CAHUZAC ET LE TRESOR DES ROCARDIENS

La première journée d'audience du procès Cahuzac aura été sans concession pour Jérôme CAHUZAC, poussé dans ses retranchements et ses incohérences.

J'étais présent à la première journée du procès de Cahuzac  qui se déroulait le 5 septembre 2016 dans la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. J'ai pu l'observer attentivement l'expression corporelle de ce menteur notoire pendant son audition. Mon diagnostique: un simulateur patenté, doublé d'un talent de dissimulation hors-norme. Mais revenons au procès....

CAHUZAC AURAIT-IL EMPOCHE LE TRESOR DES ROCARDIENS?

Au cours d'un patient jeu de construction, le Président du tribunal va s'attacher à comprendre le fonctionnement du compte ouvert en 1992 en Suisse chez UBS par l'avocat Phillipe PENINQUE, à la demande de CAHUZAC (seul procurateur). Ce compte aurait été alimenté pendant 7 mois par des virements provenant de laboratoires pharmaceutiques pour un montant total de 1 500 000 francs. La seule opération au débit aurait été en 1993 un retrait en espèces de 125 000 francs, somme dont on ignore la finalité.

Probablement délié du secret par la mort de Michel ROCARD, l'ancien Ministre du Budget va confirmer ce que la presse soupçonnait depuis des années: ces fonds auraient constitué le fond secret de la mouvance Rocard (éternel aspirant à la candiature à l'Elysée), en marge de l'appareil socialiste. A aucun moment CAHUZAC, drapé dans le manteau de la loyauté, ne souhaite révéler l'identité de ceux (encore en exercice?....) qui lui auraient demandé d'ouvrir ce compte, ni à qui il aurait remis les espèces. Pas très convainquant tout ça...

Il n'empêche que le solde de la caisse noire, figé depuis 1993, aurait été viré en 1997 au crédit d'un compte personnel ad hoc de Cahuzac ouvert également chez UBS à son initiative. Il y a bien à partir de ce moment-là, une confusion parfaite entre le pseudo trésor de guerre des rocardiens et les fonds propres de Cahuzac (présumés provenir de son activité de chirurgien capillaire). Faute d'instruction précise, Cahuzac n'aurait jamais restitué les fonds. 

CAHUZAC, UN LOBBYISTE QUI S'IGNORE?

Souhaitant évacuer touts soupçon de trafic d'influence, Jérôme CAHUZAC se fendait dès le début de son audition d'un tonitruant "Je n'ai jamais eu d'activité de lobbying pour le compte des laboratoires pharmaceutiques". Outre que la formule n'était pas sans rappeler maladroitement celle utilisée en 2013 devant l'Assemblée Nationale (Pour mémoire: "Je n'ai jamais eu de compte en Suisse"), cette affirmation allait difficilement résister à l'épreuve des faits...

Détaillant le contenu des notes manuscrites du dirigeant d'Innothera (Bernard GOBET) découvertes en 2013 lors d'une perquisition, le Procureur allait s'attacher à démontrer que l'activité de consultant de Cahuzac (via sa société CAHUZAC CONSEIL) consistait plus à mettre en relation GOBET avec des personnes influentes au Ministère de la Santé, qu'à effectuer de réels travaux (étude de marché, marketing etc...). Rien en tout cas de concret, qui puisse justifier à ses yeux le versement d'une rémunération annuelle confortable de 300 000 francs. Au contraire, certaines notes associées au nom Cahuzac et comportant les mentions "accélérer" ou "déblocage" accréditeraient plutôt l'exercice d'un certain trafic d'influence.

Cette infraction est aujourd'hui prescrite par la loi, il n'en demeure pas moins que si ces faits étaient avérés, ils éclaireraient une nouvelle facette obsure de Cahuzac: celle d'un homme cupide, qui aurait profité de son ancien poste au cabinet du Ministre de la Santé Claude EVIN pour monnayer son carnet d'adresses.

LA GRAND-MERE CAHUZAC SORT DU PLACARD

Selon le Président, le service anti-blanchiment Tracfin aurait transmis le 25 avril 2013 une note au Parquet de Paris relative au fonctionnement anormal sur la période 2003-2010 du compte bancaire de Thérèse CAHUZAC qui aurait été alimenté par son fils Jérôme au moyen de chèques professionnels détournés à hauteur de 298 000 €. Cette note aurait été rédigée à la suite d'une déclaration de soupçon émise par la banque gestionnaire du compte. Pourquoi cette banque aurait-elle fait part de ses soupçons uniquement à ce moment là, alors que les fait remontaient à plus de 3 ans? S'agissait-il uniquement d'une déclaration de couverture à la suite des aveux de Cahuzac? Autre hypothèse possible: le dossier aurait été coudé pendant des années. Oui, mais par qui?...

 

 

 

 

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