Ma description du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (Préambule)

3.221 - Je ne puis que nommer les objets. Des signes en sont les représentants. Je ne puis qu'en parler, non les énoncer. Une proposition peut seulement dire comment est une chose, non ce qu'elle est.

Je ne suis pas philosophe mais je suis en vacances.

J'aime aussi me lancer des défis inutiles, voire absurdes : Cet été, tu vas lire le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein, me suis-je dis, il y a quelques jours. Au début, je voulais passer l'été avec Aristote et j'ai lu Les Politiques. Il m'a semblé que ce livre valait bien un examen, qu'il m'en avait appris davantage sur le monde que tout ce que nous disent en continue nos chaînes d'information, et que j'aurais pu passer l'été à reprendre l'un après l'autres les chapitres qui m'avaient le plus intéressé. Mais non. J'ai trouvé Aristote bien trop éclairant, finalement.

Moi qui n'ai jamais étudié la philosophie, j'aime me trouver devant un traité comme devant un forêt obscure. J'aime que mes habitudes de lecture soient mises à mal, chamboulées. Ce petit livre de Wittgenstein m'a semblé tout à fait approprié. Ce n'est certes pas la première fois que je l'ouvre, mais c'est la première fois que j'arrive véritablement à le lire. Je me suis avancé suffisamment pour me dire que cette fois, c'est la bonne. J'en viendrai, d'une manière ou d'une autre, à bout. Et ces notes seront un peu comme des notes de voyages. Mais des notes aussi parce que maintenant, mes lectures laissent des traces de moins en moins profondes. Je ne peux plus lire puis, quelques années plus tard, être surpris par le surgissement d'un souvenir. Il faut que je garde de tout des traces tangibles.

Cette lecture sera donc aussi un exercice de lecture, et ces notes rendront compte aussi de la nature de cet exercice. Nous lisons. Nous savons lire mais nous ne savons pas ce qu'est lire. Pour être au plus près de mon expérience, je ne veux pas chercher ailleurs des explications du texte. Plus tard peut-être, aller lire tel ou tel spécialiste de Wittgenstein. Confronter ma compréhension à celle des autres. On verra.

Dernière remarque préliminaire : je me rends bien compte du privilège qui est le mien : pouvoir passer quelques semaines de vacances à se la couler douce, à bouquiner. On me dira que mes congés sont le fruit de mon travail. C'est vrai en partie, mais je crois que mon bonheur privé se paye aussi, en partie, du malheur de beaucoup d'autres. C'est une chose sur laquelle il faudra revenir.

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