Manque de médecins et catastrophe sociale (I)

La pénurie de médecins généralistes et spécialistes est devenue en France un très grave problème social et humain mettant en cause l'avenir de la majorité de la population. De très nombreux médecins généralistes n'acceptent plus de nouveaux patients, alors que les délais pour rencontrer un spécialiste expérimenté et de niveau reconnu deviennent extrêmement longs. Comment sortir de cette impasse ?

Alors que la situation est déjà critique et qu'une majorité croissante de la population ne dispose plus d'un véritable accès aux soins, les médias français annonçaient cet automne une baisse progressive jusqu'en 2025 du nombre de médecins français en activité. La région parisienne n'échappe pas à cette évolution. Comment a-t-on pu en arriver à une telle dégradation de la situation dans les domaines médical et social ? Et quelles solutions sont envisagées dans l'urgence et sur le long terme ?

Les médias ont été nombreux à signaler cette crise de plus en plus profonde. Mais concrètement, quelles issues sont proposées, notamment aux niveaux gouvernemental et académique ?

Sur son site, le Conseil Nationale de l'Ordre des Médecins (CNOM) illustre explicitement depuis le 12 octobre dernier la gravité du problème dans son Atlas de la Démographie Médicale en France faisant le point sur la situation au 1er janvier 2017. L'étude est accessible aux adresses https://www.conseil-national.medecin.fr/node/2365 (résumé)  https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/atlas_de_la_demogrphie_medicale_2017_0.pdf (texte complet).

Une crise largement signalée par les médias

 Le rapport du 12 octobre 2017 n'a pas été ignoré par les médias, loin de là.

Quelques titres : La pénurie de médecins généralistes s’aggrave (Le Parisien et L'Est éclair), Santé. Aubervilliers en carence de médecins (l'Humanité), Le nombre de médecins en activité va continuer de baisser jusqu'en 2025 (Le Figaro), La démographie médicale 2017 en chiffres (Le Point), Qui sont vos médecins ? 7 choses à retenir du recensement du Conseil de l’Ordre (Ouest France), L'Atlas 2017 confirme les déséquilibres croissants de la démographie médicale (Les Echos Etudes)...

Mais en réalité, la même problématique avait déjà été évoquée depuis longtemps. C'est ainsi, par exemple, qu'en novembre 2013 un article publié par Le Monde employait le titre Paris se vide de ses médecins généralistes et se référait notamment à des Atlas régionaux de la démographie médicale qui venaient d'être publiés.

Dès 2010, les titres employés indiquaient clairement le danger : DÉMOGRAPHIE - Vers une pénurie de médecins ? (Le Point), Grave pénurie de médecins (La Dépêche), Le 93 cherche des remèdes au manque de médecins (Le Parisien), Pénurie de médecins: un généraliste beauvaisien témoigne  (L'Observateur de Beauvais), Le Vaucluse à l'aube d'une pénurie (Le Dauphiné Libéré) etc...

Pour quelle raison, dans ce cas, la crise n'a-t-elle pu être enrayée ?

L'impuissance du monde politique

Pour rappel, Nicolas Sarkozy a été président de la République du 16 mai 2007 au 15 mai 2012. François Hollande lui a succédé du 15 mai 2012 au 14 mai 2017, et Emmanuel Macron est devenu président à cette date. Quel bilan peut-on dresser de l'action gouvernementale ?

En ce début de l'année 2018, des situations vraiment dramatiques sont exposées. On peut lire dans Horizon, avec date du 24 janvier : « En manque de soins, 635 personnes meurent prématurément chaque année dans le Lensois ». Paris Normandie rapporte à son tour (26 janvier) Activité en recul faute de médecins aux hôpitaux d’Évreux et Vernon, et L'Écho Républicain (9 janvier) L'Eure-et-Loir touché de plein fouet par la pénurie de médecins généralistes.

Le 3 février, La Provence dénonçait Vaucluse : la pénurie de médecins se généralise dans le département. Et le 19 février, Actu.fr interrogeait encore : Pénurie de médecins dans le nord du Lot. Un manque d’anticipation de la part des élus ? , se référant aux soucis exprimés par l'association « Mieux vivre dans le nord du Lot ».

Le 24 février, BFMTV écrivait Fermeture des petits services d'urgences: "On ne peut pas traiter l'hôpital comme une entreprise". Le problème politique apparaît de plus en plus au grand jour.

Quel avenir sans une forte mobilisation citoyenne ?

Tout compte fait, la débâcle des soins médicaux ne cesse de s'aggraver et s'annonce encore pire sans une véritable mobilisation citoyenne. A quand une réaction collective conséquente ?  L'avenir du service public en est clairement l'enjeu stratégique.

 

 

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