LaCarmagnole
Association d'éducation populaire
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 déc. 2021

LaCarmagnole
Association d'éducation populaire
Abonné·e de Mediapart

Contre les projets écocides, les victoires se multiplient

EuropaCity en 2019, Amazon au pont du Gard hier, les méga-bassines du marais poitevin demain ? Un peu partout en France, les luttent locales, au prix d’années de persévérance et d’inventivité, font échouer les projets qui grignotent les terres agricoles, assassinent les espèces protégées et crachent du CO2.

LaCarmagnole
Association d'éducation populaire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Parce qu’il n’y a pas de petite victoire, à La Carmagnole (à Montpellier) ce 16 décembre, on a choisi de célébrer ces héros du quotidien, animés par une autre idée de l’avenir que celui du béton et de la surconsommation.

A la Carmangole ; Echec aux écocideurs © La Carmagnole

Assister, impuissant, à l’extinction de ses abeilles et la mort de son métier d’apiculteur, Patrick Genay ne pouvait s’y résoudre. C’est pourquoi quand il apprend, un peu par hasard il y a trois ans, qu’Amazon projette d’installer une plateforme logistique de 14 hectares à quelques encablures de ses ruches, il décide, avec une poignée d’habitants de Fournès (Gard), de « ne pas laisser faire ». « On a d’abord vérifié l’information et quand on s’est rendu compte qu’en plus, certains élus qui votaient pour le projet avaient des terres à vendre, la moutarde nous est monté au nez » se souvient-il. Commence pour Patrick l’apprentissage du militantisme. Des heures passées dans des réunions publiques, à éplucher la législation environnementale ou faire pression auprès des élus pour obtenir consultations et référendum. Avec un seul objectif en tête : faire capituler le GAFAM et son énième projet mortifère. 

Des habitants indignés

Dans le département voisin, à Saint-Clément-de-Rivière, Jean-Claude Carcenac vient de passer sept ans à s’opposer au projet Oxylane de Décathlon, qui menaçait de bétonner des terres agricoles pour y implanter un gigantesque centre commercial et de loisirs. « Même si c’est dur de rester motivé aussi longtemps alors qu’on est une dizaine de militants face à des intérêts économiques aussi grands, on tient par la conviction que notre combat est légitime et qu’on va dans le sens de l’histoire » explique-t-il. Tout comme Patrick et Jean-Claude, des milliers de personnes luttent aujourd’hui contre des projets d’artificialisation de terres agricoles et d’espaces naturels protégés. Jean-Ronan Le Pen, activiste écologique et co-fondateur de l’association ZEA, a récemment participé à une étude sociologique de 70 collectifs. Ce qui les rassemble ? « La volonté de préserver leur territoire à tout prix, analyse-t-il. Contrairement aux clichés, ce ne sont pas que des écolos-bobos, des militants aguerris ou des dangereux zadistes, mais avant tout des habitants indignés ». 

Apprendre à se réinventer 

Ces David contre Goliath apprennent sur le tas à faire des recours juridiques, organiser des mobilisations populaires et imposer des concertations avec les pouvoirs publics. « Ils deviennent extrêmement légalistes, beaucoup plus que les élus aveuglés par la promesse d’emplois créés ou les porteurs de projet guidés par l’appât du gain », analyse Jean-Ronan. Face à l’opacité, la collusion et le déni de démocratie, les collectifs ne ménagent pas leur peine. Dominique Damour du collectif Oui aux terres de Gonesse, victorieux contre le méga projet farfelu EuropaCity, se rappelle ainsi « aller chercher les habitants un à un ». Faire le pied de grue devant les entrées de supermarchés, distribuer des pétitions, organiser des visites des terres agricoles en danger, des concerts, des marches …C’était devenu son quotidien. « En plus des idées innovantes, c’est aussi la convergence des luttes qui nous a permis d’avoir plus de poids », confie-t-elle. Saclay, Grignan, Thoiry, le mouvement pour la défense des terres a ainsi pris une ampleur régionale. Une des clés du succès : proposer des alternatives aux projets inutiles et imposés. « On lutte contre un projet, certes, mais il faut pouvoir convaincre les gens qu’autre chose est possible et souhaitable à la place », explique Jean-Claude Carcenac, qui a imaginé un projet de maraichage biologique avec le comité Oxygène. 

« Célébrer les victoires est important pour encourager tous ceux qui luttent »

Alors, quand la victoire arrive, inespérée, il faut la célébrer en grand. « On oublie trop souvent de fêter les victoires, déplore Jean-Ronan Le Pen. Or c’est fondamental pour ceux qui n’ont pas encore gagné d’avoir la preuve que c’est possible. Ça permet de retourner au turbin en se disant « il faut qu’on continue, il faut qu’on gagne » . Et même si ces victoires ne sont pas reproductibles à l’envi, faute d’une recette miracle, de plus en plus de réseaux émergent pour partager les pratiques et mutualiser les forces. Contre les entrepôts Amazon, les extensions d’aéroports, les fermes-usines : les cas d’école font des petits. Une nécessité à l’heure où la concurrence territoriale ou la loi ASAP, en simplifiant les démarches au profit de la sacro-sainte relance économique, font le bonheur des porteurs de projets écocides.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte