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Billet de blog 27 juin 2013

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L'anneau

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’homme dans la lenteur de ses gestes appelait mon regard  Il conduisait un troupeau de bateaux sous les arches d’un viaduc de nuages brillants et pommelés  Je ramassai sa cape de cristaux acérés et bleutés  qui de ses épaules avait chuté  Je m’approchai de lui l’interpellai

" D’où viens-tu étranger ? Qui t’a fait ?

- Je suis né d’une vague gelée qui incendia vaches et prés  Je suis né de l’union d’un oignon dénudé et d’une nuée  J’ai tété les larges mamelles gonflées de lait et de miel de chamelles esseulées  J’ai marché au frontispice d’arbres roux   Je me suis baigné dans leurs  rivières de feuilles auxquelles se balançaient des enfants insouciants aux yeux amandés  Des oiseaux aveugles dans des parcs grillagés m’ont abrité des frimas et de la peur  J’ai grimpé des milliards de marches qui ne menaient à aucun paysage  J’ai bâti cent  cathédrales de sucre phosphorescent qui ont fondu en un seul zeste  Mes compagnons n’avaient aucun nom ni visage ni toit  J’ai découpé des croissants dans des lunes qui n’étaient pas encore nées et je les ai trempés dans la rosée pour les attendrir avant de les dévorer  J’ai caressé les dunes comme on caresse les seins d’une femme infidèle  J’ai dormi au creux de leurs sables  le dos léché par les fennecs  J’ai dormi cent mille ans  Ou peut-être plus  J’ai creusé des torrents de pierres blanches et de briques effritées  J’ai bercé les enfants des rois j’ai bercé les enfants des manants j’ai enterré les fous j’ai oublié les pauvres  Mes mains sont forge et fusion  Je n’ai plus d’empreintes  je n’existe pas  J’ai traqué les arcs en ciel pour leur voler leurs couleurs surtout l’orange qui illumine le cœur  J’ai soulevé des montagnes bancales j’ai glissé sous leurs pieds un morceau de mon corps pour les consolider  Quand je me suis retourné dans le couchant elles étaient déjà tas de sable orangé   J’ai couru nu dans la blanche tiédeur des océans domptés  J’ai bu le venin et le sang des putains des géants  J’ai vendu toutes les âmes que j’ai croisées même celles d’insectes de sauriens ou de vauriens pour m’acheter quelques minutes de  sommeil  Je ne sais plus rêver  Je rêve de libellules bleutées et quand je veux les attraper je les broie dans le noir sans m’en apercevoir  Je rêve de douceur et ne suis que brute boueuse  bouse brutale  J’ai bu tout l’amour de la terre sans me désaltérer  Mon front appelle ta paume, femme  Me donneras-tu asile?

- Est-ce toi qui as peint tout cela ?

- Je ne sais plus Je ne sais pas Je crois que oui

- Je n’ai plus de toit  Je ne sais plus où vivre Un jour mes yeux se fermeront mais dans quelle maison?  Peins-moi une maison  Pose-moi dedans  J’y vivrai "

L’homme découpa mon champ en rectangles blancs  Peignit d’une infinie patience un lit une table une chaise une armoire  des robes des capes  un toit un tapis soyeux aux volutes compliqués   Lovée dans les coquelicots j’attendais  Quand l’ouvrage fut fini il me prit la main me fit entrer dans le tableau  Je glissai avec  ravissement sur le carrelage noir et blanc  Il attrapa le soleil et en fit un lampadaire  Sur la table peinte une soupe fumante et deux bols un pour lui un pour moi  Un chien qui passa en courant lappa les restes de la soupe  Il dessina une cheminée rougeoyante le chien s’allongea et se chauffa  Il peignit des brins de lavande pour parfumer notre union dans le lit là  Je connus l’absolu et je sus  Cet homme c’était l’Homme  Au matin il déroula un ruisseau bleu de peinture et sur cette mer aux douces vaguelettes il posa une barque fraichement peinte  Il peignit un anneau sur le bord de ma maison  Je reviendrai quand moment sera venu  me dit-il dans un sourire argenté  La barque s’éloigne et gémit comme un agneau tremblant dans l’aube qui le fera gigot  J’entends la lune affairée à se lever   Elle polit ses cratères  L’Homme s’en est allé  Je suis dans son tableau  J’attends  Je l’attends  J’attends le vent qui poussera sa barque vers l’anneau 

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