Un spectacle très-horrible!

La femme est un loup pour la femme.

Vu aujourd'hui une maman qui rentrait chez elle avec sa petite fille. Un petit bout de chou moins haut que trois pommes et qui manquait encore d'assurance en marchant. Le mère et la fille poussaient toutes les deux une poussette. Je me suis dit qu'on ne s'y prenait jamais assez tôt pour faire d'une petite fille une maman. Qu'il était peut-être sage de lui mettre tout de suite entre les mains, à peine commençait-elle à marcher, poussette et poupon. Le sien, de poupon (j'y jetais un rapide coup d’œil en les dépassant) ne ressemblait plus à rien. Sale et sans habits, il avait un air hébété et glissant dans sa poussette miniature. Le petite maman, elle, semblait déjà résignée mais aussi fatiguée : la rue montait.

"Vous n'avez pas honte?" dis-je à la mère. "Rentrée à la maison, va-t-elle (je désignais sa fille) mettre un petit tablier pour jouer à la dînette?" Non, je ne lui ai pas dit cela. Ce serait penser que les mères sont les premières à genrer leurs enfants, les premières à apprendre à leur fille à serrer les jambes et à laisser à leur garçon la position de confort, les jambes plus ou moins écartées. Ce serait dire que les mères sont responsables du fait que les filles, pourtant meilleures à l'école, disparaissent bien vite de certaines filières ou obtiennent moins souvent, après leurs études, des postes moins gratifiants. Non, les mères ne sont pas les seules responsables, mais elles sont complices. Les mère contribuent à la fabrication des femmes.

Du coup, je me permets de vous soumettre ces quelques réflexions :

  1. Dans une certaine mesure, la femme est un loup pour la femme. Ce sont les journaux féminins, par exemple, qui (dirigés par des femmes, et où des femmes écrivent pour les femmes) construisent, entretiennent et diffusent bon nombre de clichés toxiques pour les femmes. Talons, maquillage, chaussures, sacs, soldes, avec parfois une petite chronique "féministe" après avoir déversé son apologie hebdomadaire des attributs de la "féminité". Les femmes de pouvoir sont rarement de grandes émancipatrices.
  2. Dénoncer la domination masculine a énormément fait avancer la cause des femmes. Mais le fait est que depuis un certain nombre d'années tout cela semble ne plus guère avancer. Plus on est libre, moins on sait comment faire pour l'être davantage. Il me semble que le moment est venu de sortir de cette grille de lecture bien trop simple qui ne nous apporte plus grand chose. Dans nos sociétés où les homme encore dominent, les hommes ne sont pas libres. Leurs goûts, les rôles qu'ils aiment jouer, les professions qu'ils veulent exercer : tout leur est dicté. On n'arrivera jamais à une égalité totale entre les hommes et les femmes tant que l'on ne cherchera pas à libérer aussi les hommes.

Les hommes ont le pouvoir que la société leur donne mais ils ne sont pas plus libres que les femmes. Les femmes n'ont que le pouvoir partiel qu'elles ont réussi à obtenir et que la société consent finalement à leur céder, mais elles ne sont pas libres. Les femmes et les hommes doivent œuvrer à se libérer (le "se" devant ici s'entendre à la fois comme un réfléchi et comme un réciproque) car les hommes et les femmes sont également responsables et complices du social qui les opprime.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.