Le 5 mai, anniversaire de la naissance de Karl Marx

Karl Marx est né le 5 mai 1818. Ce samedi sera une occasion unique d'évoquer sa mémoire et son rôle historique. Quel est aujourd'hui le bilan de ce qu'on appelle le marxisme ? Y a-t-il eu des révolutions ouvrières avant Marx ? Et que penser de celles qui lui ont succédé ? Quel peut être aujourd'hui l'avenir de l'humanité ? Quel a été le rôle historique du colonialisme et de l'impérialisme ?

L'agence Xinhua annonce « Xi Jinping participera à une conférence marquant le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx ». La conférence aura lieu le matin du vendredi 4 mai, et le président chinois y prononcera un discours.  Cet important et unique événement sera retransmis en direct par les principaux médias du pays.

En France même et ailleurs, les articles consacrés à Karl Marx n'ont pas manqué ces derniers jours. Ceux qui envisagent de manifester le samedi 5 mai peuvent-ils valablement ignorer un tel anniversaire alors que Marx est né le 5 mai 1818 ?

Le jeune Marx

C'est en mars 1841, à l'âge de 22 ans, que Marx écrira la préface à sa thèse de doctorat « Différence entre la philosophie de la nature de Démocrite et celle d’Epicure ». A la fin de cette préface, Marx évoque ce qu'il appelle la profession de foi de Promethée :

Je hais tous les dieux ; ils sont mes obligés, et par eux je subis un traitement inique.

ainsi que la réponse du titan au dieu Hermès :

Contre une servitude pareille à la tienne, sache-le nettement, je n’échangerais pas mon malheur. J’aime mieux, je crois, être asservi à ce roc que me voir fidèle messager de Zeus, père des Dieux ! C’est ainsi qu’à des orgueilleux, il sied de montrer leur orgueil !

et conclut :

« Prométhée est le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique. »

Marx deviendra docteur de la Faculté de Philosophie de l'Université d'Iéna le 15 avril 1841. Mais la répression académique contre les nouvelles idées montantes le contraindra à renoncer à une carrière universitaire.

Suite à l'interdiction du Rheinische Zeitung dont il était devenu rédacteur en chef, Marx s'installera à Paris en 1843. Il s'efforcera en même temps d'améliorer ses compétences dans le domaine de l'économie politique. Et c'est en 1844 à Paris, qu'il rencontrera Friedrich Engels avec qui il écrira La Sainte Famille, puis L'idéologie allemande.

L'ouvrage L'idéologie allemande, écrit par Marx et Engels en 1845-46, n'a pas trouvé d'éditeur. Il sera découvert et publié en 1932 par David Riazanov.

Marx, Engels et le mouvement communiste

 Chassé de Paris en 1845, Marx s'installera à Bruxelles jusqu'en 1848. C'est en vain qu'il tentera de s'établir en France et en Allemagne en 1848-49. En juin 1849, à l'âge de trente-et-un ans, il s'installera à Londres et y restera dans des conditions très difficiles auxquelles il n'aurait pas pu survivre sans le soutien de Friedrich Engels.

La Ligue des Communistes voit le jour en 1847 et publie en 1848, après des débats, le Manifeste du Parti Communiste dont Marx a élaboré la version définitive. L'organisation sera dissoute en 1852, et ce n'est qu'en 1864 que l'Association Internationale des travailleurs (Première Internationale) verra le jour. Le premier livre du Capital, écrit par Marx, est paru en 1867. Engels aura recours à des brouillons de Marx pour publier les livres 2 et 3 en 1885 et 1894, alors que Marx était décédé en 1883.

Après l'écrasement de la Commune de Paris en 1871, Marx écrira La guerre civile en France, que l'Internationale adoptera et diffusera largement. En 1875, il adressera une critique très sévère au programme du Parti social-démocrate d'Allemagne (la Critique du Programme de Gotha). Les idées et travaux de Marx deviennent de plus en plus répandus et adoptés par les secteurs progressistes de la population, même si l'intéressé se démarque souvent de la propagande qui lui est faite.

Il restera dans le mouvement ouvrier et progressiste une école de pensée marxiste visant sur le long terme l'abolition des classes sociales et réclamant la fin du capitalisme via la collectivisation des moyens de production. Moins nettes seront les prises de position face au colonialisme, avec des conséquences très graves sur le plan stratégique.

La catastrophe de la « grande expansion coloniale »

Le développement du colonialisme et de l'impérialisme a été depuis les années 1870, avec la « grande expansion coloniale » française et allemande menée dans un contexte de concurrence entre les deux puissances, un phénomène nouveau que Marx et Engels n'ont pas été en mesure d'étudier et d'analyser en profondeur. Leur confinement en Angleterre a sans doute rendu cette tâche plus difficile à l'égard des hégémonismes et expansionnismes des milieux dominants continentaux.

Quatre décennies plus tard, la « grande expansion coloniale » se soldera par la Première guerre mondiale résultant des rivalités entre les deux puissances hégémoniques continentales. Décédé en 1895, Engels a eu connaissance de cette expansion coloniale mais ne semble pas avoir été en mesure d'en analyser vraiment le contenu et les conséquences.

En 1914, les milieux dirigeants « socialistes » français et allemands feront preuve de solidarité avec le gouvernements de leurs pays respectifs dans la préparation de la guerre qui opposera la Triple-Entente aux empires centraux. Une véritable autodestruction de l'Europe continentale commencera de cette façon.

Après (ou avant) Marx

Reconnaître le rôle positif et très important de Karl Marx ne dois pas empêcher de soulever un certain nombre de questions.

Par exemple, l'athéisme affiché a-t-il vraiment aidé le développement du mouvement ouvrier, ou a-t-il été un facteur de division ? La laïcité n'aurait-elle pas été préférable ?

De même, dans l'introduction à l'édition de 1891 de La guerre civile en France de Marx, Engels conclut https://www.marxists.org/francais/engels/works/1891/03/fe18910318.htm :

« Le philistin social-démocrate a été récemment saisi d'une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l'air ? Regardez la Commune de Paris. C'était la dictature du prolétariat. »

Mais quel usage a été fait de cette notion dans la pratique ? Et que penser de la débâcle de l'URSS ?

Tout en reconnaissant les mérites de Marx, les sujets de réflexion ne manquent pas aujourd'hui.

Et dans l'analyse de l'héritage historique, force est de rappeler la tentative de révolution bourgeoise dans l'actuel « Midi de la France » au XIIe siècle, la violence de la Croisade contre les albigeois réagissant à cette tentative de révolution, les difficultés rencontrées par le calvinisme trois siècles plus tard, le rôle révolutionnaire des premiers chrétiens, la révolution ouvrière deux siècles avant Marx que rappelle l'hymne officiel catalan Els Segadors (les faucheurs)... Ou encore, les menaces que comporte la robotisation.

En même temps, force est de constater les progrès spectaculaires de la République Populaire de Chine dans le domaine scientifique. Notamment, dans l'étude expérimentale de la Mécanique Quantique et de ses possibles retombées technologiques avec au premier chef les travaux de Jian-Wei Pan et de ses collaborateurs.

 

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