Hold Up! La bourse ou la vie....

En premier lieu j’aimerai vous prévenir, ceci n’est pas un debunkage. Je dois avouer en toute sincérité que certaines de mes compétences ne me permettent pas cette prétention, d’autres l’ont fait et le feront certainement avec bien plus de professionnalisme. Non, je voudrais juste, en toute humilité, avec philosophie vous partager ici mon ressenti, mon point de vue sur ce film. Il n’engage que moi et après tout, n’est-ce pas aussi ce que l’on fait les réalisateurs et producteurs de ce film, donner leur point de vue?

Peut être pouvons- nous commencer par redéfinir ce que pourrait être un film documentaire. Ou ce qu’il ne serait pas. Un film documentaire semble être  une fenêtre ouverte sur le monde, un point de vue, celui du réalisateur, pour montrer son interprétation du monde. En ce sens, un film documentaire ne semble en rien refléter la complexité de la réalité, c’est un récit, une fiction qui raconte une histoire au travers de la propre expérience du réalisateur. Ça reste du cinéma, qui s’adresse à un certain public, ici large, pour générer certaines émotions. Et pourquoi pas accessoirement générer des profits; et ça le réalisateur et les producteurs de ce film semblent l’avoir bien compris. Tant mieux pour eux. 

Nous devons donc rester tout à fait conscientEs qu’il aurait été tout à fait possible d’envisager raconter une toute autre histoire avec les faits qui sont présentés dans ce film. Et c’est bien tout le problème que représente ce film pour moi. Au delà des insidieuses théories du complot suggérées par-ci, par-là, c’est la confusion qu’entraîne la façon dont sont présentées les informations qui me questionne. Des complots, de la corruption on en trouve un peu partout dans nos institutions quelles soient politiques, économiques, religieuses, sociales,....etc etc et il est évidement important de les dénoncer et de lutter contre ce genre de comportement, le nier serait tout aussi irresponsable. Non ce qui me dérange c’est la grille de lecture, le récit qui en est fait. 

Des faits graves, la gestion anti-démocratique et catastrophique de cette épidémie par le gouvernement, les dérives autoritaires, l’incapacité de nos gouvernants à ce remettre en question, à fournir à toute la population les outils nécessaires pour passer cette épidémie avec le moins de dégâts possibles,...tous ces faits mériteraient que l’on se pose ensemble, calmement, en faisant preuve de lucidité, de maturité et de sagesse pour en trouver une issue efficace et le plus juste possible pour tout le monde.

Au lieu de cela , le choix du réalisateur et des producteurs a été de faire un gloubiboulga d’informations qui mélange tout, du vrai mais surtout du faux, un récit pré-mâché infantilisant soupoudré d’un simpliste populisme de bas instincts le tout en appuyant sur les peurs, le pathos et le sensationnel, du vrai cinema à l’américaine. User de la réactance en politique (parce que ce film est hautement politique), réactance dans le sens de s’appuyer sur le sentiment de perte de liberté qu’entraîne un événement particulier, comme un choc, pour faire passer des lois plus liberticides encore, user de cette stratégie me semblait être l’apanage de la bassesse des gouvernants.

A croire que même ceux qui se prétendraient être nos « alliés » usent, eux aussi, de la manipulation pour nous plier à leurs volontés de dominer. Et accessoirement à l’enrichissement de leur capital.

Honnêtement qu’est ce qui différencie ce film de ce qu’il semble dénoncer?

Qu’est ce qui différencie ce film de celles et ceux qui se servent de la peur pour imposer leur vision du monde?

Pour moi ce film empêche de penser le monde quand nous avons au contraire le plus besoin de le faire. Il est une atteinte, une insulte directe à mon intégrité  intellectuelle. 

Et c’est trop tard le mal est fait. Tout le monde en parle, y compris moi, et espérons que même en bénéficiant d’un bel effet « flamby », ce film retombe d’où il vient, pour finir au cimetière où se meurent tous les vieux tubes de l’été et autres produits de l’industrie capitalistes industriels. 

Parce qu’au final, le risque avec la confusion, c’est de perpétuer les problèmes systémiques, ainsi que les violences qui vont avec, et contre lesquels nous combattons sans relâche depuis si longtemps. C’est prendre le risque de ne plus savoir penser pour faire surgir des solutions efficaces.

Ces histoires « simples » et aguicheuses sont séduisantes, surtout pour celles et ceux qui souffrent. Ainsi, car dans la souffrance il est beaucoup difficile de se remettre en question, ces fictions font très souvent appel à un ou plusieurs boucs émissaires, un ennemi commun plaçant ainsi le problème à l’extérieur de nous-mêmes, ce qui induit que l’on aurait en aucune façon besoin de nous remettre en question. Le problème ce n’est pas nous c’est l’autre. 

C’est certainement pour cela que les théories du complots séduisent beaucoup les idéologies identitaires, traditionalistes et autoritaires. Elles offrent un récit qui fait sens, un « Eurêka! » qui rassurent quelque part avec presque toujours comme sujet principal la figure d’un homme viril, autoritaire, sûr de lui et toujours prêt à partir en guerre contre l’ennemi commun. Ces récits pansent les souffrances l’espace d’un instant, elles offrent à l’image que l’on se fait de nous-mêmes, déjà bien abîmée, un espace de sécurité. L’espace d’un instant cela nous conforte dans notre position de victime et d’être, nous, du côté du bien. L’espace d’un instant.
Placer son identité au centre de sa vision du monde empêche toute possibilité de remise en question et engage celui ou celle qui s’y abandonne à être constamment en guerre contre le monde qui l’entoure du moment où ce monde ne reflétera pas l’image qu’il se fait de lui ou d’elle-même. Ainsi la peur ne nous quitte jamais.

 Le manque d’humilité et de compassion dans cette histoire, c’est je crois qui me rend le plus triste. Cela semble créer encore et toujours plus de divisions alors que nous aurions le plus que jamais besoin de solidarité. Ce film tout en dénonçant la destruction d’un lien social, qui été déjà auparavant très mal en point, finit par briser les fragiles derniers liens sociaux qui nous restaient, scindant notre monde en deux camps qui s’affrontent là où nous devrions nous rassembler pour vaincre ce système néolibéral qui ne cesse de basculer dans l’autoritarisme identitaire. Nous y perdrons toutes et tous notre intégrité, notre sentiment d’existence, sacrifiées sur l’hôtel de leurs désirs.

Nous devons absolument faire preuve de compassions et d’humilité les uns envers les autres , écouter les souffrances de chacune, chacun et les intégrer, les panser. Arrêter de brandir sans cesse ces étiquettes réductrices qui nous empêchent de penser, de débattre, d’offrir, de créer, de raconter nous aussi des histoires qui nous permettraient de mieux appréhender la complexité de la réalité. C’est un travail long et difficile qui engage une remise en question, c’est une évidence mais c’est un travail essentiel pour recréer ce tissu social nécessaire à l’épanouissement de notre sentiment de liberté. Encore une fois, il est tout à fait possible de raconter une toute autre histoire, ce film est une fiction. C’est à chacune, chacun d’entre nous de choisir sa fiction.

Et c’est peut être là, la seule question qui compte finalement, dans quelle fiction nous avons envie de vivre?

Arrêtons de compter sur des soi-disants « leaders » ou des « sauveurs » autoproclamés pour espérer voir les mondes, que l’on souhaite surgir, émerger au delà des délires apocalyptiques cachés derrière nos obsessions identitaires.

Soyons nos propres maîtres, n’ayons plus peur d’être ce que nous voulons être.

Nous avons toutes et tous en chacun de nous de quoi rendre nos mondes meilleurs, il suffirait de ne plus l’abandonner à d’autres, de prendre nos responsabilités d’êtres remplis d’humanismes et de soif de justice, relevons la tête une bonne fois pour toutes pour faire face à ces responsabilités d’humains conscients, soyons courageux d’affirmer nos rêves pour qu’ils puissent enfin prendre vie.

Là se trouve le véritable sentiment de liberté, en nous, dans notre capacité à nous dresser contre toutes formes d’autorité, d’où quelle vienne y compris de celles et ceux qui partageraient notre vision du monde, et il ne tient qu’à nous, par estime de soi et par amour de la vie, de ne faire aucun compromis avec les notions de vérité et de justice, pour que naisse véritablement en chacun de nous le sentiment de dignité.

 

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