Contre un centre d'enfouissement à Nonant le Pin, Hervé Morin, ex ministre, appelle à saisir la fourche et les faux !

Thierry Ardisson pointe son doigt vers la caméra : "je ne suis pas spécialement écologiste, je ne suis pas spécialement militant, vous ne m'avez jamais entendu militer pour une grande cause parce que je trouve que c'est un peu frelaté, mais là c'est naturel  d'être là et j'espère que nous serons très nombreux et que nous ferons plier les pollueurs"

 

Le chapiteau de l'université populaire du goût (prêté par Michel Onfray comme l'a rappelé Thierry Ardisson) est à Argentan dans l'Orne. Ce soir, samedi 9 février 2013, il accueille une réunion d'information des associations en lutte contre un centre d'enfouissement de déchets industriel à Nonant Le Pin.

 

Nonant le Pin terre d'élevage des chevaux de courses est célèbre dans le monde du cheval par son haras éponyme. Sur ces terres, n'auront de cesse de répéter les personnes présentes ce soir, se trouve la plus forte concentration de haras prestigieux de France, d'Europe et peut être même du monde…

 

Thierry Ardisson file la métaphore : "non ce n'est pas le combat de quelques riches propriétaires de chevaux de courses, si une décharge était prévue dans le parc du Château de Versailles on ne traiteraient pas les opposants de monarchistes… Nous sommes là pour la nature, la préservation de ces terres et la sauvegarde d'une filière d'excellence"

 

Il fait déjà nuit, au bout d'un étroit chemin, le chapiteau commence à accueillir son public. Le parking se rempli doucement, certes, les véhicules présents sont d'un standing supérieur à ceux plus mélangés d'un samedi après midi à l'hypermarché. Certes. Nous sommes quand même dans le monde du cheval de prestige. La neige commence à peine à tomber.

 

Le chapiteau est spacieux. Une tribune couverte des affiches noir et jaune de la soirée affirme le credo de la réunion : non aux dechets toxiques à Nonant le Pin. Les journalistes, carnets en main ou caméra font leur travail tandis que le public s'installe…

 

Thierry Ardisson, encore. Avec un autre journaliste "je pense en plus que cela ne touche pas que de riches éleveurs, je pense que ça touche aussi les habitants des villages environnants qui ne pas tous ni riches ni éleveurs donc je pense que c'est une cause qui dépasse les clivages politiques ou sociaux…"

 

Au mur de fond de scène des images des manifestations précédentes, Jean Vincent Placé aux coté d'une dame aux cheveux gris, coiffure impeccable, collier de perle et chemisier à carreaux… Une autre dame, elle aussi, coupe au carré sur des cheveux gris, col roulé, la bouche pincée de rides, tient son ipad pour filmer le public qui entre. Elle réprimande des enfants blonds à croquer, je pense aux triplés de madame figaro… Ceux là portent les micros qui seront prêtés au public lors des questions.

 

Il poursuit " elle était baby sitter chez nous, une fille d'Argentan, et un jour elle m'appelle et elle me dit Mr Ardisson j'aimerais vous voir, pourquoi ? et elle m'explique ça, j'en suis tombé de ma chaise, ce n'est pas croyable, elle me dit si, si, c'est malheureusement ce qui est en train d'arriver"

 

Le chapiteau se rempli, le premier rang est vide : des panneaux réservés montrent à tous que des personnalités sont attendues. Il se murmure que Bartabas pourrait venir, Hervé Morin, ancien ministre de la défense du gouvernement précédent aussi…

 

"Alors là j'ai décidé, j'ai pris contact avec les comités, mon ambition là dedans c'est de servir un peu de haut parleur, c'est pas… Après, je suis pas juriste…. Oui je suis là pour attirer un peu les gens… Y a pas besoin de beaucoup d'arguments, il suffit de dénoncer le problème et tout le monde comprends…."

 

La dame à l'ipad parle avec la dame au collier de perle… Les couleurs du public sont celles de l'automne : vert matelassé, brun, ocre, vert nantais, cols en velours, sacs vuitton… Moyenne d'âge : plus de quarante pour les plus jeunes….Des hommes que l'on croirait en tenue de chasse, des éleveurs, des propriétaires terriens… Il a été dit que chapiteau est équipé pour accueillir 500 personnes. La presse annoncera entre 350 et 400 personnes, des bancs sont disposés en fond de salle en plus des chaises.

 

La soirée commence, Ardisson à la tribune, sur scène, entouré des responsables des associations reprend ses arguments : "Ce n'est pas un combat de riches éleveurs ou propriétaires, c'est un combat de tout le monde... Ce qui arrive est impensable, le château de Versailles,…avant de conclure s'il faut faire comme à Notre dame des landes, nous ferons pareils….

 

Les paysans et les tracteurs à la rescousse ! Aucun paysan dans la salle, aucun applaudissement alors que le public montrera par la suite qu'il n'en est pas avare. La comparaison avec Notre Dame des Landes est à l'image de l'animateur et de son métier : animer...

 

Les deux associations principales "Nonant environnement"  et "Sauvegarde des terres d'élevage" sont à l'origine de la mobilisation de ce soir comme des précédentes. La dame au collier de perle, Noëlle Sandoz, est la présidente de Nonant Environnement.

 

Etrange dossier que celui de l'entreprise GDE (Guy Dauphin Environnement) à Nonant le Pin. Le projet obtient un avis négatif du commissaire chargé de l'enquête publique. Le préfet refuse le dossier. Ce qui arrive par la suite est très rare. Le dossier est retravaillé, représenté aux autorités de l'état (dreal, brgm etc) qui le valide comme respectant les normes indispensables à ce type d'installation. Malgré cela le préfet d'alors le refuse à nouveau. GDE saisi le tribunal administratif et en 2011, l'arrêt du préfet est cassé, les travaux peuvent commencer.

 

A ce moment là, les deux associations, très surprises, se motivent pour réclamer l'arrêt du projet qu'elles jugent dangereux, polluant et nuisible. Les éleveurs, quelques agriculteurs, les rejoignent, des manifestations sont organisées, le cheval, cette noble conquête, le haras du pin, cette prestigieuse institution sert d'étendard à la contestation… Les journalistes locaux relaient les actions des associations, les journalistes nationaux ont plus de mal, le dossier est technique…

 

La mobilisation fonctionne alors comme une fin en soi, les chevaux, les terres agricoles, les succès de la filière d'excellence des chevaux de course issus de ces près sont de belles images. De belles images qui s'opposent parfaitement aux images de décharge et de pollution qui sont évoquées sur le dossier en permanence…La presse nationale s'empare des images.

 

Les associations, doutent des experts de l'état. Elles financent une étude d'impact économique et une étude sur la santé avec des résultats pire que ce que nous pouvions imaginer confirme Noëlle Sandoz au micro de la tribune. Bigre.

 

Tout d'un coup cela semble plus important encore que les particules fines des moteurs diesels qui tuent plus de 50 000 personnes par an en France et contre lesquelles notre premier ministre vient de prendre des mesures d'intérêt national. 

 

Ici, à Nonant le Pin, il s'agit ce soir de faire de cette "cause" un exemple national de ce qu'il ne faut pas faire. Les deux associations sont soutenues par France Nature Environnement et le CNIID qui file un coup de main en information juridique. Tout ce beau monde a les moyens et le répète à l'envie.

 

Jacques Carles, le stratège des associations répond à un journaliste : que faire de ces déchets ? Les recycler pardi, là nous parlons d'enfouissement pas de recyclage, de toute façon il y a une directive européenne qui rend le projet de GDE à Nonant le Pin inutile, les résidus de broyage automobile devront être recyclés à 95% dès 2014, il en restera donc 5% c'est à dire rien du tout, donc déjà, le projet ici est absurde sur le plan économique….

 

Absurde sur le plan économique…. Etrange argument à l'égard d'une entreprise dont on reprochera plus tard à la tribune son besoin de profit : comment une absurdité économique peut elle être rentable ?

 

Hubert Seillant, le directeur de la revue Preventique suggère d'aller enfouir ces déchets dans d'anciennes friches industrielles ultra polluées où l'on peut enfouir tout ce qu'on veut….. La Région Nord Pas de Calais où est concentrée la majeure partie des friches industrielles aux travaux de dépollution ininterrompus appréciera….. C'est aussi mal connaitre ces friches dont la grande majorité (industrie lourde oblige) sont situées au bord d'une voie d'eau…. Bref !

 

La pensée nimby ne s'embarrasse pas de détails : pour que ce ne soit pas dans mon jardin il y a forcément plein de solutions auxquelles personne n'a pensé. (Nimby signifie Not In My BackYard : pas dans mon jardin)

 

Il n'y a pas d'urgence industrielle affirme Jacques Carles, il n'y a pas urgence à enfouir des détritus qui de toute manière sont devant l'usine de Rocquancourt (l'usine de GDE, situé dans le calvados, qui recycle les résidus de broyage automobile)….

 

Cela rappelle une affiche des végétariens vues à Paris : sur une photo d'un boucher qui égorge un mouton pendu par les pieds la phrase suivante : cessez de manger et nous cesserons de tuer… Arrêtez d'acheter des voitures tous les deux ans et nous arrêterons de produire autant de déchets…

 

Le nimby ne voit pas plus loin que le bout de son jardin où il ne veut pas….

 

Voilà bien le problème des nimby… 5% c'est déjà ce que les industriels doivent enfouir aujourd'hui puisque tous les recycleurs industriels, les GDE, Gallo, Derichebourg etc sont tous désormais entre 90 et 95% de recyclage de ces matières….

 

Mais les nimby, tout en consommant comme tout le monde, tout en acceptant que la télévision martele dans les têtes les besoins de nouvelles voitures, n'ont aucune idée du volume énorme de déchets ainsi produit…

 

Mr Ardisson, pourtant fort bien payé par la publicité (les salaires de la télévision en sont issus) devrait le savoir. Il faut être allé dans les centres d'enfouissement en activité pour s'en faire une idée concrète et non abstraite….Et savoir que ce volume dément n'est que la fraction de 10 à 5% du volume total.... Et nous ne parlons pas des ordures ménagères dont l'ADEME ne cesse de nous demander de les réduire parce que ça déborde…. Mais pas dans le jardin des nimby.

 

En bord de scène trois gros bocaux fermés sont posés à la curiosité du public. Des morceaux informes de matières noires les remplissent au trois quart. Ca ressemble à de la mousse marinée dans de la suie. On imagine cependant ce que c'est : de la mousse de siège de voiture passée au gaz d'échappement. Beurk. Ce n'est pourtant pas ce que GDE montre de ce qui sort de ses usines dans le petit film qu'ils ont consacré à leur projet de Nonant le Pin.

 

La soirée commence :

 

Jacques Carles est présenté comme conseil stratégique des deux associations. Il habite la région et sait se servir de powerpoint debout face au pupitre qui lui a été réservé. Il rappelle l'étonnant parcours juridique du dossier, le prefet dit non à la deuxième présentation alors qu'à ce moment là toutes les autorités sanitaires et environnementales ont donné leur accord (ce que Jacques Carles s'abstient de dire).

 

Il s'étonne à nouveau que l'industriel, en saisissant le tribunal administratif ait eu gain de cause… Et pour cause.

 

Mais Jacques Carles s'étonne. Il n'est pas là pour informer son public : il est là pour le convaincre, ou plutôt pour le conforter, voire plus justement : pour le motiver à lutter…. Et dans cette perspective, si le mensonge est fallacieux, l'omission est la main gantée du prestidigitateur habile qui sourit sous les applaudissements.

 

Noelle Sandoz à bien dit en le présentant, Jacques Carles est là pour nous motiver… Cela ressemble à de l'information, merci powerpoint, mais c'est de la motivation, de la thérapie de groupe !

 

Derrière les mains gantés de ces experts, de powerpoint ou de l'animation télé il y a des enjeux qui n'ont jamais été dit et des personnes concernées de très près dont le nom est tu, qui ne sont pas là, ni ce soir, ni ailleurs…

 

A l'inverse, le cas d'Alain Lambert, Président du Conseil Général, que tout le monde connait et qui n'est pas là arrive très vite dans les propos… Il n'a jamais pris partie, ce qui lui est reproché ici. Il se retranche derrière la décision du tribunal administratif, se contente de botter en touche : nous n'avons pas à commenter une décision de justice qui établie la loi.

 

Pourquoi ? demande avec une ingénuité pleine de sous entendu Jacques Carles ? Sans répondre… Ardisson rebondi et se tournant vers la salle : si vous croisez Alain Lambert, demandez lui… Ca ne rate pas : un cri fuse du public : Alain Lambert salaud !… Ambiance…

 

Jacques Carles reprend : un projet absurde, des risques majeurs une localisation insensée…. Le public en rêvait, Jacques Carles l'a dit…Les administrations qui ont refusé le projet dans un premier temps et qui l'ont accepté dans un second temps ont finalement validé un projet absurde, dangereux et insensé. Il faut l'entendre pour le croire mais le public aime croire….

 

Pourquoi est ce insensé ? Parce qu'il y a des chevaux et des haras ! Ah le couplet sur la nature ! Et, pire que tout : le seul bénéficiaire de ce projet est privé…

 

Donc, cette assemblée qui se sait ultra libérale, prête à en découdre avec le moindre fonctionnaire trop payé forcément, va reprocher au privé de faire preuve d'esprit d'entreprise parce qu'il le fait dans son jardin…

 

Une question mériterait pourtant d'être posée à cet instant : pourquoi GDE a choisi cet endroit si c'est absurde, dangereux et insensé ?

 

Y aurait il des intérêts cachés, des raisons d'état ? Pour quelle raison les arguments de GDE ne sont ils jamais évoqués ? La raison en souffre un peu ce soir là.

 

Thierry Ardisson, sans doute sensible à cette raison interrompt l'orateur : et qu'en dit Mr Dauphin quand on lui pose la question ? Mr Dauphin comme tout capitaine d'industrie n'aime pas perdre, il est propriétaire de Trafigura et de GDE, exilé en suisse il pèse plus de 120 milliards d'euro (mazette !) et ce ne sont pas les quelques millions qu'il a mis ici pour faire ce trou qui lui manqueront…

 

Finalement Ardisson a trouvé la parade à ce qui l'obsède au point de toujours revenir à ça : on parle des riches éleveurs et propriétaires mais le riche, c'est lui !

 

Suit le tableau apocalyptique de la mort programmé des chevaux de Nonant le Pin, la stérilisation totale du territoire et les impacts économiques de ces horreurs à venir.. C'est la présentation succinte de l'étude d'impact dont le préfet a confié qu'il la trouvait sérieuse mais bien pessimiste.

 

Etude d'impact économique, c'est très à la mode de chiffrer tout ce qui peut l'être, ainsi l'association a repris tous les risques possibles de l'activité d'enfouissement des résidus de broyage automobile, les a accepté comme non pas probable dans une infime mesure mais simplement prévus…

 

Si l'industrie pharmaceutique élaborait ses études d'impact des traitements mis à disposition des malades de cette manière, la prière à Lourdes serait le seul remède encore autorisé.

 

Tout peut et doit se chiffrer, et les chiffres dans ce cas sont affolants… On connait tous le gout du drame de l'être humain, chacun comprendra les applaudissements nourris de la séquence.

 

Le mystère de l'enquête publique négative, de l'avis du préfet toqué par la tribunal administratif inquiète : un élu du sénat, dupont, qui est aussi du cheval, évoque un devoir de réserve… Ceci alimente toutes les suspicions et les sous-entendus…. Ardisson en rajoute une couche vers le public : si vous le croisez….

 

Hervé Morin, ex ministre de la guerre de Nicolas Sarkozy, vient d'arriver.

Il n'a pas encore montré qu'il a bouffé un clown avant de venir… La défense des territoires et de la nature, tout d'un coup sont de toute première importance.

 

Thierry Ardisson l'interpelle : Hervé, Morin, vous allez nous aider ?

 

Il se lève, sourire en coin, costume gris et démarche familière de la droite décomplexée…

 

Mêmes arguments : oui, je suis moi même éleveur de pur sang, mais ce n'est pas un combat pour les riches, cela nous concerne tous.... Allez trouver vos élus et dites leur que vous n'êtes pas d'accord…

 

Facile devant un public ravi de voir un ministre, même ex, en chair et en os, avec eux…

 

Puis il commence à mentir, c'est son métier comme il s'en défendra peu après… Il déclare : GDE je connais, ils avaient un projet à Monnai, dans l'Orne, en limite de ma circonscription pour un centre d'enfouissement, des ordures ménagères, et bien nous avons dit non et cela ne s'est pas fait….

 

 

Dommage c'est un gros mensonge puisque ce projet n'a rien à voir avec GDE. mais bon…

 

Il poursuit, à l'époque on avait dit au promoteur du projet (tiens il ne se rappelle plus de GDE ?) jamais votre centre ne se fera….

 

Le seul moyen d'empêcher ce qui vous arrive c'est votre volonté personnelle et votre mobilisation qui est capable de tout renverser : dites leur non !

 

Quand le préfet me disait l'enquête publique est positive (encore un mensonge !) je lui répondais c'est pas compliqué si on continue sur ce projet on bloque la route nationale et la ligne paris cherbourg en train,

 

je vous le dis la solution c'est la fourche et les faux ! Premiers applaudissements, alors il répète : les fourches et les faux !… Délire d'applaudissement et consternation des élus locaux au premier rang….

 

Je suis trop contente d'avoir pu mettre la main sur la vidéo que je me suis empressée de réserver auprès d'un gars à la fin de spectacle.

Hervé Morin : la fourche et des faux ! © La Garnie
 

 

 

Les fourches et les faux ! Observez : il retourne s'assoir et le clown qu'il est fait un clin d'œil à la caméra tout fier de lui…

 

Une dame prend le micro : et pourquoi Hervé Morin qui est aux coté des anti GDE était au gouvernement et n'a rien fait à l'époque ?  

 

Ardisson ironise "il était Ministre des armées… A part envoyer la troupe !….

 

Rire général… Elle insiste : pourquoi il n'a rien fait puisqu'il suggère la révolution aujourd'hui ? Il revient : je ne pensais pas que ce serait ma fête ce soir… Je vais dire la vérité parce que je dis toujours la vérité… Aie… Le public adore, sait bien que c'est un mensonge, il rit de bon cœur, applaudit....

 

Morin se découvre marxiste de droite puis se répète et s'en va dès que Patrick Mussat vice president du Conseil Général de l'Orne chargé du cheval prend la parole…

 

Le public adore la démagogie, le spectacle, les idées simples et surtout simpliste, les oppositions noir ou blanc et Thierry Ardisson…

 

C'est au tour de Laurent Beauvais après les congratulations de Mussat.

 

Beauvais est le Président de Région Basse Normandie, plutôt à l'aise, il pique Morin : non on ne fait pas avancer les choses en faisant la révolution, fait l'éloge de la filière et se fait interrompre par Ardisson.

 

Bon concrètement vous allez faire quoi pour nous Mr Beauvais ?

 

Celui çi explose : ah non, pas de démagogie Thierry Ardisson !  Le public jubile, je ne suis pas Président du Conseil Général de l'Orne ! Sous entendu, je n'y suis pour rien dans ce projet et je n'y peux rien.

 

Beauvais se reprend rapidement et saisi  l'idée d'un moratoire évoquée plus tôt… Tiens c'est curieux c'est ce que Ayrault a proposé à Notre Dame des Landes en croyant endormir le poisson en grève de la faim durant les élections, endormir les médias pendant les élections…

 

Bon, à Notre Dame des Landes les enjeux ne sont pas les mêmes, la population, les experts (naturalistes, pilotes de ligne, économistes...) et de très nombreux politiques ont potassé le dossier depuis des années : l'opposition est donc solidement argumentée et partagée par toutes les couches de la population… 17 000 manifestants dans la boue ce ne sont pas 400 éleveurs de pur sang sous un chapiteau…

 

Sous le chapiteau le spectacle continu… Yves Goasdé, nouveau député de l'Orne prend le micro… Pour lui ces déchets sont les plus péjoratifs (les rebus de broyage) ensuite ils sont mélangés à des déchets industriels banals dont on ne sait pas d'où ils viennent affirme t'il benoîtement en prenant Ardisson à témoin, il répète, dont on ne sait pas d'où il viennent…

Pour un peu il se demanderait pourquoi ont dit banals et pas banaux ?

 

Ardisson ne dit rien… Gouasdé poursuit, ils sont extrêmement fermentiscibles, il va falloir des grandes torchères pour bruler tout le méthane que cela produit…

 

Nous ne saurons jamais d'où viennent ces déchets banals…Une chose est certaine : ce ne sont pas des ordures ménagères (déchets organiques). En vérité, les déchets industriels banals sont le tout venant des décheteries de votre quartier, les déchets des artisans, des professionnels et des pme pmi…

 

Tout le monde est passé un jour pour porter des déchets en déchetterie, tout le monde à un jour jeté des matelas crevés ou des étendoirs à linge tordus, des seaux percés en plastique voire même des lots de selles de cheval usagées dans une benne de tout venant, tout le monde mais pas Yves Goasdé, député…

 

Yves Goasdé qui pourtant affirme que sur le plus mauvais site, c'est le plus mauvais opérateur qui s'installe, mais il ne dit pas pourquoi, il doit pas savoir… Comme pour les déchets banals…

 

Du coup, très convaincu de ce qu'il ne sait pas il nous explique qu'il est allé voir Delphine Batho début juillet dernier : je te demande de confier une mission au préfet pour que tout soit remis à plat, que l'on ait la connaissance complète de ce dossier immédiatement…

 

En fait il voulait comprendre… Ca n'a servi à rien : le rapport n'a rien dit de plus et Goasdé ne sait toujours pas d'où viennent ces déchets !

 

Il est rigolo Goasdé, c'est un brave type qui comprend pas pourquoi le tribunal administratif a ordonné au préfet d'autoriser l'exploitation du site, pour lui c'est idiot, c'est le monde à l'envers, et il se présente comme juriste… Puis il explique que c'est madame NKM, ministre de l'environnement de l'époque qui a dit au préfet de ne pas faire appel cette décision idiote.

 

Applaudissements, la solution c'est le moratoire affirme t'il.

 

Nous avons rencontré Claude Dauphin, avec Laurent Beauvais, il le prend à témoin, et il nous a confirmé : je me soumettrais à toutes les réglementations en vigueur, ce projet est un bon projet…

 

Goasdé interprète : je n'ai pas eu le sentiment que c'était la fin du siècle pour lui et que cela menacerait son entreprise ou son groupe, c'est pour cela que je pense qu'un moratoire, demandé au ministre, est une bonne solution… Un moratoire pour lui permettre de finalement étudier le dossier ?

 

Veronique Louwagie, député de l'Orne également n'en dit pas plus, mesurée, elle affirme le besoin de l'unité de tous pour tous, le spectacle marque une pause.

 

Alexandre Faro, l'avocat de France Nature Environnement partage son intérêt de ce qui va se jouer au tribunal. L'arrêté d'exploitation est attaqué en suspension dans les jours à venir… Un vrai suspense que Faro n'exploite pas, il poursuit sur l'intérêt juridique de la situation en argumentant : les autorisations des ICPE (installation classé au titre de la protection de l'environnement) sont délivrées sous réserves du droit des tiers c'est à dire vous et moi, les riverains, les citoyens… Et il affirme que les droits des tiers sont opposables plusieurs mois après le début de l'exploitation… C'est ce qu'il défend en demandant l'annulation de l'autorisation d'exploitation… Est il possible que le droit des tiers soit représenté par le préfet et l'enquête publique ? Il ne le dit pas. Il n'est pas démagogue, le spectacle s'essoufle un peu.

 

Heureusement vient Hubert Seillan, directeur de la revue preventique qui réveille le show en évoquant le droit pénal, la mise en danger de la vie d'autrui… Ah, du drame, le public est tout ouie, il parle d'une voix qui roule un peu les r, sans chichi et lorsqu'il aborde la question de la corruption, la salle est à son aise… N'y a t'il pas des liens un peu suspects entre certaines industries et certaines décisions politiques ? Il n'insiste pas, évoque le passé de GDE, mélange les approximations, demande un répertoire des friches industrielles dans un rayon de 200 km, et se tourne vers la sacro sainte méthode Coué pour garder son public bien accroché jusqu'aux applaudissements, il affirme : oui, je suis certain que Claude Dauphin saura dire j'abandonne, je suis certain que de très nombreux responsables politiques sauront dire non et je suis certain comme je le vois ce soir alors que je n'y croyais pas que la population toute entière est engagée contre ce projet…

 

Tonnerre d'applaudissement….

 

Pour terminer le professeur Lesné vient plomber la soirée en décrivant toutes les horreurs que va produire ce centre d'enfouissement sur la santé des gens…

 

Le public a peur, le public se regarde le nombril et il a peur… Le public frémit, s'indigne, se sent solidaire de son voisin, en ces temps de télévision, de iphone et d'ipad, c'est tellement rare que ça fait tellement de bien.

 

La réflexion est inutile, seul le contentement suffit, le contentement d'être ensemble à se dire que la peur qui rôde sera anéantie parce que nous sommes ensemble… Qu'importe que ce soit l'expression du phénomène nimby, qu'importe que cela ne porte pas plus loin que le jardin, c'est un instant de grâce populaire que tout le monde savoure en attendant la victoire parce que la victoire, hein, elle va venir, hein, c'est toujours comme ça dans les films et les séries…

 

L'annonce de la demande de classement au patrimoine mondial de l'unesco est un des clous de la soirée.

 

C'est d'ailleurs en phase avec la philosophie de la démarche : opposer par tous les moyens un projet d'enfouissement et de tri de déchets industriels, moche, inutile, destructeur et qui pue à la nature magnifique, idyllique des chevaux courant dans les prés, des cavalières d'exception qui saluent leur prince de la main en passant sous les fenêtres des châteaux, des palefreniers toujours propres et bien payés, des jeunes en formation dans une filière qui entretient et transmet avec calme et sagesse un savoir équestre issu des traditions de Louis XIV, de Colbert et de Napoléon réunis.

 

Non pas que ce ne soit pas une bonne idée que ce classement mais c'est encore et toujours présenter aux publics et aux décideurs politiques un choix de publicitaire : vous préférez une bonne voiture qui roule ou une vieille guimbarde qui tombe en panne tout le temps, une paire de claque ou une caresse ? Un gros méchant ou un bon gentil ? Un monde tout noir ou un monde tout blanc ? un grand trou plein de déchets ou la reconnaissance de terres aux qualités exceptionnelles ?

 

Un monde simple… Simple, sans les personnes concernées par ce projet et qui pourtant ne sont jamais évoquées ni ici ce soir, ni avant ni après…

 

Ce centre d'enfouissement est un projet fort ancien pour les industriels concernés… Le lieu est extraordinairement propice (qualité des sols, des dessertes et impact minimum, n'en déplaise aux nimby).

 

Pour quelles raisons c'est GDE qui l'a fait et pas un autre puisque l'emplacement est convoité depuis longtemps ?

 

Les industriels concernés sont connus de tous dans l'orne et personne n'en parle.

 

Dans le désordre pour les intérêts croisés : Michel Desjouis, promoteur immobilier sulfureux, plusieurs fois fâché avec les politiques propriétaire de la Re, ex grand café historique d'Alençon..(ou ce qu'il en reste, les murs et tout l'immeuble entre autre.). Michel Desjouis est propriétaire d'un centre d'enfouissement exploité par Suez Sita à Cauvicourt dans le calvados… Lui comme tous les propriétaires de centre d'enfouissement touche à chaque fois que quelqu'un lui demande d'enfouir des déchets dans son trou…Et comme toutes les mairies où ils sont situés (1à 2 euros la tonne selon selon...)

 

Ensuite il y a Joël Séché, de Mayenne, juste à coté, les centres d'enfouissement il connait ça par cœur, ses centres à lui sont des montagnes de déchets que les riverains appellent la montagne à Séché…

 

L'un et l'autre sont aussi éleveurs et propriétaires de pur sang, ils connaissent tout le monde ici dans le chapiteau mais ne sont pas là.

 

Enfin il y a Suez Sita qui vient d'ouvrir le site de Vente de BourseQui ne traite que les déchets ménagers bien mélangés et non triés… Et Véolia, attaqué sur l'eau à l'échelle européenne (toujours plus cher toujours moins bonne), qui ramasse les ordures et les mets partout dans des trous aussi, pas d'inquiétudes, pas de remarques ? Ah, non c'est dans le jardin du voisin, c'est loin, cela n'existe pas….

 

Les nimby c'est bien, ça fait un peu de bruit pour pas que ça bouge dans son jardin, mais cela ne fait jamais rien bouger à l'extérieur du jardin…

 

Ni dans l'industrie de l'emballage, ni dans l'industrie de la collecte et des traitements, et encore moins dans l'isoloir…. Aucun mots sur le projet d'implantation d'un centre comparable en pleine forêt de Brocéliande... Pas un mot, pas une adresse, pas une info ne serait que pour signer la pétition mondiale lancée par Avaaz..

 

Ah ces nimby, s'il n'étaient pas là il faudrait les inventer…

 

La solidarité des riches par l'égoisme et l'auto célébration...

 

 

La gloire de la filière est célébrée par Patrick Mussat : des fonds étrangers viennent investir en Normandie, nous sommes des résistants nous les éleveurs de chevaux nous allons gagner…

 

Mais toujours pas d'évocation du besoin d'un plan régional de gestion de déchets, ce soir, aucune mention des besoins du département, personne pour dire faisons pression pour traiter différemment nos déchets, où allons nous les mettre ?…

 

De parfaits nimby, dans le spectacle, dans la fin heureuse des films et des séries...

 

C'est une chose d'affirmer faire de son jardin une cause nationale, s'en est une autre que de fédérer les situations similaires afin de peser sur le législateur.

 

Que le combat serve l'intérêt général qu'il prétend défendre… Toutes choses totalement ignorées par les animateurs de ces associations chics fascinés par les modèles du spectacle.

 

Fascinés à ce point que les personnalités du comité de soutien sont toutes du monde du spectacle. Evidemment, le cheval tel que monnayé au travers les courses est avant tout du spectacle….

 

La conclusion de la soirée est livrée par Thierry Ardisson la star de l'événement, il interpelle le public :

 

Vous avez vu dans le comité de soutien il n'y a pas Michel Onfray, je le connais bien, c'est lui qui nous a prêté son chapiteau, je l'en remercie. Lorsque je l'ai sollicité pour rejoindre le comité de soutien contre le projet de GDE il m'a répondu : c'est une affaire de riches qui défendent uniquement leurs intérêts, alors sans moi… Il est têtu constate Ardisson, je lui demanderais à nouveau quand même, et je vous dirais...

 

Non, Thierry Ardisson, Michel Onfray n'est pas têtu : il est réfléchi.

 

 

 

La Garnie.

 

 

 

 

 

PS le tribunal de Caen a mis sa décision en délibéré ce lundi 11 février, réponse en fin de semaine.

 

 

 

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