Révélations sur le passé néo-nazi du braqueur David GRAS

David GRAS a fait l'objet pendant 7 ans d'un mandat d'arrêt international. Enquête sur cet ancien skinhead, reconverti dans le grand banditisme.
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    David GRAS est entré dans la notoriété le 29/01/2016 lorsqu'on découvre son portrait parmi les personnes les plus recherchées par Europol. Inconnu du grand public, ce malfaiteur n'est pas en odeur de sainteté en Bourgogne, où sa bande de skinheads faisait régner la terreur. 

UNE ENFANCE NIVERNAISE CHEZ MAMIE

Les curieux ne sont pas les bienvenus à cette adresse © La Fouine Les curieux ne sont pas les bienvenus à cette adresse © La Fouine

David GRAS a grandi à Nevers où il a été élevé par sa grand-mère. Ce placement aurait été sollicité par son beau-père pour cause d'incompatibilité.

La maison d'enfance de David GRAS à Nevers © La Fouine La maison d'enfance de David GRAS à Nevers © La Fouine

Cette mise à l'écart d'une famille recomposée a-t'elle pu avoir des conséquences sur son glissement vers la violence? Après un bref passage au collège Victor Hugo où il laisse le souvenir de quelqu'un de timide, il terminera sa scolarité au lycée professionnel de Château-Chinon (58).

 

 

 

 

 

UN ADOLESCENT ADORATEUR D'HITLER

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Après avoir tenté l'aventure punk, David GRAS se tourne en 1986 vers le mouvement skinhead. Une conversion surprenante pour ceux qui avaient l'habitude de l'apercevoir dans la rue piétonne avec une crête et un rat sur l'épaule. Invité à s'expliquer sur cette mutation, il confiait alors "Quand j'étais punk, j'avais déjà des arrières-idées qui ne correspondaient pas vraiment à ce que j'étais". Il endosse la panoplie prisée par la facho-sphère de l'époque (boule à zéro, bombers et Doc Martens), se délecte des textes xénophobes du groupe musical "Légion 88" (extrait: "France d'abord, blanche toujours!") et revendique son appartenance à la mouvance nationale-socialiste, qui inspire alors des groupuscules comme "3ème voie"ou la Jeunesse Nationaliste Révolutionaire.

 

 UN SKINHEAD FLIPPANT 

L'hôtel du PLM sous lequel les skinheads de Nevers avaient l'habitude d'aller boire des bières © La Fouine L'hôtel du PLM sous lequel les skinheads de Nevers avaient l'habitude d'aller boire des bières © La Fouine
David GRAS impressionne par son physique d'archétype de SS: il est grand, aryen et doté d'un terrifiant regard bleu psychothique. Il fascine les jeunes recrues par son discours radical. On le craint lorsqu'il parade en bande au centre-ville de Nevers, plus d'ailleurs pour sa réputation que pour ses coups qu'il distribue avec parcimonie.

Le parc du 11 novembre à Cosne, là où Jérôme C a subit les foudres de David GRAS © La Fouine Le parc du 11 novembre à Cosne, là où Jérôme C a subit les foudres de David GRAS © La Fouine

 

Jérôme C peut témoigner de sa violence. Un soir de 1987 où ce dernier fêtait ses 18 ans dans un parc de Cosne-Cours-sur-Loire, il voit débarquer David GRAS et son pote facho Christophe CHOUGNY (alias "Neusky", reconverti depuis dans le tatouage à Saint-Brieuc) qui le tabassent pour avoir publié des dessins antifascistes dans la revue locale "Invocation Macabre ". "Je me suis retrouvé avec la tête d'Elephant Man" se souvient Jérôme. 

David GRAS sait qu'il est dans les radars des Renseignements Généraux et évite de s'exposer bêtement à des poursuites. Mais la violence de ses propos ("t'as vraiment envie de te retrouver au fond de la Loire avec des bottes en béton?" ou "Un pistolet automatique 9 mm. Pan!... Pan!...") fait froid dans le dos. En dehors de son envie de tuer, on ne lui connaît aucune attache affective.

David exerce à cette époque une réelle ascendance sur le noyau dur des skinheads de Nevers. Une dizaine de fils de bonnes familles scolarisés à l'institution catholique de Notre-Dame gravitent autour de ce groupe, dont ils abordent, en version light, les signes de reconnaissance. La porosité avec cette faction fasciste inquiète. Le groupe de Nevers établit des liens étroits avec les skinhead des grandes villes alentours (Orléans, Châteauroux et Tour et Dijon) qui viennent de temps à autre faire le coup de poing à la sortie des lycées. Les murs de Nevers se couvrent de croix celtiques. Des slogans nazis (signés de la main d'un "invisible empire") tagés sur les murs des établissement scolaires exaspèrent les lycéens qui manifestent en juin 1990. Le sursaut républicain a enfin lieu! Le départ de David GRAS et de Stéphane ALEXANDRE pour Dijon constituera un grand soulagement et le début du déclin des skinhead neversois.

LES ENNUIS JUDICIAIRES COMMENCENT... 

  • Article du Journal du Centre du 11 août 1988 "Les baroudeurs étaient des" skinheads" © Le Journal du Centre Article du Journal du Centre du 11 août 1988 "Les baroudeurs étaient des" skinheads" © Le Journal du Centre

En août 1988, il est arrêté avec Alberto SANSON et Franck MORIN dans les bois de Rouy (58) où ils baroudaient en tenue militaire. Suspectés par un riverain d'être les auteurs d'un vol de bières dans un coffre de voiture, ces derniers tentent de prouver leur bonne foi en ouvrant leurs sacs qui contiennent... des armes à feu! Pas vraiment rassurant... La gendarmerie compétente passe la zone au peigne fin et arrête les 3 barbouzes. L'affaire est relatée dans le journal local qui publie la photo des skinheads entravés par des menottes.

Article du Journal du Centre du 16 juillet 1988 "Rixe de la place Carnot" © Le Journal du Centre Article du Journal du Centre du 16 juillet 1988 "Rixe de la place Carnot" © Le Journal du Centre

Son fidèle lieutenant, Stéphane ALEXANDRE (dit "tête de mouche"), est privé de cette gloire: il purge une peine de prison pour avoir poignardé un antillais le soir du 14 juillet. "Un bien triste sire!

Article du Journal du Centre du 12 août 1988 "Les baroudeurs étaient des" skinheads" © Le Journal du Centre Article du Journal du Centre du 12 août 1988 "Les baroudeurs étaient des" skinheads" © Le Journal du Centre

Déjà violent à l'école!" déplore son ancienne institutrice Monique, atterrée de voir ce dernier alimenter la rubrique des faits divers locaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 TERREUR SUR LA VILLE DE DIJON 

Article du Bien Public du 14 mai 1991 "Trois skinheads écroués" © Gilles DUPONT Article du Bien Public du 14 mai 1991 "Trois skinheads écroués" © Gilles DUPONT
Le 7 mai 1991, David GRAS est écroué à la maison d'arrêt de Dijon avec Stéphane ALEXANDRE et Olivier KOENDERS pour une série de violences, commises en bande organisée, sur des passants, molestés à coup de batte de baseball au hasard des rues.

C'est dans la rue de Courtépée à Dijon le 27 avril 1991 que la bande de Gras va commettre le tabassage de trop © La Fouine C'est dans la rue de Courtépée à Dijon le 27 avril 1991 que la bande de Gras va commettre le tabassage de trop © La Fouine

Parmi les victimes, figure la jeune compagne d'un musicien du groupe punk Heyoka qui devra être suturée au front. Un souvenir de la bande de David GRAS, qui marquera sa chaire pour le reste de son existence.

La maison d'arrêt de Dijon, sise rue d'Auxonne © OT La maison d'arrêt de Dijon, sise rue d'Auxonne © OT
Son séjour à la maison d'arrêt de Dijon va l'extraire de son microcosme néo-nazi et ouvrir de nouvelles perspectives, en lui permettant notamment d'entrer en relation avec des membres du grand banditisme. David va découvrir une nouvelle vocation: l'attaque de diligences.

 

 

 

UNE REINSERTION REUSSIE... DANS LE GRAND-BANDITISME

Selon la presse, Serge VERON, ancien parachutiste et spécialiste des explosifs, aurait monté avec David GRAS une équipe qui va multiplier en 2011 les attaques de fourgons blindés et de centres de dépôt de fonds, avec plus ou moins de succès. Les petites-mains seront recrutées parmi des lascars de cité. L'attaque du siège de Temis à Orly en septembre 2011 sera l'apogée de la bande, avec un butin à la clé de 14 millions d'euros. Un des gardes (Giuseppe Di Carlo, 54 ans), soufflé par la charge explosive) est froidement exécuté d’une balle dans le thorax.

Extrait de la télésurveillance pendant le braquage du centre-fort de TEMIS en 2011 © Le Parisien Extrait de la télésurveillance pendant le braquage du centre-fort de TEMIS en 2011 © Le Parisien

La plupart des membres et complices du commando (Serge Véron, Jaroslaw Gruszka, Sophiene Tinar, P. Lekpa, A. Najim et Jérémy Rousseau...) tombent rapidement entre les mains de la brigade de répression du banditisme (lire ceci ou cela) en France ou à l'étranger où certain sont partis flamber. 

David GRAS a été condamné en juin 2016 à 25 ans de prison par contumace par la cour d'assises du Nord de Douai.

LA REDDITION DE DAVID GRAS (mise à jour août 2018)

David GRAS a mis fin à sa cavale de 7 ans le 2 août 2018 en se présentant au greffe de la cour d'assise du Nord de Douai où il avait été condamné en 2016. Il a immédiatement été écroué et devrait avoir droit à un nouveau procès. 

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 Il n'est pas exclu que la publication provisoire en version "vignettes Panini" des personnes les plus recherchées par Europol, publiée pendant la Coupe du Monde en juillet 2018, soit à l'origine de la reddition de David GRAS, qui aurait alors craqué.

 

 

 

 

 

Sources journalistiques:

Le Journal du Centre du 16 juillet 1988 "Rixe place Carnot" 

Le Journal du Centre du 11 août 1988 "Les baroudeurs étaient des skinheads"

Le Journal du Centre du 12 août 1988 "Les skinheads de Rouy étaient place Carnot le 14 juillet" 

- Le Bien Public du 14 mai 1991 "Trois skinheads écroués". 

- Le Parisien du 26 septembre 2011 "Orly-Ville : les braqueurs à l'explosif ont emporté 14 M€".

- Le Parisien du 1er novembre 2011 "Un suspect du braquage sanglant d'Orly interpellé".

- Jeunes Afrique du 1er juin 2012 "France – Maroc : deux braqueurs français présumés arrêtés à Marrakech".

- Le Parisien du 09/07/2016 "Braquage mortel d'Orly en 2011: condamné à 18 et 25 ans de réclusion criminelle".

 - le Journal du Centre du 6 février 2016 "Un ancien Neversois en cavale figure parmi les fugitifs les plus recherchés par Europol".

- Le Journal du Centre du 8 février 2016 "Un neversois homonyme du braqueur David Gras: "je me suis dit, ça recommence!"

- Ouest France du 02/08/2018 "En cavale depuis sept ans un braqueur se rend à la-justice"

- Libération du 03/08/2018 "Revenu de cavale, David Gras s'en va à la barre" 

 

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