Sans rire Hélène ?

9 avril 2014 - France Inter - 7h30

 

Comme souvent, le journal d’Hélène Roussel ouvre ce matin sur un fait divers.

C’est ainsi ; ça l’amuse Hélène de mettre en exergue des faits divers.

 

Pourtant avec la montée en puissance de l’extrême-droite on aurait pu penser que les médias allaient s’interroger sur leur responsabilité, qu’ils allaient réfléchir aux conséquences de leurs choix éditoriaux. Que nenni, c’est sans compter l’excitante droitisation des esprits qui sévit. 

 

Excitante, car c’est grisant de parler comme dans les émissions poubelles de M6 ou de TF1. C’est tout de même plus marrant d’ouvrir son journal sur : 

«  Stupeur et tremblement dans un village près de Narbonne ; deux collégiennes de 13 ans avaient prévu de tuer toute la famille de l’une d’elle à commencer par le petit frère : un coup de couteau dans la nuque, il va s’en sortir. Les deux ados ont été arrêtées… » etc. etc.

 

C’est sûr que d’ouvrir sur le discours de politique générale du gouvernement,  ça n’aurait pas été aussi excitant. Pis c’est pas si important la politique. 

 

Alors que de rebondir sur - je cite et j’insiste aux mêmes endroits : « Des histoires de gamines à vous saisir d’effroi… Deux ados dans un village près de Narbonne, ordinaires et pourtant meurtrières en puissance… » etc. 

 

Qu’apprend-on d’intéressant ? Rien si ce n’est que la violence existe, mais a-t-on vraiment besoin de nous le rappeler et de nous faire peur avec ?

 

Y-a-t’il une enquête journalistique ? Aucune. On ne sait rien de ces gamines. Peut-être étaient-elles victimes d'inceste ? Peut-être voulaient-elles épargner au petit frère des souffrances en tentant de le tuer ? On n’en saura rien. 

 

Si ce sont juste deux sociopathes, est-ce que ça mérite la Une quand on sait qui va surfer sur la pseudo-violence* de la société actuelle ?

 

Si se cache autre chose derrière les volontés meurtrières de ces deux gamines, alors pourquoi ne pas chercher à le savoir avant d’en faire un sujet ?

 

Sans rire Hélène, vous le faites exprès ?

 

(* Pseudo-violence, car la violence est ailleurs, bien plus grave que dans un fait divers, aussi regrettable soit-il.)

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