De héros à zéros, les médico-sociaux du public grands oubliés du Ségur

Bon gré, mal gré, les agents médico-sociaux du public avaient accepté les 183€ de revalorisation salariale promise lors du Ségur de la santé. A la sortie du décret, ils découvrent le montant de leur gratification : rien.

A chaque jour qui passe l'on découvre un nouveau cadavre dans le placard du Ségur de la santé et l'on se demande si les signataires (FO, CFDT et UNSA pour rappel) ont même lu le projet de décret avant d'apposer leurs paraphes. En cette période où l'attractivité des métiers de l'hôpital devient fortement aléatoire, ces "négligences" risquent fort de leur revenir comme un boomerang.

Rapide rappel des faits : en mars, avril et mai, les personnels hospitaliers donnent leur temps, leur santé et parfois leur vie pour prendre en charge, dans les conditions que l'on connaît, les patients et résidents dont ils ont la charge. Ils sont applaudis tous les soirs à 20h. Moins connus mais tout aussi héros, les agents du médico-social public (EHPAD, Foyer d'Accueil Médicalisé, SSIAD soins à domicile, Maison d'Accueil Spécialisée) changent leurs horaires de travail, assurent un confinement rassurant et bienveillant pour leurs résidents (EHPAD, MAS, FAM) et s'assurent que les soins à domicile sont donnés en toute sécurité (SSIAD). Les médias et le gouvernement évoquent quotidiennement les décès dans les EHPAD et le courage des soignantes, mais personne n'évoque la lourde charge de travail des autres professionnels du médico-social.

Car rien n'est simple dans ce milieu qui n'a pas échappé aux pénuries de personnel et aux coupes sombres dans les crédits (double tarification entre l'Etat pour les soins et le Département pour l'hébergement). Il s'agit de prendre en charge et d'assurer le bien-être de résidents souvent handicapés mentaux lourds, de maintenir un lien protégé avec la société tout en assurant les soins de confort (toilette complète, aide au repas etc.). Rajoutez en période COVID la gestion du confinement et des gestes barrière et vous aurez une idée du peu d'appétence de beaucoup pour ces métiers.

Premier couac dans la reconnaissance des "héros", la prime COVID est oubliée dans un premier temps pour les médico-sociaux, avant d'être versée... au double de la somme des agents du sanitaire, ce qui ne manque pas de susciter des incompréhensions et des grincements de dents alors que les médico-sociaux n'ont rien demandé. Divisez, il en restera toujours quelque chose.

Arrive le temps du Ségur et de ses négociations sur le volet carrières et rémunérations. La revendication commune de revalorisation de 300€ net par mois pour tous est vite oubliée par les syndicats restants à la table (rappelons que SUD, mon syndicat, a quitté le Ségur dès qu'il a compris que Mme Notat n'avait aucun mandat pour valider des prérequis légitimes, les 300€, un moratoire sur la fermeture des lits et la titularisation de tous les contractuels), et, un froncement de sourcil de M. Castex plus tard, on arrive à quatre "avancées" qui contiennent chacune leur pesant de venin : 183€ de Complément de Traitement Indiciaire pour (tous) les agents de la FPH en deux fois, fin d'année et mars 2021, à ce jour personne n'a été payé et personne ne sait si ce complément comptera pour la retraite. Une négociation prévue pour une revalorisation des grilles indiciaires, mais pour les métiers soignants, médico-techniques et de réadaptation uniquement. Un doublement des ratios permettant de passer en catégorie supérieure en 2020 et 2021, uniquement pour les mêmes professions. Un passage en catégorie B pour les aides-soignantes, mais pas pour les Accompagnantes Educatives et Sociales (anciennes AMP). On passe, car ce n'est pas le sujet, sur le flou entretenu pour certains agents (infirmiers catégorie B) et la non reconnaissance des plus précaires (ASH).

Mais revenons à nos collègues du médico-social : la foudre leur tombe dessus à la parution du décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020, destiné à définir les professionnels bénéficiaires du Complément de Traitement Indiciaire, soit des 183€. Le diable étant dans les détails, le décret exclut les établissements et services du médico-social (hors EHPAD) de la revalorisation ! 40000 agents sont exclus du système !

Stupeur, émoi, colère se succèdent. Le décret aurait-il été mal écrit (c'est déjà arrivé) ? Y aura t'il un décret modificatif ou une circulaire ? Ou est-ce une stratégie délibérée de division ? Puis les questions affluent : Qui va vouloir encore aller travailler dans ces services ? Y aura t-il des demandes de mutation ou des démissions spontanées ? On apprend que la Fédération Hospitalière de France, peu connue pour son extrémisme, s'est émue de la situation, que les directeurs d'hôpitaux saisissent leurs syndicats, la colère ne peut pas être qu'une lubie de syndicalistes révolutionnaires.

Les médico-sociaux de mon hôpital (Lannemezan 65) défileront vendredi 16 à 13h depuis le FAM jusqu'à l'administration avec le soutien de SUD et de la CGT et, nous l'espérons, des collègues de tous les corps de métier de l'hôpital pour réclamer l'annulation de cette exclusion. Des demandes de mutation immédiates dans des services plus rémunérateurs seront données à la directrice, une lettre de protestation a été envoyée à M. Véran, des élu-e-s départementaux et nationaux ont été saisis. Pour que les héros, qui ne voulaient pas l'être, ne deviennent pas des zéros. 

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