COURSE POURSUITE BURLESQUE AUX ABBESSES

Paris, samedi 17 octobre 2015, quelques heures avant l'élimination peu glorieuse de la France de la coupe du monde de rugby. J'étais confortablement attablé à une terrasse de la rue des Abbesses pour lire Libé. Soudain un éclat de voix troubla la tranquilité de cette après-midi maussade: "Arrêtez le! C'est un voleur!". Montée d'adrénaline... C'était l'injonction d'un individu esseulé, poursuivant un rroms d'une vingtaine d'année. Ce dernier, n'hésitant pas à se débarrasser de ses vêtements encombrants, disposait d'une longueur d'avance... et surtout d'une tenue plus adaptée.
 
Sans une aide extérieure, le policier en civil (au physique peu athlétique) n'avait à priori aucune chance de rattraper le voleur. Vint alors un premier coup de pouce: un ancien administra sournoisement un magnifique croche-patte au pickpocket... qui se releva aussitôt. Excité par cette poursuite asymétrique, je m'élançais à mon tour derrière le fuyard, espérant que ma pratique de la course à pieds me permettrait de le rattraper. Près de 400 mètres plus loin, l'écart se réduisait considérablement. Je continuais néanmoins à solliciter les passants (dont la plupart restaient apathiques) car il devenait urgent d'intercepter le voleur avant qu'il ne rejoigne le boulevard de Clichy où une foule plus compact risquait de compliquer l'interpellation.


Mais le héro du jour, ce ne fût pas moi... J'ignore encore si c'est l'effet "coupe du monde de rugby": un pré-adolescent s'élança et plaqua le délinquant au sol. Un pilier du 15 de France n'aurait pas fait mieux! Pour empêcher que son captif (qui devait faire le double de son poids) ne puisse se relever, il s'accrochait fermement sur son dos façon "koala". Il fût très aisé ensuite de pratiquer une clé de bras, le temps que le policier (toujours dans la course!) arrive avec sa paire de menottes. 
 
Dans cette empoignade, je n'ai hélas pas eu le temps de te remercier alors je l'écris maintenant: bravo gamin! Quand à la touriste asiatique qui s'était faite délester, elle a pu récupérer son bien mais n'a pas souhaité porter plainte.

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