Ma description du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (1)

2.01231 - Pour connaître un objet, il ne faut certes pas connaître ses propriétés externes -- mais bien toutes ses propriétés internes.

[Le préambule se trouve ici.]

Le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein est un tout petit traité qui ne compte que 80 pages. Il est composé de 526 propositions numérotées, accompagnées d'une introduction et d'une seule note de l'auteur, qui explique au lecteur comment comprendre la numérotation.

La numérotation de chaque proposition indique son "poids logique"-- selon les mots de l'auteur.  La proposition 2.01, par exemple, a moins de "poids logique" que la proposition 2.1 même si dans le fil du texte, elle apparaît avant elle. Ces deux propositions ont elles-même moins de poids que la proposition 2. Il n'est donc absolument pas nécessaire de lire le traité comme on lirait n'importe quel autre livre, ligne après ligne, page après page (je suis moi-même un lecteur qui a le plus grand mal à lire en diagonal ou à sauter des pages). Cette lecture linéaire n'est pas impossible, mais elle est très difficile. La difficulté principale étant de tenir compte, lors de la lecture de chaque proposition, de son poids logique. On ne peut pas lire de la même manière (avec le même recueillement?) :

2.01231 - Pour connaître un objet, il ne faut pas certes pas connaître ses propriétés externes -- mais bien toutes ses propriétés internes.

et :

2.02 - L'objet est simple.

Ne serait-ce que parce que 2.01231 clôt une série de propositions, tandis que 2.02 en ouvre autre (série de propositions qui va nous dire tout ce qu'il faut savoir sur "l'objet"). Toutes ses propositions au "poids logique" variable étant des développement de la proposition 2.

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La plupart des éditions donnent une introduction de Bertrand Russell dont Wittgenstein était semble-t-il fort mécontent. (Russell n'aurait pas compris grand chose à son traité). Je me suis dispensé de la lire : bien souvent les introductions m'ennuient et puis, ne m'étais-je pas proposé, pour occuper mon loisir, de ne lire ce traité qu'en comptant que sur mes "lumières naturelles"? (J'apprends en écrivant ces lignes que Benoît Hamon vient d'annoncer qu'il quittait le PS. Il n'y a donc pas que moi qui ne sait pas quoi foutre pendant ses vacances?)

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A vrai dire, je ne me suis pas mis à lire "comme ça" le Tractatus. Il m'a fallu assez longuement tourner autour de ce traité comme d'un temple aux vivants piliers, dont toutes les portes étaient closes. J'ai plusieurs fois renoncé, comme si une voix me disait : "Zurück! Zurück!"; je suis plusieurs fois revenu.

Pour entrer, pourtant, c'est presque simple : il suffit de commencer par lire les propositions qui ont le plus de poids logiques, celles sans décimal. Il y en a 7, les voici:

  1. Die Welt ist alles, was der Fall ist.
  2. Was der Fall ist, die Tatsache, ist das Bestehen von Sachverhalten.
  3. Das logishe Bild der Tatsachen ist der Gedanke.
  4. Der Gedanke ist der sinnvolle Satz.
  5. Der Satz ist eine Wahrheitsfunktion der Elementarsätze.
  6. Die allgemeine Form der Wahrheitsfunktion ist : [ p, ξ, N(ξ) ].
  7. Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen.

J'ai arrêté l'allemande seconde langue en quatrième et j'ai d'abord lu ces sept propositions traduites par Gilles-Gaston Granger (désormais GGG) et éditées chez Gallimard (éventuellement G). Les voici :

  1. Le monde est tout ce qui a lieu.
  2. Ce qui a lieu, le fait, est la subsistance d'états de chose.
  3. L'image logique des faits est la pensée.
  4. La pensée est la proposition pourvue de sens.
  5. La proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires.
  6. La forme générale de la fonction de vérité est : [ p, ξ, N(ξ) ].
  7. Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.

La septième est la plus connue, et comme vous le voyez, j'ai décidé de passer outre.

Ces propositions ne sont pas des aphorismes. Ce sont les sept propositions principales d'un traité de logique où tout se tient : le monde, la pensée, la vérité, le silence.

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