Catalogne : une déclaration d'indépendance bien réelle et logique

La Catalogne a proclamé son indépendance à travers son instance représentative, le Parlament de Catalunya. Certes, dans un contexte différent, la question aurait dû se poser de savoir si l'indépendance pouvait constituer le meilleur choix pour l'avenir de la Catalogne. Mais que faire, concrètement, face à la réalité de la politique du gouvernement de Mariano Rajoy, héritier direct du franquisme ?

La Catalogne a bien adopté une déclaration explicite d'indépendance à travers sa plus haute instance, le Parlament de Catalunya. Cette  déclaration a réagi à la politique de longue date de gouvernements espagnols associés à des partis politiques crées par des anciens franquistes après le décès du dictateur et l'instauration d'une monarchie parlementaire. En clair, des continuateurs de fait, à bien d'égards, de la stratégie du régime antérieur à novembre 1975.

C'est ainsi, qu'en octobre 1976 l'Alianza Popular a été créée par des anciens franquistes influents. Six de ses sept fondateurs avaient été ministres sous Franco. A propos de ce parti, Wikipédia rapporte « Lors de son congrès fondateur, les trois mille militants du parti crient "Franco, Franco" ». Or c'est de l'Alianza Popular, que provient le Partido Popular fondé en 1989 et dont Mariano Rajoy est le président depuis 2004 après avoir été vice-secrétaire général du même parti depuis juin 1990. Dès octobre 1981, à l'âge de 26 ans, Rajoy avait été candidat à des élections autonomiques en Galice sur une liste de l'Alianza Popular et élu député au Parlement régional.

Devenu président du gouvernement espagnol en décembre 2011, Mariano Rajoy a depuis cette date pris pour cible le statut d'autonomie de la Catalogne, cherchant par tous les moyens à en affaiblir le contenu. D'autant plus, que le passé et présent politiques de la Catalogne se trouvent dans l'ensemble fort éloignés des courants dont Rajoy et son gouvernement incarnent la continuité.

La puissance et la force revendicative du mouvement social catalan font partie, de tout évidence, des éléments « dérangeants ». Non seulement pour Rajoy et son courant politique, mais aussi pour l'ensemble des « élites » européennes dans un contexte de mondialisation du capitalisme et de course aux plus faibles standards sociaux aux échelles européenne et planétaire. Rien d'étonnant, donc, à cette fuite générale des milieux d'affaires basés en Catalogne vers la capitale opérationnelle de l'oligarchie espagnole qu'est Madrid.

Sans oublier que la Catalogne s'est auto-érigée en république face à la très influente monarchie espagnole, et qu'à l'échelle européenne les monarchies ne manquent pas. C'est d'ailleurs un luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui préside la Commission Européenne et qui s'est à ce titre empressé de soutenir Mariano Rajoy. Jean-Claude Juncker est membre du Chrëschtlech-Sozial Vollekspartei (Parti populaire chrétien-social), membre à son tour du Parti populaire européen dont fait partie le Partido Popular de Rajoy.

Autant d'éléments, parmi bien d'autres, que les analystes du système passent largement sous silence lorsqu'ils évoquent la crise actuelle en Catalogne et la déclaration d'indépendance adoptée par les institutions catalanes. Peut-on vraiment s'étonner d'une telle attitude ? Pour ne pas parler de l'histoire de la Catalogne, pays de langue d'Oc fondé par Charlemagne et avec, de ce fait, un passé commun avec l'actuel « Midi de la France ».

 

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