La fonction publique, progressivement démolie depuis trois décennies

Le 22 mars 2018 sera une importante journée de mobilisations faisant l'objet notamment d'un appel commun CFTC, CGC, CGT, FAFP, FO, FSU et Solidaires (grève et manifestations) et d'un appel à la grève CGT-TEFP, SNUTEFE-FSU, SUD-TAS, FO-TEFP, CNT-TEFP (TEFP = Travail, emploi, formation professionnelle). Mais comment a-t-on pu en arriver à cette situation du travail en France et au niveau européen ?

D'après le communiqué intersyndical CFTC, CGC, CGT, FAFP, FO, FSU et Solidaires, https://paris.demosphere.eu/rv/60023 :

(...) Les discussions ouvertes par le gouvernement sur le recours accru aux contractuels, les éléments de rémunération dont celui du mérite, une révision des instances de dialogue social...engagent de profondes remises en cause des missions publiques et une dégradation des conditions de travail des agent-es. C'est aussi une menace réelle contre le Statut Général des fonctionnaires et la fin possible d'une Fonction publique au service de l'intérêt général. (fin de l'extrait)

Rien de moins. Mais comment a-t-on pu atteindre cette situation critique, dans un processus de démolition des acquis sociaux aux échelles française et européenne qui se poursuit depuis trois décennies ?

L'Acte unique européen

En février 1986, l'alors président de la Commission européenne (depuis janvier 1985) Jacques Delors fera adopter l'Acte unique européen imposant notamment à l'échelle continentale la libre circulation de capitaux, marchandises, services, entreprises, prestations diverses... Le territoire européen associé à la Commission devient ainsi, en particulier, un marché unique du travail sous le contrôle du grand capital.

Voir, pour le texte complet de l'Acte : https://www.cvce.eu/content/publication/1999/1/1/972ccc77-f4b8-4b24-85b8-e43ce3e754bf/publishable_fr.pdf , et pour un résumé : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=LEGISSUM:xy0027&from=FR .

 L'Acte unique européen a été adopté au moment où il est devenu manifeste que l'Union Soviétique commençait à "battre de l'aile". Mikhaïl Gorbatchev était devenu secrétaire général Comité central du Parti en mars 1985. En clair, plus de "couteau entre les dents" en face, et plus besoin d'une fiction de bien-être des populations dans l'Europe occidentale. Les "trente glorieuses" faisaient partie du passé.

 La logique des privatisations

Et c'est en 1986-88, sous la présidence de François Mitterrand avec Jacques Chirac en tant que premier ministre, qu'a été lancée la politique de privatisations qui s'est poursuivie sous les gouvernements suivants, de "droite" comme de "gauche".

Le patrimoine public a été ainsi progressivement liquidé pour payer une prétendue "dette publique" pendant que le secteur privé et les riches ont bénéficié, notamment, d'une fiscalité de plus en plus favorable.

La "réduction des déficits et des dettes publiques" étant devenue un objectif affiché à l'échelle européenne, les privatisations ont eu pour objectif de contribuer de manière décisive à cette "réduction".

La casse programmée de la fonction publique

Dans une telle logique, la fonction publique et sa stabilité d'emploi sont devenues une cible directe. Il en est de même des revenus des fonctionnaires dont la précarité ne cesse de se généraliser. C'est dans ce contexte, que le communiqué intersyndical appelant à la mobilisation du 22 mars réclame :

- Une négociation salariale immédiate pour le dégel de la valeur du point d'indice, le rattrapage des pertes subies et l'augmentation du pouvoir d'achat ; 

- L'arrêt des suppressions d'emplois et les créations statutaires dans les nombreux services qui en ont besoin et non un plan destiné à accompagner de nouvelles et massives suppressions ; 

- Un nouveau plan de titularisation des contractuel.le.s, de nouvelles mesures pour combattre la précarité et non pour favoriser son extension comme le préconise le gouvernement ; 

- Des dispositions exigeantes pour faire respecter l'égalité professionnelle ; 

- L'abrogation du jour de carence ; 

- La défense et la pérennisation du système de retraite par répartition et des régimes particuliers ; 

- La défense du statut général des fonctionnaires, et des statuts particuliers, qui permet déjà de répondre aux besoins de la population sur l'ensemble du territoire et qui garantit l'égalité entre les usagers. 

(fin de l'extrait du communiqué intersyndical)

Les actions des fonctionnaires prévues pour le 22 mars coïncideront également avec la mobilisation des cheminots qui s'annonce très puissante. Voir, par exemple, le communiqué unitaire des organisations syndicales à l'adresse https://www.cheminotcgt.fr/wp-content/uploads/2018/03/20180316_com_unitaire_os1.pdf

L'importance de la mobilisation du 22 mars

La casse sociale entreprise il y a trois décennies a pu être menée à terme profitant de la faiblesse des mobilisations.

C'est d'ailleurs sous un gouvernement de "gauche plurielle" (Lionel Jospin, 1997-2002) qu'un record de privatisations et de mesures antisociales (LOLF...), y compris à l'échelle européenne (Stratégie de Lisbonne, Accords de Barcelone...) a été battu.

Il est plus que jamais urgent et indispensable de sortir clairement de cette logique de capitulation devant le grand capital mondialisé.

Le 22 mars, non seulement tous les fonctionnaires doivent manifester mais l'ensemble de la population doit leur apporter un soutien explicite.

 

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