MeMoebius

MOEBIUS-TRANSE-FORME - Blueberry (La ligne qui danse #2) © Fondation Cartier

Dessin en direct par Jean Giraud-Moebius pour l'exposition MŒBIUS-TRANSE-FORME à la Fondation Cartier
La ligne qui danse #2 : Blueberry

 

 

L'artiste de tous les noms, Jean Giraud, Gir, Moebius et de tant d'univers, est parti ce samedi 10 mars 2012 en cette veille de printemps.

7745216662_moebius-avait-notamment-cree-la-serie-blueberry.jpg

©AFP

 

Blueberry

BLUEBERRY-JEAN-GIRAUD-AFFICHE-PSYCHOPHOT-1971.jpg

 

Le dessin puissant, fouillé, énergique, sa force, sa maîtrise, dans les albums de « La mine de l'allemand perdu » et le « spectre aux balles d'or » m'avait fait aimer ce personnage à "gueule de Belmondo". Ce lieutenant, grande légende de l'Ouest, au caractère teigneux, indiscipliné, insolent, le décor, désert western américain, cela parlait de liberté.

 

 

 

blueberry12a.jpg

Le site de Blueberry

 

Arzach muet dans son univers minéral, nous laisse béat d'admiration.

tumblr_lpnfjfhp5Z1qj4sv2o1_500.jpg

Arzach Volant

arzach.jpg

 

 

Le Major Grubert et le Garage hermétique


3973g.gif

Jerry Cornélius

jerry1_462x462.jpg

Édition Les Humanoïdes Associés 1979

 

Il arrive qu'un dessinateur de BD soit à la recherche d'un "héros".
Comment nait un héros dans la bande dessinée? ou plutôt comment nait un "héros"? Un héros n'est que le personnage principal d'un fable, historiette complète de quelques pages et dont le destin incertain permettra à l'auteur d'exprimer une idée, un gag ou n'importe quoi selon l'humeur du moment ... Que ce personnage réapparaisse dans une autre histoire, tissant quelques liens subtils avec la première, puis dans une troisième, peut-être, d'autres ensuite, le voilà devenu "héros" ... Généralement cependant le héros ne fréquente pas l'historiette ... il se lance d'emblée dans la grande aventure "à suivre" perfectionnant son identité d'abord chancelante au fil des pages, jusqu'à la maturité.

 

L'accouchement du héros est souvent pénible et c'est naturel car il est l'émanation-signature du créateur, et plus ce dernier travaille, pousse, et plus l'enfant est gros et déchire sa "mère".
Parfois cependant, l'enfant arrive sans douleur, à l'insu presque du dessinateur de petits mickeys ... d'un seul coup il est là, minuscule, affamé, vivant !

 

C'est un peu le cas du Major Grubert. Il s'est glissé un jour dans une chronique canularesque sur les merveilles de l'univers dans "Pilote" ... C'était l'archétype de l'explorateur des BD de mon enfance. Dans le style de la série "Ramenez les vivants" et que j'avais le projet d'assassiner par le ridicule au cours d'une longue quête débile à travers les galaxies...

 

Le projet fit long feu, mais un jour Vania Beauvais eut l'idée absurde de me confier six pages dans "France Soir" sur le thème des vacances des français et spontanément, presque à la sauvette, le Major refit surface, cette fois sans casque mais affligé d'un lamentable chapeau de brousse à la bande léopardée ... son compagnon constitua d'ailleurs ma première tentative d'auto-représentation ( c'était facile à l'époque à cause de la moustache )... le temps pour les lecteurs de France Soir de s'en remettre et le Major réapparaissait en deux pages au scénario surréaliste dans "Fluide Glacial". Les réactions furent comme de juste fluides et glaciales, mais c'était lancé, figé, coagulé, le Major Grubert existait! Il était le héros à part entière!

 

La suite se passe exclusivement dans le cadre de Métal ... C'était une époque où je papillonnais d'un dessin à l'autre dans la plus parfaite insouciance. J'avais brisé les chaînes qui me liaient à Blueberry depuis plus de douze ans ( l'aventure Métal commençait plutôt relax, le journal était trimestriel, ce qui me changeait des cadences infernales de l'Hebdo "Pilote" ), le ciel était bleu et les scénarii jaillissaient de la fumée avec de joyeux "flop" de champagne ... Le "Major Fatal" date de cette époque, ainsi que quelques pages par-ci par-là...

 

Mais tout changea très vite. Le boulot me rattrapait au tournant... Blueberry avec ses gros sabots et Métal qui viraient mensuel et puis d'ailleurs une nouvelle envie de travailler ... Le Major, lui, restait très calme et attendait son heure.

 

Parfois, j'entamais les débuts d'un histoire, une page ou deux, puis laissait tomber et passait à autre chose. Le fantasque quoi ... c'est ainsi que naquirent les deux premières pages du "Garage Hermétique"... comme un jeu ... je dessinais deux pages "comme si" c'était une histoire mais en même temps avec un thème, un personnage et un titre tellement aberrant qu'une suite semblait impossible...

 

C'est J.P.Dionnet, le Rédacteur en chef de Métal qui est responsable de la suite car s'il n'avait pas eu l'idée perverse de passer ces deux pages dans Métal N°6, le câbleur endommagé de l'ingénieur Barnier serait resté pour toujours ce qu'il était en réalité, une machine sans passé, sans avenir, sans queue ni tête! ...

 

J'avais mis la plume dans l'engrenage, le reste devait suivre ... Les circonstances s'y prêtaient. J'avais Blueberry à faire qui me prenait beaucoup de temps, et bien d'autre choses encore, et d'autres encore, etc. ... Et cela me semblait bien d'avoir une présence minimum de deux pages dans chaque numéro de Métal...

 

Le Garage Hermétique de Jerry Cornélius était parti, et c'est encore presque malgré moi que le Major fit son apparition dès le troisième épisode...
Le Garage est donc l'exemple type d'une bande dessinée sans scénario préétabli ... Chaque fois que la tentation de durcir la ligne de l'histoire et qu'un but se profilait, je cassais tout et je repartais à l'aventure ... de plus, d'un mois sur l'autre, il m'arrivais d'oublier ce que j'avais dessiné dans l'envoi précédent ... d'autres fois, je ne me souvenais des délais qu'au dernier moment et j'envoyais deux pages improvisées en une nuit ... Quelle merveille ! Cette bande n'est donc pas du travail sérieux !...

 

Cette expérience intéressante est maintenant terminée... en fin de compte, l'histoire s'est bouclée d'une façon presque classique comme dans ces romans d'alcooliques que l'Amérique fabriquait après la deuxième guerre mondiale. Une centaine de page que je contemple maintenant un peu comme un journal intime codé, s'étalant sur trois ans de ma vie, à raison de deux pages par mois. Finalement, je ne suis pas si bavard que ça.

 

MOEBIUS

 

P.S. Jerry Cornélius est un personnage crée par le grand Moorcock il y a quelques années et qui s'est promené dans plusieurs nouvelles de différents auteurs de la new-wave anglaise. Je m'étais juré à l'époque de lui consacrer une histoire à mon tour ... c'est fait.


John Difool et L'incal

 

480t1.jpeg

Incal06a_19092002.jpg

 

Venise céleste

al_moebius001_venise_celeste.jpgMoebius---Venise-celeste1.jpg

al_Moebius003_Venise_Celeste.jpg

 

Désert

Deux dessins empruntés sur un billet du blog de Guy Delisle

Moebius et les autres

moeb02-228x300.jpg

moeb051.jpg

 

 

On peut imaginer que Moebius a emprunté un de ses magnifiques vaisseaux célestes pour rejoindre ses personnnages et leurs univers.

10%20Moebius_fondationCartier.jpg

les humanos

3000294455.jpg

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.