dame, du même âge que moi, aux beaux yeux verts, me dit :

«  Moi, je ne vote plus depuis des années et jamais je ne revoterai

- Faites comme vous l'entendez Madame, c'est votre choix.

- Mais je suis admirative de que vous faites. Vous avez la foi, vous y croyez encore ! « 

Oui, la petite grand-mère que je suis, n'a pas arrêté ses rêves d'un meilleur possible. Il est à portée de main, je peux le toucher. Il suffit maintenant que des millions de personnes fassent le même rêve que moi, et le concrétisent par un bulletin de vote pour la France Insoumise le 23 avril. Je sais que c'est possible. Ici, ensemble, maintenant.

Notre programme a été écrit par 3 000 citoyens lambdas. Il a connu des ajustements, des lectures, des relectures, des réécritures, des amendements, et tout ce travail citoyen a mis au monde un bébé-programme. Il a mûri, il a grandi, il s'est affermi. Il est solide et solidaire, argumenté, cohérent, chiffré, beau et fort. Il redonne envie de faire de la politique et de s'inviter dans le débat citoyen, de prendre l'agora.

La révolution citoyenne est en mouvement (je ne peux pas dire, en marche ! c'est le nom d'un autre programme) et rien, ni personne, ne l'arrêtera. Il vient de très loin ce mouvement, il vient des trahisons subies, des frustrations, des déceptions au goût amer, des injustices, des dégoûts, du mépris et de la morgue des nantis, des promesses jamais tenues de ceux qui nous gouvernent. Il nous faut balayer les miasmes, refonder, faire chanter nos désirs communs. Des milliers de personnes seront à Paris pour dire leur désir de cette 6° république, avec pancartes, couleurs, chants, bonheur de partager et soleil au cœur. Alors, si ce samedi 18 mars, quelqu'un vous invite pour aller au cinéma, taper une belote ou aller cueillir des fleurettes, répondez : «  Je peux pas, j'ai Bastille ! «

fi

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