Droitisation des élites et stress populaire: Une réplication de la stratégie du choc?

Droitisation des élites et stress populaire: Une réplication de la stratégie du choc?

Les derniers attentats confirment qu'aucun pays développé et démocratique ne peut se mettre totalement à l'abri de groupes terroristes internationalisés, riches et puissants. Une chose que tous le gouvernements savent, mais que la population de France découvre dans le deuil.

Le choc émotionnel légitime qui en résulte est forcément à la hauteur des cibles visées: il ne s'agit plus comme en janvier 2015 d'un petit groupe de journalistes - caricaturistes engagés, mais de centaines de citadins de base, celui qui va au match de foot, au restaurant et en boite; message reçu: personne n'est à l'abri, n'importe qui n'importe ou.

Les gouvernements de la France, sous Sarkozy puis sous Hollande, portent une responsabilité majeure d'avoir porté la guerre dans une dizaine de pays, provoquant la désagrégation d' États dictatoriaux en une multitude de gangs armés mafieux et religieusement radicaux. Ils ont ainsi désigné la France et les français comme une cible de ces groupes, importé de ce fait la guerre. Nous y sommes.

Ces gangs internationalisés surfent sur le désarroi d'une petite fraction de la jeunesse française marginalisée et désorientée (ennemis extérieur, ennemi intérieur) en utilisant le drapeau de l'islam comme étendard. Le sentiment de déclassement - victimisation bien manipulé peut être le ressort d'une complicité active de quelques dizaines de paumés suicidaires se transformant en assassins.

Le choc émotionnel est exploité cyniquement pour construire une prétendue "unité nationale", couvrant une droitisation des politiques publiques, et tentant de rallier les masses aux politiques ultra sécuritaires. Allons nous connaitre notre Patriot Act?

La course à l'échalote dans le domaine sécuritaire que se livrent depuis des années les partis de droite et le PS, incapables de répondre à la surenchère raciale-religieuse permanente du FN, risque de franchir un nouveau cap.
La proclamation de l' Etat d'urgence, c'est à dire la suspension de toutes les libertés publiques au titre de l'Article 16, jamais utilisé depuis la guerre d'Algérie, est une "sur réaction" publicitaire.

Passe t on de la droitisation des élites à la droitisation populaire sous le choc de la surenchère sécuritaire légitimée par les attentats en retour , attentats qui sont le prix de la droitisation des élites?.

La prétendue "droitisation de la société" que proclamaient les dirigeants de gauche pour justifier leurs renoncements (dans le domaine social et par ex. sur le droit de vote des étrangers) était peut être une prophétie auto - realistrice. Mais rien n'est joué d'avance.

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