1000 vaches+750 veaux=1750 raisons de s’inquiéter

La vache n’est pas inquiétante à Priori, Priori étant une coquette ville italienne dans les Pouilles, peu visitée, on ne sait pas pourquoi. Une vache n’est pas inquiétante non plus à Yeur, Yeur étant un charmant village très fréquenté dont on ne retrouve jamais la trace sur aucune carte.  Une vache n’est donc pas inquiétante ni à Priori, ni à Yeur, ni dans aucun autre lieu. En Inde il y a même des vaches sacrées, de sacrées vaches sacrées, intouchables, à part pour les traire. Une vache n’est pas inquiétante, seule, ou en compagnie de quelques copines vaches. En revanche la réunion, dans un même endroit lambda,  de 1750 de ces bébêtes à cornes peut être source de sérieux, soucis, si !

 

 

Suzie, belle vache montagnarde Suzie, belle vache montagnarde

 

Une vache, c’est quoi ? Un mammifère avec une douce peau poilue qui nous offre chair, lait, peau, cornes, os, graisse et poils.  Un des animaux les plus utiles à l’homme depuis des millénaires, compagne paisible et fidèle des humains. Elle est présente dans la littérature, les mythes fondateurs, l’astronomie ( la voie lactée ). On peut même affirmer que les pis de la vache sont des voies lactées…

 

 

 

 

 

Les vaches et leurs veaux. Une vache ne fait-elle qu’un veau par an ? Si elle en fait plus d’un, il devrait y avoir peut-être 1238 veaux par an  dans cet élevage? Si des vaches sont stériles, cela peut faire effectivement 1000 vaches, et moins de 750 veaux.  Si des vaches meurent en couches, cela peut faire moins de 1000 vaches. Est-ce que dès qu’une vache est malade ou morte elle est remplacée, et prend-on les remplaçantes dans le stock des génisses qui poussent  du licol derrière ?  Quoi qu’il en soit, tous ces ruminants ça fait beaucoup beaucoup de tracas et beaucoup beaucoup de cacas. Les cacas des vaches sont appelés des bouses. Le caca du cheval est appelé crottin. Le chat Vignolle fait aussi des crottins, alors qu’il devrait faire des crottes comme tous les autres chats. Il y a les crottes des moutons, des chèvres, des lapins, des marmottes et de tant d’autres animaux. Le nez est capable de crottes aussi. Le vocabulaire, en matière de déjections animales, est important. Déjections voulant dire évacuation de matières fécales. Les volcans ont aussi des déjections, mais elles ne sont pas fécales. Mais je m’égare, de Lyon, revenons à nos moutons. Euh nos vaches.

 

 

 

Un projet fou, voire insensé . Un entrepreneur de bâtiments publics, M. Ramery, possède un élevage de quelques 200 vaches  dans le coin d’Abbeville. M. Ramery a un esprit d’entrepreneur, il entreprend, son cerveau carbure toujours pour entreprendre et entreprendre, il est ainsi fait. Alors il a mis au point ce projet pharaonique d’élevage intensif avec une structure de méthanisation. Cette usine à vaches et veaux sera installée à 600 mètres des habitations voisines, dans un site proche de Natura 2000. Nous vivons près d’un site ultra-protégé qui est la Baie de Somme, baie mondialement connue. Un parc naturel régional est en train de se mettre en place. Nous, Picards, de l’Ouest maritime, sans usines, ni emplois avons fait le choix de défendre notre patrimoine naturel, sa vitrine la plus connue étant le parc ornithologique du Marquenterre. Dire que ce projet industriel et cause d’énormes nuisances est mal venu et le moins que l’on puisse dire. C’est pourquoi des habitants des communes limitrophes se sont posé beaucoup de questions, se sont renseignés, puis se sont fédérés au sein d’une association NovissenNOs VIllages  Se SOucient de leur Environnement ). L’association, très active et très déterminée, vient de mobiliser ses adhérents et des associations de soutien, pour organiser une manifestation ce samedi 18 février. Environ 800 personnes, maires de 4 communes concernées avec leurs écharpes, élus du Conseil régional de Picardie, Picardie Nature, EELV, habitants, sympathisants, agriculteurs, militants au sein d’associations,  s’étaient donné rendez-vous et ont défilé dans les rues de la ville, avec discours sur la place de l’hôtel de ville. Cette manifestation est très importante pour Novissen, qui a pu prouver sa détermination à continuer la lutte contre ce projet qu’elle estime nocif. Le préfet a repoussé au 7 avril prochain sa décision d’autorisation de  mise en chantier de l’usine.

 

Hôtel de ville, Abbeville (80) Hôtel de ville, Abbeville (80)

 

Le caca, les bouses, le lisier.Une vache produit environ 40 kilos de bouse par jour. 40 kilos multipliés par 1 750 vaches, ça fait 73 000 kilos chaque jour soit 73 tonnes de bouse à stocker, emmener se décomposer dans les champs des villages voisins. Oui, car M. Ramery élève ses vaches à un endroit, mais déplace le problème du lisier sur d’autres villages, charmant cadeau pour les villages choisis. Pour l’heure, il a racheté et réuni, avec ses associés, environ 12OO hectares pour les futurs épandages. C’est tentant pour un cultivateur de revendre ou de louer ses terres à un homme si entrepreneur qui leur promet un argent facilement gagné, et surtout de changer de style de vie, eh oui venir 1 jour ou 2 par semaine s’occuper de 1 750 mammifères, c’est l’élevage en cols blancs et mocassins! Plus besoin de s’encrotter et de se fader la traite des vaches matin et soir ! Les corvées sont partagées. M. Ramery doit encore trouver plus de mille hectares pour satisfaire aux exigences de l’épandage. Mais bon faisons-lui confiance, c’est un homme entreprenant !...

 

 

 

Nuisances, incohérences et inquiétudes. Ce projet  démesuré,  décrié par Novissen, présente des risques très graves pour la santé humaine alors qu’il est très proche des habitations. Les recommandations actuelles de l’OMS stipulent qu’il faut éviter au maximum l’élevage en masse pour diminuer le risque d’épizootie, et si un élevage en masse est autorisé, il faut qu’il soit loin des zones urbaines pour éviter les mutations et leur transmission à l’humain. Le projet de 1750 bovins est à 600m de la première habitation, alors que la loi française impose 500m pour un élevage de 200 bovins !  Il présente des risques très graves pour l'environnement. Les risques concernant l’eau sont immenses eu égard à la taille de l’usine, à la quantité importante des déchets produits et à la pollution potentielle du sol. Outre les odeurs probables, la production de gaz ammoniaque provoque des irritations respiratoires et participe à la production de pluies acides . Concernant le bruit, le promoteur n’est pas en mesure de donner une estimation des niveaux sonores de son installation de méthanisation. Il ne donne que les chiffres de l'état initial du site déjà très élevés (65db le jour et 59db la nuit). Aucun chiffrage de l'installation n'est donné alors que la loi l'exige. L’étude est loin d’être complète quant aux conséquences sur la circulation routière : 40(000 tonnes de digestat (résidus après méthaniseur ) seront épandus après la moisson, c'est-à-dire sur une courte période. C’est un nombre impressionnant de véhicules agricoles qui vont devoir s’insérer dans le flot de véhicules déjà important (7200 véhicules / jour) de la D928. Les risques d’accidents vont être accrus, d’autant plus que les épandages vont se faire jusqu’à 20 kms du site de production. Pensons aussi que plus il y aura de kms parcourus, plus les routes vont se dégrader,  ce qui entraînera des frais d’entretien des chaussées élevés pour la collectivité et des dépenses d’énergie accrues. Aucune étude détaillée consultable de l'impact routier n'est proposée dans le dossier. Ce projet bafoue la condition animale et ne tient pas compte de l’évolution de la législation actuelle. L’argumentation repose sur un rapport de l’EFSA ( l’Autorité européenne de sécurité alimentaire) de 2009. Un accès limité, voire inexistant, à des enclos extérieurs a un effet néfaste sur la santé et le bien-être des vaches laitières.  Le risque de maladies diverses est augmenté : boiterie, mastites, infections bactériennes… L’accès à des enclos extérieurs est important pour permettre aux vaches d’avoir un développement et un comportement normal, ce qui n’existe pas dans ce type d’usine. Une production intensive de lait conduit la vache à manger davantage et à pousser son système digestif à ses limites, ce qui compromet sérieusement son besoin au repos et au sommeil. Son régime alimentaire est aussi modifié : il faut introduire des céréales dans l’alimentation de la vache pour qu’elle puisse produire davantage. Cela conduit à des problèmes digestifs, une fermentation excessive dans le rumen, provoque des cas de fourbure, et augmente les taux d’abattage de troupeaux. Pour mémoire, rappelons que le cultivateur, du domaine privé,  obligé d’abattre son cheptel, touche des subventions,  de l’argent public, celui des contribuables !! Garder les vaches en énormes troupeaux augmente de façon significative les risques de maladie, les maladies contagieuses devenant très difficiles à contrôler même en   présence  d’un vétérinaire sur place. Récemment en Picardie, 225 bovins victimes de tuberculose bovine ont été abattus De plus, l’article 13 du Traité de Lisbonne (TFEU 2007) demande aux membres de l’union européenne de prendre en totale considération le bien-être animal dans l’agriculture reconnaissant les animaux comme des êtres sensibles dont les besoins doivent être respectés. Quant au méthaniseur, il y a beaucoup à dire aussi. Il serait sûrement une belle source de profits pour M. Ramery et ses associés qui détournent la loi sur l’implantation d’un méthaniseur sur un site agricole, comme complément de ressources. En effet, la loi autorise de classer un méthaniseur comme exploitation agricole, avec des avantages au niveau fiscal, au niveau du prix de vente du kw et des subventions. En 2011, 82 demandes d’exploitation ont été déposées pour 10 MW au total, soit une moyenne de 0,12 MW par méthaniseur. (Ministère de l'Agriculture).  Le projet de M.Ramery est hors norme puisqu’il annonce une puissance bien supérieure de 1,5MW soit près de treize fois plus ! Il ne s’agit plus d’un complément de revenu mais de profiter des avantages offerts par la loi pour monter une opération financière plus que rentable  dans la recherche d’un profit maximum. Risques  sanitaires car aucune étude n’a été faite  sur les entrants ( lisier,  boues de station d’épuration urbaines,  déchets alimentaires et déchets organiques ). En l’absence d’étude le promoteur déclare un risque toxique et cancérigène acceptable ! Sur quelles bases ? Nul ne sait !!!  Ah ! la vache que ce vache de projet d’usine  à vaches !!   Voici les coordonnées de leur site pour en savoir plus: http://novissen.web.officelive.com/default.aspx Voici une vidéo dans laquelle un des membres fondateurs de l'association présente les objectifs de Novissen et a changé, avec talent,  les paroles de la chanson de Jacques Brel. A savourer !  

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