Riss, tripoteur cruel de nos peines

En imaginant un petit Aylan "tripoteur de fesses" à l'âge adulte, le dessinateur Riss a choqué. L'absence quasi-pathologique de compassion de la part de celui qui a côtoyé la mort de près à Charlie-Hebdo interpelle. Mais c'est aussi toute l'innocence de l'enfance qui vole en éclat.

Dans nos société contemporaine où l'enfant est roi, l'imaginaire collectif tend à lui conférer un statut de pureté et d'innocence. Même les pires criminels semblent retrouver leur part d'humanité lorsque l'on publie d'eux une photo de leur tendre enfance. Les employés des pompres funèbres s'accordent sur ce sujet: les enterrements les plus éprouvants sont ceux d'enfants que la mort est venue faucher trop tôt.

Un enfant est aussi un être en devenir. Mais jusqu'à quel point le déterminisme social est-il en mesure de transformer un ange en un démon? Qui peut prétendre avec certitude savoir ce qu'un bambin va devenir? Riss aurait pu accorder au petit Aylan le bénéfice du doute, ne serait-ce qu'un accolant un point d'interrogation à la fin de la phrase "un tripoteur de fesses".

Et qui est le plus cruel finalement dans cette histoire? Riss? Ou bien les journalistes qui sont allés mettre ce dessin caustique sous les yeux des membres de la famille d'Aylan à l'autre bout du monde pour recueillir leur réaction?

 

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