Catalogne : des élections sous la pression du système

Tenues dans un contexte de coup d'Etat de la part du gouvernement de Madrid, les élections du 21 décembre en Catalogne n'ont pas été des élections libres. La pression sur les électeurs était d'ailleurs bien évidente, au vu des "émigrations" affichées de capitalistes vers Madrid. En réalité, par son histoire et son mouvement ouvrier la Catalogne "dérange" profondément le grand capital mondialisé.

Les médias français ont largement évoqué l'échec de Rajoy lors des élections récentes en Catalogne, où les partisans affichés de l'indépendance ont préservé une majorité des sièges. Pourtant, ces élections ont eu lieu dans un contexte d'appropriation forcée d'institutions catalanes par le gouvernement de Madrid et de pression ouverte sur les électeurs.

Mais lesdits médias restent silencieux sur la carrière politique franquiste de Rajoy. Non seulement en tant que militant de l'Unión Nacional Española (UNE), fondée en 1975 en vie de Franco, voir par exemple : https://es.wikipedia.org/wiki/Uni%C3%B3n_Nacional_Espa%C3%B1ola_%28partido%29 , mais plus tard, sous le patronat de l'ancien ministre de Franco Manuel Fraga Iribarne.

En 1981, à l'âge de 26 ans, Rajoy était déjà député de l'Alianza Popular, parti où se sont regroupés les anciens notables du franquisme après la mise en place de la monarchie. On peut même lire :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_populaire_%28Espagne%29

(...)

AP est fondée le 9 octobre 1976 comme une fédération de petits partis conservateurs. De ses sept membres fondateurs, Manuel Fraga (son leader), Federico Silva Muñoz, Cruz Martínez Esteruelas, Gonzalo Fernández de la Mora, Laureano López Rodó, Licinio de la Fuente et Enrique Thomas de Carranza, tous sauf le dernier sont d'anciens ministres du franquisme6. Lors de son congrès fondateur, les trois mille militants du parti crient "Franco, Franco"7.

(...)

(fin de l'extrait, licence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes conditions )

Et c'est en Galice lors des éléctions autonomiques, "dans l'ombre" de Manuel Fraga Iribarne, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mariano_Rajoy#Dans_l%27ombre_de_Manuel_Fraga , que Mariano Rajoy a été élu en 1981 député de l'Alianza Popular devenue à son tour Partido Popular en 1989. Dès 1986, il sera élu au Congrès des Députés pour une coalition dont l'Alianza Popular faisait partie.

Le Partido Popular fut fondé en 1989 par Manuel Fraga Iribarne, président du parti en 1989-90. Mariano Rajoy en deviendra président en octobre 2004 après avoir été secrétaire général du parti depuis 2003.

Rajoy a occupé plusieurs ministères en 1996-2003. Il a été, notamment, Premier vice-président du Gouvernement en 2000-2003, Ministre de la Présidence en 2000-2001 et 2002-2003, et Porte-parole du Gouvernement en 2002-2003. Il deviendra Président du Gouvernement en 2011.

Contrairement à ce que voudrait faire croire une certaine propagande, on n'a pas affaire en Catalogne à une "région fracturée" mais à la domination du grand capital mondialisé dont Rajoy, Ciudadanos, l'Union Européenne... sont des exécutants.

Les élections du 21 décembre n'ont pas été des élections vraiment libres, car elles ont eu lieu sous une véritable dictature de Rajoy et du capitalisme qu'il représente en même temps que Ciudadanos. Le vote prétendument majoritaire "contre l'indépendance" correspond au chantage permanent des milieux capitalistes, avec des "émigrations" affichées du patronat vers Madrid et tout le reste. Histoire de faire paniquer les quartiers ouvriers. Mais en Espagne, Madrid a toujours été la capitale du capital.

Malgré ce chantage de la part  du grand capital, les partis partisans de l'indépendance ont conservé certains acquis. Mais la menace ouverte contre les travailleurs a fait dégringoler la CUP de 10 à 4 sièges. Précisément, la puissance et la radicalité du mouvement ouvrier catalan ont toujours "dérangé".

D'autant plus, que la Catalogne a été à l'origine de la première révolution ouvrière que l'histoire ait connue : la révolte des prolétaires agricoles (les "faucheurs") en 1640-49 (deux siècles avant Marx, donc). Et que son hymne officiel actuel, Els Segadors, est consacré à cette révolution avec un langage très explicite (Bon coup de faux, défenseurs de la terre, etc...). La cible désignée des "coups de faux" est "l'ennemi" (les troupes royales) qui doit "trembler" en voyant "l'enseigne" des révoltés. C'était une période de guerre entre puissances impérialistes de l'époque (L'Empire Castillan - Autrichien contre la France de Louis XIII et Louis XIV).

Pour les résultats officiels de ces d'élections prétendument "libres" du 21 décembre, voir :

https://resultats.parlament2017.cat/09AU/DAU09999CM.htm?lang=ca

Quant à l'hymne catalan (officiel !), Els Segadors, voici son texte qui "dérange" :

Catalunya triomfant, tornarà a ser rica i plena.
Endarrera aquesta gent
tan ufana i tan superba.

Bon cop de falç!
Bon cop de falç, defensors de la terra!
Bon cop de falç!

Ara és hora, segadors.
Ara és hora d'estar alerta.
Per quan vingui un altre juny,
esmolem ben bé les eines.

Bon cop de falç!
Bon cop de falç, defensors de la terra!
Bon cop de falç!

Que tremoli l'enemic,
en veient la nostra ensenya.
Com fem caure espigues d'or,
quan convé seguem cadenes.

Bon cop de falç!
Bon cop de falç, defensors de la terra!

Bon cop de falç!

(fin de l'hymne officiel catalan Els Segadors)

Quelle "autorité officielle" représentative du système en place peut écouter avec plaisir un tel hymne dans une cérémonie officielle ?

A propos du financement de la campagne de Ciudadanos par des capitalistes, voir aussi cet article de Basta! qui ne semble pas avoir reçu de démenti sauf méprise de notre part :

https://www.bastamag.net/Apres-les-elections-une-situation-digne-de-Game-of-thrones-en-Catalogne

Après les élections, une situation digne de Game of thrones en Catalogne

avec le chapitre :

2,5 millions d’euros dépensés par Ciudadanos

2.5 millions d'euros, c'est très loin d'être négligeable pour une campagne électorale comme celle-ci, si on pense que la population de la Catalogne est de 7.5 millions d'habitants.

 

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