8 mai 1945 : la fin d'une série de guerres européennes

Les guerres sur le continent européen n'ont pas manqué avant la double capitulation nazi du 8 mai 1945 mettant fin à la Deuxième guerre mondiale. Après le suicide de Hitler, le Troisième Reich a capitulé face aux « puissances occidentales » et en même temps face à l'Union Soviétique. C'était la fin d'une nouvelle guerre européenne, après la Première guerre mondiale et la guerre de 1870.

Le 8 mai 1945 a mis fin à la dernière guerre livrée directement sur le territoire européen. Après l'écrasement du nazisme, la guerre froide a succédé aux affrontements armés sur le continent. Les « trente glorieuses » ont fait partie de cette guerre froide qui a duré jusqu'aux années 1980.

Mais qu'en a-t-il été avant la Deuxième guerre mondiale, et quel a été le rôle du colonialisme dans le développement des rivalités entre puissances depuis les années 1870 ?

Guerres européennes et rivalité coloniale

La guerre franco-allemande de 1870 correspond à la période du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871. Le 4 septembre 1870, la proclamation de la République avait contraint Napoléon III à l'exil. Le 18 janvier 1871, L'Empire allemand (Deuxième Reich) était proclamé au château de Versailles. L'empire colonial allemand fut aussitôt fondé.

Même si Bismarck se montra conservateur en la matière et avança la devise « Le marchand doit précéder le soldat », la question du partage des territoires africains entre puissances européennes donna lieu à des tensions croissantes dès les années 1880. Entre le 15 novembre 1884 et le 26 février 1885, une conférence eut lieu à Berlin réunissant des pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Belgique, Espagne, Portugal, Russie, Norvège, Suède, Pays Bas et Luxembourg) plus les Etats-Unis. Des « sphères d'influence et d'intérêts » y furent reconnues.

Après le départ de Leo von Caprivi, remplacé en 1893 dans la fonction de chancelier impérial, la politique coloniale devient de plus en plus importante pour les gouvernants allemands et l'importance stratégique et économique des colonies devient une partie croissante de leurs préoccupations.

S'agissant de l'Afrique, l'impérialisme allemand s'établit dans l'actuelle Namibie, puis dans le Cameroun, le Togo, l'actuelle Tanganyka, le Ruanda... L'Afrique australe connaîtra une rivalité anglo-allemande.

En 1904, le Kaiser Guillaume II se déplaça personnellement au Maroc pour faire face à la mainmise de la France, de l'Espagne et du Royaume-Uni. Une nouvelle tension éclata en 1911, autour du protectorat du Maroc.

La tension autour des colonies entre l'Allemagne et le groupe franco-britannique était donc très forte au moment où la Première guerre mondiale a vu le jour.

Léon Gambetta, Jules Ferry, « revanche »...

Dès le début des années 1870, après le départ de Napoléon III, des politiciens impliqués dans l'écrasement de la Commune de Paris (Léon Gambetta, Jules Ferry...) furent également des instigateurs et propagandistes de la « grande expansion coloniale » au nom, notamment, d'une « revanche » à l'égard de l'Allemagne.

A propos de la « revanche », Gambetta proclama le 16 novembre 1871 dans son discours de Saint-Quentin : « Ne parlons jamais de l'étranger, mais que l'on comprenne que nous y pensons toujours ».

De surcroît, la violence de la « grande expansion coloniale » apparaît très clairement à la lecture de cet extrait du discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885 (source : Journal Officiel, Débats Parlementaires, 29 juillet 1885) proclamant ouvertement le racisme colonial :

(...)

M. Jules Ferry – Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Sur ce point, l’honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l’esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : « Qu’est-ce que c’est que cette civilisation qu’on impose à coups de canon? Qu’est-ce. sinon une autre forme de la barbarie? Est-ce que ces populations de race inférieure n’ont pas autant de droits que vous? Est-ce qu’elles ne sont pas maîtresses chez elles? est-ce qu’elles vous appellent? Vous allez chez elles contre leur gré, vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas. »

Voilà, messieurs, la thèse ; je n’hésite pas à dire que ce n’est pas de la politique, cela, ni de l’histoire : c’est de la métaphysique politique… (Ah! ah! à l’extrême gauche.)

Voix à gauche – Parfaitement !

M. Jules Ferry – … et je vous défie, – permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan, – de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu’au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l’expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.

M. Camille Pelletan – Oui !

M. Jules Ferry – Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l’expédition de M. de Brazza. C’est très bien, messieurs : je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu’à présent accomplir son oeuvre civilisatrice sans recourir à la force; c’est un apôtre ; il paye de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l’Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu’un jour, dans les établissements qu’il a formés, qui viennent d’être consacrés par l’aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu’à un moment donné, les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre de Brazza ; qui peut dire qu’à un moment donné, les populations noires n’attaqueront pas nos établissements? Que ferez-vous alors? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela : vous résisterez par la force, et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles.

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême-gauche .)

M. Jules Maigne – Oh! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !

M. de Guilloutet – C’est la justification de l’esclavage et de la traite des nègres !

M. Jules Ferry – Si l’honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l’homme a été écrite pour les noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics? Ils ne vous appellent pas… (Interruptions à l’extrême gauche et à droite – Très bien! très bien! sur divers bancs à gauche.)

M. Raoul Duval – Nous ne voulons pas les leur imposer ! C’est vous qui les leur imposez !

M. Jules Maigne – Proposer et imposer sont choses fort différentes !

M. Georges Perin -Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés !

M. Jules Ferry – Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… (Marques d’approbation sur les mêmes bancs à gauche – Nouvelles interruptions à l’extrême gauche et à droite.)

(...)

(fin de l'extrait)

Dans ce même discours, Jules Ferry présente également la « grande expansion coloniale » comme un élément incontournable dans la préparation d'une nouvelle guerre. L'Allemagne est très directement visée, même si elle n'est pas explicitement nommée.

CONCLUSION

La rivalité pour le contrôle des colonies et des zones d'influence a joué un rôle majeur dans les tensions qui ont conduit à la Première guerre mondiale. Le nazisme s'est développé peu après la fin de cette guerre, dont l'armistice a comporté une capitulation allemande (y compris sur l'Alsace et la Lorraine) suite à une très forte offensive française.

A propos de la Première guerre mondiale, Lénine écrivait déjà en 1916 https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp0.htm :

(...)

Les dizaines de millions de cadavres et de mutilés laissés par une guerre faite pour déterminer à quel groupe - anglais ou allemand - de brigands financiers reviendra la plus grande part du butin, et puis ces deux "traités de paix", dessillent les yeux, avec une rapidité sans précédent, à des millions et des dizaines de millions d'hommes opprimés, écrasés, trompés, dupés par la bourgeoisie. Comme conséquence de la ruine universelle engendrée par la guerre, on voit ainsi grandir une crise révolutionnaire mondiale qui, si longues et pénibles que doivent être ses péripéties, ne peut se terminer autrement que par la révolution prolétarienne et sa victoire.

(...)

(fin de l'extrait)

En effet, la Première guerre mondiale a impliqué soixante millions de soldats. Au cours de la guerre, dix millions de civils en militaires sont morts et on décompte vingt millions de blessés. Combien de blessés et de malades sont morts après la guerre ?

Quant à la Deuxième guerre mondiale, le chiffre de 62 millions de morts est évoqué, avec des génocides (Juifs, Slaves, Tziganes) et de véritables exterminations (handicapés, homosexuels...).

 

 

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