Le bon flic. Le mauvais flic.

En cette période un peu hollywoodienne, où la fiction semble dépasser la réalité, j’entends par-ci par-là au sujet des violences policières qu’il ne faudrait pas mettre tous les policiers dans le même panier, qu’ils ne sont pas tous pareils, que ce seraient des cas isolés...qu’il y aurait donc d’un côté des bons flics et de l’autre des mauvais. Si effectivement nous sommes toutes et tous différentEs, il y a pourtant un point sur lequel nous sommes semblables jusqu’à preuve du contraire. Nous sommes toutes et tous des êtres humains, donc « imparfaits », ni justes bons, ni justes mauvais. 

Il y a dans cette interprétation « gentils » contre « méchants, que je trouve quelque peu bipolaire du monde, quelque chose qui pourrait laisser entendre qu’il suffirait de corriger, punir, éjecter, condamner, éliminer les brebis galeuses, les individus déviants, ici les mauvais flics pour que ça aille mieux. Notre manière d’aborder la justice sous l’angle de la punition me semble bien illustrer cette bipolarisation des individus. 

Il faut avouer qu’il semble y avoir un certain confort dans l’idée de scinder le monde en deux. Il suffit de se placer du « bon » côté pour avoir à éviter de se remettre en question. Le problème c’est l’autre, c’est lui le méchant. Il est bien plus sécurisant et confortable pour l’image que nous nous faisons de nous-mêmes que de s’imaginer être le gentil plutôt que le méchant. Et vraisemblablement plus l’on accumule de pouvoir et plus il semble difficile de remettre en question cette image.

Dans cette mise en scène hollywoodienne, la société du spectacle fabrique sans cesse des super-héros et des supers-vilains, perpétuant ainsi les hiérarchies de dominances humaines dans lesquelles les dominants s’inventent toutes sortes d’ennemis pour mieux s’autoproclamer être les gentils et bien sûr s’arroger les supers-pouvoir pour conserver leur position confortable. Et c’est ainsi que, quand il s’agit de penser les violences policières, le sujet se voit être aborder sous l’angle de l’individu et non sous celui des systèmes dans lesquels ces mêmes individus évoluent. 

Alors on suspens, révoque, licencie, vire, punit, enferme celleux que nous considérons comme méchants sans mêmes penser profondément les raisons, les conditions, les contextes, les systèmes d’organisation qui favorisent certains comportements plutôt que d’autres. Évidement dans cette lutte pour le bien contre le mal remettre en question ces systèmes d’organisation reviendrait à remettre en question ce qui semble nous procurer une position confortable puisque d’une certaine façon nous nous pensons si souvent du bon côté de la barricade. 

Peut-on simplement parler de bons policiers ou de mauvais policiers comme si tout était figé dans la responsabilité individuelle sans même prendre en compte l’influence de nos environnements? L’être humain me semble être un peu plus complexe qu’un personnage issue d’un Blockbuster. 

Sans réfléchir aux environnements dans lesquels évoluent les individus, sans remettre en questions les institutions dans lesquelles évoluent les policiers, il y est fort probable que les violences se perpétuent, et même se durcissent dans le contexte actuel, au sein de nos sociétés. Nous pourrons « éliminer » tous les individus déviants, nous rassurer d’être du « bon »  côté, tant que nous ne changerons pas nos environnements, tant que nous aborderons l’organisation de la société sous l’unique angle de la responsabilité individuelle sans la penser dans un contexte de communauté, tant que nous ne sortirons pas de cette vision binaire des gentils et des méchants et que nous n’accepterons pas qu’il y a en chacun de nous une part de bon comme de mauvais, les hiérarchies de dominances et les violences qu’elles induisent ne cesserons de se répéter. 
Une fois les « méchants » éliminés, qu’iels soient policiers ou pas, d’autres prendrons leur place, c’est ainsi que cela fonctionne avec le pouvoir.

Qu’on se le dise et que cela reste à jamais gravé dans nos mémoires, quand il s’agit de pouvoir, personne n’est à l’abri. Même pas les plus vertueux de nos soi-disants super-héros. 

Nous sommes toutes et tous différents mais tout à fait semblables dans nos imperfections. Au vue des contextes, et comme l’histoire de l’humanité nous le révèle sans cesse quand on l’aborde avec objectivité, nous, êtres humains, pouvons être capables du pire comme du meilleur. Et qu’entre ces deux notions de bien et de mal, il y a une infinité de conditions. 

Macron se demande comment rétablir le lien entre la police et la population, j’ai bien ma petite idée mais j’ai comme l’impression que ça ne va pas lui plaire.

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