Un château dans la Sarthe

En France, on s'accroche à son mandat comme si on était irremplaçable. Il faut changer notre manière de faire de la politique, cette politique d'appareil où chacun fera tout pour laisser l'autre en place, de peur de perdre sa propre place.

Les présidents des groupes parlementaires de la droite, s’indignant de voir notre justice « s’aventurer sur le terrain de la politique et des médias » viennent très paradoxalement de publier une tribune dans la presse, pour faire pression sur la justice et sur l’opinion !

Alors qu’il suffirait, pour en finir avec cette affaire, d’apporter les preuves du travail effectif des membres de la famille Fillon lorsque ceux-ci étaient rémunérés par de l’argent public, les élus de droite préfèrent s’en remettre à un argumentaire qui désole.

Ils commencent par se plaindre de la « réactivité surprenante » de la justice. Comme si la justice française pouvait aller trop vite ! Comme on aimerait que dans ce genre d’affaire la justice se montre toujours plus vive, efficace et exemplaire. Non, la réactivité de la justice ne pourra jamais lui être reprochée. Elle a probablement d’autres défauts beaucoup plus graves...

« La séparation des pouvoirs a été malmenée », disent-ils, comme si une justice partisane voulait faire obstacle à l’alternance. Ce n’est pas l’appareil judiciaire mais la Nation toute entière qui veut savoir si l’on peut faire confiance à M. Fillon ! Ce n’est pas un parquet, c’est tout un peuple qui demande des comptes, au nom même des plus grands principes démocratiques ! Nous voulons tous une forme ou une autre d’alternance, mais nous ne croyons pas tous que Fillon puisse incarner cette alternance.

Ils mettent en garde contre le risque de « priver des électeurs du droit fondamental à exercer leur choix souverain. » Encore faut-il pouvoir exercer ce droit et choisir en toute connaissance de cause. M. Fillon n’aurait sans doute pas gagné les primaires de la droite si cette affaire avait été dévoilée plus tôt : que reste-t-il de sa légitimité aujourd’hui ? Ce n’est donc pas l’élection présidentielle qui est « prise en otage » mais tous les électeurs de droite à qui l’on veut imposer un candidat sur lequel pèsent encore de graves soupçons. Dans toutes les plus grandes démocraties d'Europe, un candidat se serait effacé dans les trois jours pour ne pas nuire à son parti, à ses électeurs, à son pays. En France, on s'accroche comme si on était irremplaçable. Il faut changer notre manière de faire de la politique, cette politique d'appareil où chacun fera tout pour laisser l'autre en place de peur de perdre sa propre place.

Ils cherchent aussi à se débarrasser de cette embarrassante affaire en arguant qu’il est question ici d’un « délit qui n’existe pas pour un parlementaire ». Alors que la Nation pose ici une profonde question morale, nos élus répondent procédure ! Voilà une manière bien scabreuse de se défendre !

Non, décidément, le soupçon gagne la droite parlementaire toute entière : quels intérêts cherchent-ils à défendre? J'ai bien peur que ce ne soient pas ceux de la France et de tous les Français.

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