Vu de loin : Trump, démocratie et santé mentale

Que comprendre du soubresaut insurrectionnel au Capitole ? Des “troubles de l’esprit” américain ?

Réflexions à chaud au vu, de l’autre côté de l’Atlantique, de l’invasion du Capitole par quelques milliers de partisans de Trump. Qu’est-ce qu’on y comprend nous autres, à cette démocratie qui dérape ici de façon inédite ? “Démocratie occidentale” qui se joue encore plus que la nôtre à coups de millions de dollars, notamment dans les campagnes électorales, après quoi le président élu va avant toute chose jurer sur la Bible ?

Quant à l’événement lui-même, ne jouons pas les blasés : bien sûr que “nous”, lointains descendants des sans-culottes, sommes capables de manifs ou d’émeutes de ce calibre – et bien sûr aussi que “nos” flics bien rodés auraient LBéDisé vite fait toutes ces belles cibles drapées de rouge vif ! Mais enfin il est clair que “les leurs”, de flics, ont été pris par surprise ; et même s’ils ont un instant fait peur au pouvoir, ni “nos” soixante-huitards ni “nos” Gilets jaunes n’ont pris d’assaut l’Assemblée nationale…

Trump est-il fou, et de plus aussi contagieux qu’un variant de covid ? Et cela suffit-il pour expliquer non seulement ce 6 janvier mémorable, mais tout ce curieux contexte post-électoral ? Que le blond gavé péroxydé soit un caractériel de première, ça ne fait plus guère de doute depuis quatre ans qu’on le voit en scène ; et que d’une façon générale le pouvoir rende fou, même en “Occident démocratique”, non plus. “Nous” avons connu certains dirigeants qui supportaient bien mal de s’en faire dégager, jusqu’à manifester des réactions psychologiques bizarres, voire laisser des traces télévisuelles qui bien plus tard font encore rire. Mais là, quand même, on ne sait pas bien…

Plusieurs anciens ambassadeurs français à Washington assurent que Trump serait “de bonne foi”, vraiment persuadé d’avoir gagné. Ce ne serait donc pas que par dépit, et pour cause d’incapacité à contrôler sa frustration, qu’il a lancé cette manif’ du 6 janvier : il croirait vraiment à ce qu’il raconte : on lui a volé son élection. Mais quel est donc ce trouble mental qui lui permet de gommer si aisément un écart de plus de 7 millions de voix ? Aucun psychiatre ne semble pouvoir répondre…

Symbole, symptôme, etc.

Et puis, simultanément, des nouvelles de l’état de Géorgie : sur le score de 2 à 0, ses élections sénatoriales donnent à Biden une vraie majorité pour gouverner avec l’appui des deux chambres parlementaires, sans cohabitation – situation démocratique elle aussi, que “nos” gouvernants voulurent en 2002 supprimer sans retour, ce qui n’a jamais traversé l’esprit des Américains, fin de l’incise. Oui, et alors ?

Alors ce qui semble bien avoir fait la différence dans cet Etat, qui élit en l’occurrence son premier sénateur afro-américain, c’est précisément une forte progression de la participation au scrutin des Afro-américains. Et on se rappelle alors que le surcroît de participation à l’élection présidentielle semble lui aussi dû, pour le camp démocrate, à cette très forte et inédite mobilisation du “vote noir”, ou plus exactement du vote des plus défavorisés de la société américaine, jusque-là abstentionnistes chroniques, sans lequel Biden n’aurait peut-être pas gagné. Cela résulte d’un travail politique important, mené depuis des années dans tous les USA, qu’on peut résumer et symboliser par un nom, celui de la Géorgienne Stacey Abrams – re-fin de l'incise.

N’est-ce pas essentiellement cela qui explique le mécanisme mental de Trump et de ses fidèles envahisseurs du Capitole – soit, semble-t-il et heureusement, “seulement” une partie de l’électorat républicain : le refus fondamental, ancré de très longue date dans les couches profondes du cerveau primaire et à ce titre refus “sincère”, limite inconscient, d’accepter l’irruption du vote de ces citoyennes et citoyens-là, comme “effacés par nature” du paysage mental trumpien ? Soit, pour résumer, la trace post-électorale de cette vieille tare constitutive des USA : la folie raciste ? Symptôme balèze, le débordement du 6 janvier révèlerait alors un stade particulier dans la pathologie de cette vieille maladie psychosociale américaine.

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