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Billet de blog 1 juil. 2009

Pina bellissima

Toujours dans la discrétion et la délicatesse, Pina Bausch, la danseuse allemande, chorégraphe et metteur en scène la plus célèbre, nous aura surpris jusqu'au bout. Son départ précipité en ce mardi 30 juin 2009 nous laisse très sombres et abattus.

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Toujours dans la discrétion et la délicatesse, Pina Bausch, la danseuse allemande, chorégraphe et metteur en scène la plus célèbre, nous aura surpris jusqu'au bout. Son départ précipité en ce mardi 30 juin 2009 nous laisse très sombres et abattus.

« Pina danse et je filme »

Vidéo : Extrait de Danzon (1995) filmé par Arnold Pasquier

Comme dans un ballet de Pina Bausch

Texte Jean Guidoni - Musique Nicolas Deutsch

Dans le flot des voitures elle marche à contre sens
Sous la soie imprimée elle roule ses hanches
Elle s'arrête et se penche
Balance sa robe Garance
Je lui donne le premier rôle
Elle frôle mon épaule
Et glisse sous la pluie

Elle repart je reviens
Lentement elle avance
Tango Argentin retournement Cubain
Je repars elle revient
Lentement j'avance
Rumba désenchantée Cha cha Parisien

Sous le ciel de Paris nos pas sont incertains
Sa main touche mon front ma main touche ses reins
Qui des deux mène la danse ?
Froissé mon costume gris
Je n'ai pas trouvé mon rôle
Je frôle son épaule
Je plonge sous la pluie

Elle repart je reviens
Lentement elle avance
Tango Argentin retournement Cubain
Je repars elle revient
Lentement j'avance

Rumba désenchantée Cha cha Parisien

Elle tourne devant moi elle décroise ses bras
Paume contre paume sa joue contre ma joue

Puis soudain sans raison
Nos mains s'effacent pour ne pas
Surtout pas laisser de traces
Pas de deux qui s'ébauche
Comme dans un ballet de Pina Bausch

Pina Bausch des images me reviennent, de robes longues fluides, satinées robes de bal, robes célestes et somptueuses, féminité,les cheveux qui ondulent, comme des algues, qui balancent au gré des mouvements de la tête doucement, lentement et soudain violemment, les corps qui se déhanchent sous les étoffes, les jambes que l'on devine et surtout chez Pina, ses bras, ces longs bras qui s‘élèvent comme des branches souples et graciles, qui tourbillonnent, la danse qui part de là , ce sont les bras qui entraînent le corps. qui étreignent, qui empoignent qui rejettent, lors de ces étreintes des rapports féminin masculin, violents tourmentés, les courses effrénées, jusqu'à l'hystérie, virtuosité , jeu de séduction, parfois, les cris les râles , le chant, les fou rire, les effondrements soudains et le silence fait place à l'intériorité. C'est cette théâtralité que j'aime chez Pina, ces contrastes.

Inspirée par ces souvenirs d'enfance où dans l'hôtel tenu par ses parents, Pina restait sous une table du bistrot à observer les personnes adultes, elle créa ce Café Muller crée en 1978.

Plus tard au seuil des années 90, au cours de ses tournées internationales, Pina va chercher l'inspiration dans ces villes où elle reste en résidence. Rome, Budapest , Istanbul, Tokyo. Ces immersions stimulent sa créativité, l'ambiance s'éclaircie et ces pièces se font alors cabaret contemporain, il s'y déroulent en alternance, avec ivresse, des scénettes théâtrales et de sublimes solos dansés. Les artistes provocants, et séducteurs, proches du public le prennent à parti. Il se dégage tant de fougue et de vie que l'on aimerait s'y précipiter.

Pina Bausch et sa compagnie passèrent trois semaines à Hong-Kong pour y recueillir des impressions. A Wuppertal, travaillées sur scènes, répétées, celles-ci deviendraient la pièce qui fut, en mars 1997, l'apogée du festival de Hong-Kong et qui, selon un article de journal, apprit aux habitants à regarder différemment leur ville. Après Rome, Palerme, Madrid, Vienne et Los Angeles,Le Laveur de vitres est la sixième coproduction du Tanztheater de Wuppertal. Elle a une signification particulière et pas seulement parce qu'elle implique l'opposition, la confrontation avec une culture tout à fait différente. Elle est née au moment de la cession à la Chine de la colonie anglaise, un événement qui disparut aussi vite de la conscience générale que des actualités télévisées.
Le Laveur de vitres est donc une pièce historique. Mais Pina Bausch ne fait pas pour autant référence de manière concrète aux faits politiques, à leurs répercussions possibles, à l'événement même. Le Laveur de vitres évolue dans une sphère beaucoup plus insaisissable. Dès la première image, on y reconnaît tous les clichés diffusés par les médias, le technicolor chamarré des films de série B et de publicité, le déchaînement du commerce, mais aussi la froideur apparente, la futilité des relations, une trivialité qui frappe un regard hâtif. Sous la surface glamour, le spectateur est invité à voir quelque chose de plus. (Ce qui est d'abord difficile parce que le décor époustouflant de Peter Pabst, une montagne de fleurs rouge vif, capte dans un premier temps, l'attention.) Mais, sous la couche de verre froide, on peut, comme dans toutes les pièces de Pina Bausch, découvrir ce qui rassemble les êtres humains de notre temps, ce qui les unit par delà les barrières sociales et les différences culturelles.

Eva Elisabeth Fischer, traduction Anne-Marie Bigorne (Extrait du Journal du Théâtre de la Ville)

Der Fensterputzer Le Laveur de vitre, fut présenté dans la cour d'honneur du Palais des Papes à Avignon

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Pina Bausch de son vrai prénom Philippina, est née à Solingen près de Wuppertal en Allemagne.

Elle commence ses études à 14 ans à la Folkwang Hochschule à Essen sous la direction de Kurt Jooss.

En 1962 elle part aux Etats-Unis avec une bourse, elle est engagée au New American Ballet et au Metropolitan Opera de New York.

elle est invitée à revenir en Allemagne pour participer au Folkwang-Balletts, que vient de fonder Kurt Jooss. E

En 1968,elle crée sa première chorégraphie Fragments sur une musique Béla Bartok pour le répertoire du Folkwang-Balletts (appelé plus tard Folkwang Tanz-studio), dont elle prend la direction artistique un an plus tard.

En 1973, elle fonde le Tanztheater Wuppertalet avec cette compagnie elle crée de nombreuses chorégraphies.

Nelken (1982)

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Août 2002, elle crée Néfes (souffle, respiration)trois semaines d'immersion à Istanbul, suivi du traditionnel compte rendu des danseurs sur le plateau. Souvenirs, sensations, les interprètes improvisent jusqu'à ce qu'il émmerge quelque chose d'eux même qui restera.

Musique de tous les coins du monde, décor dépouillé, au centre l'eau sort du plateau,solos multiples.

On devine dans Nefes sans pouvoir l'expliquer, une menace, une inquiétude. Est-ce la peur d'une secousse tellurique ou les échos de la guerre en Irak que la compagnie percevait là-bas, à l'été 2002? En tout cas, cette fragilité magnifie le spectacle.

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En 2004 Elle reçoit le Prix Nijinski.

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Pina impératrice et souveraine

Je te prends dans mes bras

Nous ne te perdons pas tout à fait

Tu éclabousse et fait vibrer nos mémoires,

mémoires de peaux de chair de sang

on te transporte dans nos corps

Quand demain le chagrin sera apaisé

Il fera bon penser à toi et... danser

Pina je te prends dans mes bras

et c'est bien cela l'essentiel Pina tu ne meurs pas

tu habite nos gestes et nous parlerons ainsi toujours de toi

et avec toi.

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Wim Wenders préparait Pina, une fiction autour de Pina Bausch, un projet audacieux pour lequel la chorégraphe devait créer plusieurs ballets. Le principe n'étant pas de faire un film sur des numéros dansés mais de mettre en avant les nouvelles techniques de relief, Pina devant être intégralement tourné en 3D.

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Photo von Elena Garino

Pour mémoire: En juillet 1998, Libération avait réuni le compositeur français contemporain Pierre Boulez et la chorégraphe allemande Pina Bausch pour dialoguer autour de «Barbe Bleue».

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