Les bactéries, nos amies pour la vie.

Il n'y a de bonne politique que du ventre.

Il n'y a de bonne politique que du ventre. Notre ventre, et non pas notre nombril, devrait être le centre de toute notre attention, de toutes nos préoccupations. C'est en voyant le mien s'arrondir au fil des années que je me suis demandé : est-ce là une fatalité? Toute mon enfance, j'ai vu autour de moi des hommes, la quarantaine passée, lâcher la bride à leur "brioche". Il y en avait certaines beaucoup plus grosses que les autres, portées fièrement comme si elles étaient la preuve d'un savoir bien de vivre, un savoir bien vivre à la française, dont on pouvait être fier. Bonne bouffe, bons vins, bons... C'est sans doute dans la nature des choses, me disais-je, enfant, à cet âge où l'on avait encore le ventre plat, à cet âge où il y a de fortes chances que vous soyez aujourd'hui déjà obèse. C'est dans notre nature d'hommes d'avoir un jour du bide, et de le chérir, de le laisser déborder et tomber par dessus la ceinture comme si c'était une bien belle chose.

Je me laissais aller à cette injonction : mange et ne t'en fais pas. C'était sans compter avec cette autre injonction : reste jeune, sois beau! Mais comment faire?? Je n'y arrive point!! La solution, pourtant, s'étale dans tous les journaux : le sport! Courir, faire des abdos, rien de plus simple. Cela suffit pour pouvoir continuer à bouffer de la merde... Enfin, c'est ce que je croyais, jusqu'au jour où il a bien fallu me rendre à l'évidence : pour moi, ça ne marche pas, absolument pas! chaque année un peu plus, je m'empâte. Chaque année un peu plus de bidoche.

Et puis un jour, je suis tombé sur une petite vidéo sur youtube. Puis une autre, puis une autre... Toutes disaient la même chose : le sport c'est bien, mais le sport, ça ne suffit pas. Ce qu'il faut changer, c'est ce que tu manges, me disait-on. Ah oui? Ah bon? Je continue à voguer de vidéo en vidéo, de site en site. J'écoute les explications des uns et des autres, je fais les recoupements de base, je complète mes informations ici ou là. Cela me paraît d'autant plus plausible que je me le suis toujours dit : nous sommes ce que nous mangeons. Après tout, nous sommes à peine plus qu'un tube. Si nous sommes, c'est parce que quelque chose entre par un bout, et quelque chose sort par l'autre.

J'avais déjà commencé à supprimer presque toutes les viandes, il fallait aller encore plus loin. Notre corps n'est pas fait pour digérer ce que la coutume nous faisait manger et que le grand capital nous forcent désormais à manger, après l'avoir complètement dénaturé. La coutume : le pain ; l'industrie agro-alimentaire : le pain blanc, levain remplacé par la levure et farine complète remplacée par la farine blanche et ses résidus de produits phyto. La coutume : le fromage au lait cru, longuement affiné ; l'industrie agro-alimentaire : des pseudo fromages au lait pasteurisé fabriqué selon des procédés qui uniformisent et dépossèdent les artisans d'un savoir-faire immémorial.

Nous avons été dépossédés. Nous avons abdiqué. Nous croyons avoir un "mode de vie" à défendre alors que nous somme en train de perdre définitivement un art de bien vivre, un art de vivre qui nous laissait maîtres et acteurs de ce que nous mangeons. Aujourd'hui, ce "mode de vie" que nous croyons menacé est un mode de vie qui a fait du supermarché le point de passage obligé de notre alimentation. Trois mètres linéaires de yaourts divers et variés : que de la merde. Sucre, colorants, agents de saveurs, conservateurs, et depuis quelques temps, nano-particules.... Mais pourquoi?? Pourquoi ajouter encore de ma merde à toute la merde qu'il y avait déjà? Des nano-particules!! Sont-elles donc indispensables à notre "mode de vie"? Sommes-nous plus libres et plus heureux parce que nous hésitons plus longuement devant la soixantaine de sorte de yaourt différents que nous offre note hyper? Non, nous ne le sommes pas, notre hyper ne nous veux pas du bien. Notre hyper nous empoisonne.

Nous devons reprendre la main. Manger moins et manger mieux. Acheter les produits de base et préparer nous-mêmes ce que nous allons manger. Manger beaucoup moins de produits laitiers, qui ne sont pas nos amis. Manger beaucoup moins de viande, ou même ne plus manger de viande du tout. Manger des légumes que nous cuisinons nous-mêmes. Réduire drastiquement les céréales. Si nos enfants mangent aujourd'hui des céréales et du lait le matin, ce n'est pas parce que c'est bon pour eux : c'est parce que la publicité vous a fait croire qu'il n'y avait pas d'alternative. Cessons ces céréales et ces sucres, laissons le lait et ces produits lactés. Cessons cette bouffe pasteurisée!

Ah Pasteur! Le dernier grand héros de la nation depuis Jeanne d'Arc. Le temps est venu de nous débarrasser des ces deux mythes. Non, les produits pasteurisés ne sont pas nos meilleurs alliés. Les bactéries ne sont pas nos ennemies. Nous ne pourrions pas vivre dans elles. Celles de la peau, celles de la bouche, celles de l'intestin... Nous en avons absolument besoin! Mais comment se protéger de celles qui nous veulent du mal? Et bien, surtout pas en les exterminant toutes. Mais en laissant prospérer et se multiplier celles qui nous veulent du bien.

Mais celles-ci ont été bannies de nos pots, de nos boites, de nos paquets, de nos sacs et de nos sachets. On ne les trouve pas dans  nos hyper. Petit à petit, elles ont été expulsées de notre pain, de nos conserves, de nos boissons, de nos fromages. Le dernier en date, la camembert. Comme si la production marginale de camembert au lait cru (5600 tonnes contre 60 000 tonnes pour celui au lait pasteurisé), c'était encore trop, comme si l'industrie, qui se gave déjà beaucoup, voulait se gaver encore davantage. Les gros ne sont jamais assez gros, les gros veulent être être plus gros. On n'a jamais assez de parts de marché, on veut tout le marché et le cul de la crémière.

Reprenons la main. Mangeons moins, mangeons mieux. De site en site, je suis tombé sur celui de Marie-Claire Frédéric, ni cru ni cuit. C'est une source d'information et de recettes, extraordinaire pour redevenir maîtres de ce que nous mangeons : il y a à boire et à manger, et à lire. Des idées simples et rapides pour, à nouveau manger, ce qui nous fait du bien. Courrez-y, les bactéries sont nos amies pour la vie.

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